Institut Pasteur Rapport d'activité de l'unité Rage pour l'année 1999


Responsable : TSIANG Henri (htsiang@pasteur.fr)

Résumé du rapport

Les activités de recherche de l'Unité de la Rage perpétuent la tradition pastorienne. Elles s'exercent dans les domaines de la recherche fondamentale, en parallèle avec des études plus appliquées pour une amélioration des méthodes de diagnostic et de vaccination antirabique. En outre, des études épidémiologiques de terrain et des analyses moléculaires des souches variantes du virus sont entreprises. Cette Unité héberge le Centre Collaborateur OMS de Référence et de Recherche et le Centre National de Référence pour la Rage.

Abstract

The Rabies Unit research activities is the continuation of Pasteur's tradition. They are carried out in basic research and in applied studies for improvement of diagnostic methods and rabies vaccination schedules. In addition, epidemiological survey studies and molecular analysis of virus variants are also undertaken. The Rabies Unit hosts the WHO Collaborating Centre for Reference and Research in Rabies, and the National Reference Centre for Rabies.

Texte du rapport

Evolution des lyssavirus en fonction des vecteurs animaux (H. Bourhy)

De nombreux isolats de lyssavirus européens ont été analysés par séquençage au niveau des gènes de la glycoprotéine et de la nucléoprotéine. Trois biotypes de virus peuvent être distingués en Europe au niveau de la séquence de la nucléoprotéine (N) et de la glycoprotéine (G). Chacun d'entre eux est plus spécialement associé à une espèce animale vectrice (chien, chien viverrin et renard roux). La distribution géographique de ces différents biotypes en Europe a pu être déterminée. Ce type d'étude met en évidence l'origine phylogénique commune de virus appartenant à des cycles épidémiologiques aujourd'hui différents. Ainsi les virus rabiques circulant sur les renards et sur les chiens viverrins en Europe dérivent phylogéniquement des isolats canins circulant en Europe. Les études indiquent que le changement de vecteur animal pour un virus rabique s'accompagne de mutations limitées caractérisant ces biotypes au niveau des gènes N et G.

Etudes sur la pathogénie de différents lyssavirus (R.Kassis, H.Bourhy)

Le rapport entre les variations génétiques observées dans la nature et le pouvoir pathogène des virus a été étudié sur un modèle d'infection de la souris par voie intra-musculaire (IM) ou par voie intra-cérébrale (IC). A partir d'isolats de lyssavirus à faible et haut niveaux de passages en culture cellulaire, ils ont été classés en trois groupes: virus hautement pathogènes ( IM et IC), virus faiblement pathogènes par voie IM mais pathogènes par voie IC et enfin, virus peu pathogènes (IM et IC). L'étude des lyssavirus appartenