Institut Pasteur Rapport d'activité de l'unité Pathogénie bactérienne des Muqueuses pour l'année 1999


Responsable : LABIGNE Agnès (alabigne@pasteur.fr)

Résumé du rapport

Deux thématiques sont développées dans l'Unité qui ont pour dénominateur commun l'étude du pouvoir pathogène de bactéries des muqueuses : les bactéries du genre Helicobacter qui colonisent la muqueuse gastrique et qui sont impliquées dans la genèse des pathologies gastro-duodénales inflammatoires (gastrites chroniques, ulcères peptiques, atrophie gastrique et cancer gastrique) et les Escherichia coli pathogènes colonisant du fait de leurs propriétés d'adhésion les muqueuses intestinale et urinaire. L'activité concernant les bactéries du genre Helicobacter s'organise autour de deux grands axes : une recherche fondamentale qui se fixe pour objectif de comprendre les mécanismes qui permettent à la bactérie de survivre, de coloniser, de persister et de générer des lésions. Une recherche plus appliquée avec des enjeux épidémiologiques, thérapeutiques et préventifs. L'activité relative aux Escherichia coli concerne l'étude des facteurs d'adhésion associés aux Escherichia coli pathogènes et en particulier l'étude d'une famille d'adhésines codées par les opérons "afa" (adhésines afimbrillées).

Abstract

The research projects of the Unit concern the study of bacterial pathogens which colonize the gastric or intestinal mucosa. This includes investigations on Helicobacter spp. that specifically colonize the gastric mucosa, and that are associated with the genesis of gastroduodenal diseases such as chronic gastritis, peptic ulcer, gastric atrophy, and gastric cancer in humans. The other research project with the Unit involves the study of pathogenic Escherichia coli that colonize intestinal and urinary tract mucosa, and that are associated with diarrhea and urinary tract infections. the major objectives being pursued in the area of Helicobacter research are: i)the identification of properties and mechanisms that allow the bacteria to survive, colonize, persist and induce lesions, as well as to better understand the metabolism of these bacteria; ii) to develop molecular approaches for epidemiological, therapeutic and prophylactic studies. In the case of E. coli, the principal aims are to determine the distribution of different adhesion systems among clinical isolates, and to characterize at the genetic, molecular and cellular levels, the afimbrial adhesin systems (afa) en enteroadherent E. coli.

Texte du rapport

Etude des bactéries du genre Helicobacter (Agnès Labigne)

Notre Unité étudie Helicobacter pylori, bactérie impliquée dans les pathologies gastro-duodénales. H. pylori est l'agent étiologique des gastrites chroniques qui peuvent évoluer vers la maladie ulcéreuse et l'atrophie gastrique, précurseur des adénocarcinomes. H. pylori est l'une des rares bactéries pour laquelle l'on dispose en 1999, de deux séquences génomiques provenant d'isolats différents. Sur ces nouvelles donnes génomiques, la recherche s'oriente autour de plusieurs grands axes : une recherche fondamentale qui se fixe pour objectif de mieux comprendre les mécanismes qui permettent à H. pylori de survivre, coloniser, persister et générer des lésions, mais aussi de comprendre le métabolisme de cette bactérie. Pour ce faire, non seulement une exploitation linéaire des données génomiques disponibles est réalisée, mais également un certain nombre d'approches génomiques globales sont mises en places (préparation de membrane à haute densité, clonage de toutes les ORFs du génome, inactivation systématique des ORFs, transcriptome). A côté de ces approches de génétique microbienne post-génomique, le développement de modèles murins d'infection par Helicobacter felis et H. pylori permet d'étudier le rôle in vivo des facteurs identifiés, mais surtout d'analyser les réponses immunitaires associées à l'infection expérimentale, à la protection lors de l'immunisation des animaux, et à la résistance naturelle des certaines souris. Enfin, l'Unité développe une recherche appliquée avec des enjeux épidémiologiques (étude du mode de transmission des souches), des enjeux cliniques (étude des mécanismes de la résistance au métronidazole), mais surtout des enjeux thérapeutiques. Les objectifs sont d'identifier des cibles qui a) correspondent à des fonctions conservées dans tous les isolats cliniques, b) sont spécifiques à H. pylori, et c) jouent un rôle essentiel pour la survie de la bactérie.

Métabolisme de l'ammoniac et résistance à l'acidité de H. pylori (Chercheur statutaire : H. De Reuse, Doctorant : S. Skouloubris) Un des axes de recherche fondamentale de l’Unité est de mieux comprendre, chez H. pylori, le métabolisme de l’ammoniac et son rôle dans la résistance tout à fait exceptionnelle de cette bactérie à l'acidité. Les résultats des années précédentes avaient mis en évidence le rôle essentiel joué par l’uréase dans la production d’ammoniac chez H. pylori à la fois pour la survie de la bactérie en milieu acide et pour le métabolisme de l’azote. Deux enzymes, des amidases aliphatiques, qui comme l’uréase produisent de l'ammoniac, ont été identifiées, AmiE et AmiF ; elles catalysent l'hydrolyse d'amides à courtes chaînes latérales telles que l'acétamide en libérant de l'ammoniac. Ces enzymes présentent une même structure homotétramérique mais diffèrent par plusieurs de leurs caractéristiques biochimiques. En particulier, leur spécificité de substrat est distincte : alors que AmiE dégrade (comme les autres amidases décrites) l'acétamide, l'acrylamide et le propionamide, la protéine AmiF n'est spécifique que d'un seul substrat : le formamide. Une cystéine (Cys 166) a été identifiée comme étant impliquée dans le site actif de AmiE et de AmiF indiquant (avec d'autres expériences) que ces protéines sont des thiol-enzymes. H. pylori possède donc au moins trois voies de production d'ammoniac via une formamidase, une uréase et une amidase dont les expressions semblent co-régulées. La nature et l'origine (endogène ou exogène) des substrats naturels des deux amidases ne sont pas connues à l'heure actuelle.

Rôle essentiel de la protéine UreI pour la colonisation de la muqueuse gastrique et la résistance à l'acidité de H. pylori (Chercheur statutaire : H. De Reuse, Doctorant : S. Skouloubris) Le rôle et la fonction de la protéine UreI, une des protéines codées par l'opéron uréasique de H. pylori et qui n'est retrouvée que très rarement chez les autres bactéries uréolytiques, ont été analysés. Le produit du gène ureI n'est pas nécessaire à la synthèse d'une uréase fonctionnelle. L'inoculation de souris (dans le modèle décrit ci-dessous) par un mutant de la souche SS1 portant cette mutation non polaire de ureI a permis de démontrer que UreI est essentielle pour la survie de H. pylori in vivo et/ou pour la colonisation de l'estomac de la souris. Des expériences menées in vitro démontrent que la protéine UreI est indispensable à la survie de H. pylori lors d'une incubation dans un milieu acide en présence d'urée, conditions comparables à celles rencontrées dans l'estomac lors de la colonisation. Ce rôle de UreI dans la résistance à l'acidité de H. pylori expliquerait son importance pour la colonisation de la muqueuse gastrique murine.

Etude du régulateur NikR de H. pylori : (Chercheur statutaire : A. Labigne, Doctorant : M. Contreras de Camacho) L'analyse du génome de H. pylori, a permis à M. A. Mandrand (INSA de Lyon) de détecter la présence d'une phase ouverte codant pour un homologue de la protéine NikR identifié chez E. coli qu’elle a caractérisée. NikR, chez E. coli, est une protéine qui, en présence d'ions nickel qu'elle fixe, agit comme un répresseur. Dans la mesure où le nickel joue un rôle majeur dans l'activation de l'uréase, enzyme essentielle à la survie de la bactérie in vivo, l'étude de ce régulateur potentiel sensible aux ions nickel s'imposait. Le projet a eu pour objet de 1) démontrer que NikR de H. pylori possède des fonctions régulatrices, 2) de montrer que NikR de H. pylori ne pouvait pas complémenter les fonctions de NikR de E. coli, et que chez H. pylori NikR avait des fonctions d'activateur et de répresseur, 3) d'identifier les gènes dont l'expression est régulée positivement ou négativement par NikR.

Développement d’outils génétiques pour la mutagenèse généralisée de H. pylori en vue d’identifier des gènes essentiels à la colonisation (Chercheur statutaire : A. Labigne, Doctorant : P. Jenks) Rappelons que l’un des handicaps majeur de l’étude génétique du pouvoir pathogène de H. pylori réside dans l’absence d'un système de mutagenèse généralisée qui permette de créer efficacement des banques de mutants au hasard. Faute de mutagenèse insertionnelle directe nous avons réalisé une mutagenèse au hasard du génome de H. pylori par mutagenèse navette en utilisant comme transposon un dérivé de MiniTn3 (MiniTnKm). La première mutagenèse réalisée l’a été sur 1200 fragments d’une taille d’environ de 1 à 2 kb, générés par une digestion partielle par l’endonucléase Sau3A du chromosome de H. pylori et clonés, puis inactivés par MiniTnKm chez E. coli. Les transformants résistants à la kanamycine, ont été criblés pour deux phénotypes en vue de valider l'approche : la perte de l'activité uréase ou catalase. Trois mutants uréase négatifs et 3 autres catalase négatifs ont été obtenus. La localisation précise du site d’insertion du transposon dans le chromosome a été déterminée après restriction du chromosome par HindIII, ligation des fragments sur eux-même, et amplification à partir d’oligonucléotides internes à la kanamycine (méthode que nous avons développée et désignée RMLA pour "Random Mutagenesis and Loop Amplification"). Le produit d’amplification peut être soit séquencé directement, soit utilisé comme sonde pour identifier sur des matrices filtres la phase ouverte de lecture interrompue.

Les approches globales post-génomiques (Chercheur statutaire : A. Labigne, Doctorant : C. Chevalier, ITA : C. Ecobichon, J.-M. Thiberge, collaboration avec Eurogentec) La mise à la disposition de la communauté scientifique de la séquence génomique de la souche 26695 a permis de mettre en place un certain nombre de stratégies globales pour l’étude de H. pylori. Tout d’abord des oligonucléotides permettant l’amplification des 1590 phases ouvertes de lecture ont été conçus, synthétisés, et les 1590 amplicons ont été produits et contrôlés pour nous par Eurogentec. Chacun des deux oligonucléotides de chacune des phases ouvertes contient à son extrémité 5’ une extension CAUCAUCAU (oligonucléotide “sens”) et CUACUACUA (oligonucléotide “anti-sens”), respectivement. Ces amplicons ont êté déposés sur des membranes nylon à haute densité par Eurogentec. Le fait d’avoir synthétisé les oligonucléotides avec des dUMP au lieu de dTMP a permis de procéder au clonage systématique de chacun des amplicons. Les 17 plaques de 96 amplicons ont ainsi été traitées. Les plasmides recombinants ont été transformés dans une souche HB101 (pTCA) produisant la transposase de Tn3 ce qui a permis d'entreprendre l’inactivation systématique de toutes les phases codantes de H. pylori chez E. coli puis, en fonction des gènes d'intérêt de construire individuellement les mutants chez H. pylori.

Physiopathologie des infections à Helicobacter dans les modèles murins (Chercheur statutaire : R. Ferrero, Post-Doctorante : F. Radcliff, collaboration avec P. Ave et M. Huerre de l’Unité d’Histopathologie). Développement du modèle murin d’infection à Helicobacter pylori. La possibilité d’implanter H. pylori au niveau de la muqueuse gastrique de la souris a été rapportée dans la littérature pour la première fois en 1995. Il apparaissait très clairement que seules quelques souches de H. pylori étaient dotées d’une telle aptitude. Différents paramètres ont donc été analysés : choix de la souche (N6, G27, SS1, HAS-141, 26695) ; de la souris (Swiss, Balb/C, C57B16) ; détermination de la dose infectieuse ; réponse immunitaire (IgA, IgG, IgM) au niveau sérique et au niveau des muqueuses ; charge bactérienne retrouvée; aptitude à manipuler génétiquement la souche in vitro et à maintenir un pouvoir de colonisation en dépit des manipulations. La souche SS1 (Sydney Strain) s'est avérée la meilleure candidate. Un assez bon mimétisme a été noté entre les infections aiguës et chroniques obtenues dans ce modèle et les observations faites chez l'homme : réponse immunitaire sérique précoce IgM puis IgG, réponse IgA plus tardive ; réponse locale IgG et IgA tardive ; charge bactérienne constante (résultats publiés dans Infection and Immunity). La comparaison des modèles d’infection par H. pylori et par H. felis montre toutefois que l’infection de la souris par H. pylori ne conduit pas à une colonisation aussi massive de la muqueuse gastrique que celle due à H. felis, que la colonisation et le développement de la réponse immunitaire est plus tardive et que les lésions histologiques observées sont moins marquées dans l’infection à H. pylori (gastrite superficielle diffuse de grade I). Dans un premier temps, des mutants de H. pylori ont été construits dans lesquels des gènes non essentiels à la colonisation ont été inactivés. La procédure impliquant plusieurs passages in vitro, puis l'électroporation, puis la sélection de mutants résistants à la kanamycine, n'altèrait pas l'aptitude à coloniser la muqueuse gastrique des souris. Par la suite, des mutations dans des gènes codant pour d'autres protéines ont été testées, permettant d'identifier des gènes dont l'expression est essentielle pour la survie de la bactérie in vivo.

Etude des réponses immunitaires cellulaires associées aux pathologies induites par les infections à H. pylori et H. felis. (Chercheur statutaire : R. Ferrero, Post-Doctorante : F. Radcliff, collaboration avec P. Ave et M. Huerre de l’Unité d’Histopathologie). L'objectif de ce travail a été d'étudier les réponses cellulaires induites par les infections à Helicobacter dans les modèles murins, et en particulier de caractériser les réponses de type "T-helper" (Th) associées aux pathologies induites dans ces modèles. Un aspect important de ces travaux a consisté en la mise au point de certaines techniques telles que la détection par ELISA de cytokines (e. g. IL-4, IFN-gamma) produites par des cellules inflammatoires présentes soit dans la muqueuse gastrique soit dans la rate des animaux infectés, l'isolement et la purification de populations de cellules à l'aide de billes magnétiques, et la production et la purification d'anticorps monoclonaux présentant une activité neutralisante des cytokines (IL-4, IFN-gamma et IL-12) à partir d'ascites de souris. Pour résumer les résultats obtenus à ce jour, il semble que la cytokine IL-4 (typiquement associée à des réponses de type Th-2) soit préférentiellement sécrétée au niveau de la muqueuse gastrique et par les splénocytes de souris Swiss (non-cosanguines) naïves ou infectées par la souche H. pylori SS1, alors que l'IFN-gamma (caractéristique des réponses de type Th-1) est peu détectable dans les tissus de ces souris. Il a également été observé que les splénocytes isolés à partir de souris infectées semblaient sécréter moins d'IL-4 que les cellules provenant de souris naïves lorsque celles-ci étaient stimulées in vitro à l'aide d'extraits bactériens de H. pylori. Ce résultat suggère que les infections à H. pylori pourraient réguler négativement les réponses immunitaires chez la souris. Parallèlement, l’approche immunohistochimique a également été utilisée pour détecter la production de cytokines induites lors des infections à Helicobacter. Les premiers résultats font apparaître un marquage anti-IL-4 non limité aux cellules inflammatoires présentes dans la muqueuse infectée, mais retrouvé autour des glandes gastriques suggérant qu’elles sont capables de produire et sécréter de l’IL-4 , ou qu’elles possèdent des récepteurs qui ont une spécificité pour cette cytokine. Dans le modèle H. felis, nous avons cherché à caractériser et à quantifier par immunohistochimie les populations lymphocytaires (B et T) associées aux lésions histologiques induites lors d'une infection à très long terme par H. felis dans le modèle souris. Les différentes cellules inflammatoires (CD3+, CD45R+) présentes dans les follicules lymphoïdes gastriques ont été localisées et numérées. L'infection des souris Swiss induit à la fois la formation de follicules lymphoïdes majoritairement composées de cellules de type B, ainsi qu'une hyperplasie gastrique, et non, comme cela avait été montré auparavant chez les souris de type BALB/c, à la formation de lymphomes de type MALT. Les résultats obtenus ont permis d’émettre l’hypothèse que la pathologie induite serait influencée par la nature de la réponse Th préférentiellement induite dans une lignée de souris donnée.

Etude de la résistance au métronidazole chez la souris infectée par la souche SS1 (Chercheur statutaire : R. Ferrero, A. Labigne, Doctorant P. Jenks) Les trithérapies impliquant le métronidazole (5-nitroimidazole) dans les traitements actuels des infections à H. pylori sont fréquemment utilisées, et ce, en dépit de l'existence de souches cliniques résistantes au métronidazole. Il a en effet été estimé que 10 à 30 % des souches isolées dans les pays occidentaux étaient résistantes au métronidazole et que, dans les pays où l'usage de cet antibiotique est beaucoup plus banalisé, quasiment toutes les souches étaient résistantes. Nous avons donc voulu utiliser le modèle de la souris infectée par la souche SS1, 1) pour caractériser le développement d'une résistance primaire au métronidazole chez H. pylori après l'utilisation du métronidazole en monothérapie, simulant ainsi l'usage de cet antibiotique pour le traitement d'infections anaérobiques ou parasitaires ; 2) afin d'examiner l'impact d'un prétraitement au métronidazole sur l'efficacité d'une trithérapie menée en vue d'éliminer une infection à H. pylori ; 3) pour apprécier la contribution de la nitroréductase (RdxA) récemment décrite par Hoffman et collaborateurs comme impliquée in vivo dans le mécanisme de résistance au métronidazole chez H. pylori, dans les phénotypes de résistance sélectionnés in vivo chez la souris. Les résultats obtenus peuvent très succinctement se résumer de la façon suivante : une résistance primaire de H. pylori apparaît à très haute fréquence in vivo après une monothérapie consistant en des doses semblables à celles utilisées classiquement pour le traitement de certaines infections parasitaires. Les populations bactériennes présentes au niveau de la muqueuse gastrique sont des populations mixtes comprenant des souches sensibles et des souches résistantes (notion d'hétérorésistance). La présence de souches résistantes est associée à un très fort taux de rechute à une trithérapie classique impliquant le métronidazole. L'analyse de la séquence nucléotique du gène rdxA de 10 colonies de H. pylori sensibles au métronidazole et de 27 colonies résistantes provenant chacune de souris indépendantes traitées en monothérapie par le métronidazole a montré que, dans 93 % des souches résistantes, il y avait une mutation dans le gène rdxA qui conduisait soit à la synthèse d'une protéine tronquée (21/27), soit au remplacement d'un acide aminé critique (4/27). Dans deux cas, la résistance au métronidazole n'était pas associée à une modification du gène rdxA indiquant que soit l’expression du gène était affectée au niveau transcriptionnel (modification de la région promotrice) soit que des mécanismes de résistance indépendants de l'expression de la nitroréductase RdxA pouvaient intervenir.

Typage moléculaire des souches et diversité génétique des isolats cliniques. (Chercheur statutaire : A. Labigne, Doctorant : P. Jenks, C. Chevalier en collaboration avec J. Raymond de l'Hôpital St Vincent de Paul, Paris). Il esite au sein des souches isolées en clinique une très grande diversité génétique. Cette diversité se traduit a) au niveau de chaque gène par l'existence d'un important polymorphisme, le plus souvent conservatif ; b) au niveau génomique par la présence ou l'absence d'un certain nombre de phases ouvertes : c'est le cas par exemple du gène codant pour l'antigène CagA, mais également des 30 autres gènes qui sont associés à l'îlot "cag", et sans doute d'au moins une centaine d'autres gènes si l'on s'appuye sur les données génomiques. L'étude de la diversité des souches a été abordée à différents niveaux : tout d'abord en réalisant le séquençage des gènes hspA et d'un fragment interne au gène glmM, sur des collections de souches de H. pylori : 60 souches françaises, 20 souches vénézuéliennes, 20 souches iraniennes, 20 souches chinoises, 5 souches d'origine sub-saharienne. Les premiers résultats montrent que chaque souche possède une séquence nucléotidique qui lui est propre, et que l'analyse des séquences et ce plus particulièrement pour le gène hspA, permet d'identifier des phylons génétiques distincts en fonction de l'origine ethnique des patients infectés. La diversité des souches a également été examinée en étudiant la distribution de 7 phases ouvertes de lecture réparties sur toute la longeur de l'îlot de pathogénicité "cag" au sein des souches cliniques. L'utilisation des techniques d'amplification et d'hybridation sur colonies a permis de déterminer que la présence du gène cagA n'était pas toujours associée à celle de l'ensemble des gènes de l'îlot "cag" : sur 73 souches provenant de patients français, 86 % (63/73) des souches exprimaient l'antigène CagA, mais seulement 55 de ces 73 souches portaient l'îlot entier. Les délétions observées au sein de l'îlot étaient de taille variable, et affectaient des gènes différents de l'îlot. Cette étude démontre la diversité des réarrangements impliqués entre souches d'origine totalement indépendante. Ces deux outils (polymorphisme génique de hspA, glmM, et caractérisation de l'îlot "cag") ont été utilisés pour étudier le mode de transmission de H. pylori au sein de deux familles, une famille comprenant le père, la mère et 4 de leurs 7 enfants (Fam A, d'origine maghrébine), l'autre famille comprenant le père, la mère et 2 de leur 4 enfants (FamD d'origine française). Sans entrer dans le détail des analyses, ces études ont permis de prouver pour une des familles (FamA) l'existence d'une transmission intrafamiliale (présence de marqueurs rares du père et de la mère chez certains des enfants) ; dans l'autre famille (FamD) les enfants étaient infectés par des souches distinctes de celles des parents, mais tous deux par la même souche. Dans les deux familles, les parents étaient tous deux infectés, mais par des souches distinctes (aucun des marqueurs de l'un n'était retrouvé chez l'autre). Ces résultats ont permis de démontrer l'existence d'une transmission intrafamiliale active de H. pylori, importante chez les enfants, et de visualiser un certain nombre de modifications génétiques que subit le génome de H. pylori au cours du temps.

Etude du pouvoir pathogène des Escherichia coli. (Chantal le Bouguénec).

De nombreuses souches de Escherichia coli sont responsables, chez l'homme et chez l'animal, de processus pathogènes à localisation intestinale et extraintestinale. Chez l'homme, E. coli est reconnue comme la cause majeure de diarrhées bactériennes dans le monde. Par ailleurs, les infections urinaires sont l'une des premières maladies infectieuses non endémiques touchant 1% de la population féminine adulte et, dans 80% des cas, E. coli est l'agent isolé et incriminé. Enfin, E. coli est la seconde cause de méningite néonatale et est responsable de septicémies. Chez l'animal, les colibacilloses sont un problème majeur dans les "élevages intensifs" à cause des forts taux de mortalité et de morbidité qui leur sont associés. Bien que de très nombreux facteurs de virulence aient été identifiés au cours des vingt dernières années, on est encore très loin de comprendre les processus physiopathologiques conduisant au développement des différents processus pathogènes et les modes de transmission de ces agents infectieux. L'activité du groupe est organisée autour de deux axes : 1. mieux comprendre les mécanismes qui permettent a) à E. coli de coloniser et de persister chez l'homme ou l'animal et b) de rendre compte de la flexibilité de son génome; 2. étudier le mode de transmission des souches entre l'animal et l'homme ainsi que l'étude des "facteurs" de l'hôte favorisant ou entravant la colonisation.

Les premiers travaux ont permis de caractériser le support moléculaire de l'adhésion de ces bactéries à la surface des muqueuses via la production d'une adhésine afimbriale (codée par l'opéron afa) par des souches isolées de patients avec des cystites/pyélonéphrites. Nous avons mis en évidence le caractère tout à fait particulier de l'opéron afa en ce qui concerne : a) sa distribution puisque nous l'avons également retrouvé dans des souches responsables chez l'homme et chez l'animal de diarrhées et de septicémies, et b) sa fonction puisque c'est le premier opéron qui code à la fois pour adhésion et internalisation des bactéries dans les cellules eucaryotes. Nous avons mis en évidence que la liaison de l' adhésine AfaE à son récepteur cellulaire spécifique : le decay-accelerating factor (CD55) induit la transduction de signaux aboutissant entre autres à : un phénomène de "capping" des molécules de récepteur (décrit pour la première fois lors de la liaison d'une adhésine bactérienne à son récepteur), l'apparition de dommages cellulaires. Nous avons tout récemment montré une stimulation d'une réponse immunitaire innée via l'interaction de l'adhésine AfaE avec son récepteur cellulaire, le DAF humain. Différents collaborations sont initiées pour étudier la capacité d'autres pathovars de E. coli entérovirulents à provoquer une telle réponse (Laurence du Merle, Christine Bernier). L'internalisation des bactéries AFA dans les cellules épithéliales (observée in vitro et dans un modèle ex vivo de culture de tissus) pourrait jouer un rôle dans le développement, chez l'homme et l'animal, des formes persistantes et septicémiques d'infections dues à ces souches. Pour tester cette hypothèse, nous sommes en train d'étudier le devenir des bactéries internalisées (Sandrine Le Friec, Laurence du Merle) et d'identifier le récepteur de l'invasine AfaD (Laure Plançon). L'association des opérons afa avec des éléments génétiques mobiles a été mise en evidence et pourrait contribuer à la dissémination de telles souches pathogènes entre les hommes et les animaux. La caractérisation d'îlots de pathogénicité portant des opérons afa est en cours (Lila Lalioui). Notre groupe étudie également, en particulier en collaboration avec différents instituts du réseau international des Instituts Pasteur et Instituts associés, les facteurs bactériens produits par des souches de E. coli associées à des pathologies nouvelles telles les diarrhées persistentes chez les patients séropositifs pour le VIH, et le rôle respectif des facteurs bactériens et de facteurs l'hôte dans le développement des processus pathogènes (Christine Bernier, Laurence du Merle).

Personnel de l'unité

Secrétariat de l'unité

ONDET Maxence

Chercheurs de l'unité

LABIGNE Agnès, IP (alabigne@pasteur.fr) LE BOUGUENEC Chantal, IP (clb@pasteur.fr) DE REUSE Hilde, IP (hdereuse@pasteur.fr) FERRERO Richard, IP (rferrero@pasteur.fr)

Stagiaires de l'unité

BAYLE Denis, chercheur contractuel ;
BELAID Djilali, Thèse sciences ;
BERNIER Christine, DEA puis Thèse sciences ; BOURLIOUX François, Interne en Pharmacie ; CONTRERAS de CAMACHO Mónica, Pharmacienne, Thèse sciences ; JENKS Peter, Docteur en médecine, post-doc ; LALIOUI Lila, Thèse sciences ;
LE FRIEC Sandrine, Maîtrise de Biochimie ; NIEWERTH Ursula, phD, Université de Muenster, Allemagne ; SKOULOUBRIS Stéphane, Thèse sciences.

Autre personnel de l'unité

CHEVALIER Catherine, Ingénieur d'études INSERM. Techniciens :
DU MERLE Laurence,
ECOBICHON Chantal,
THIBERGE Jean-Michel,
TROUBADOUR Pascale.

Publications de l'unité

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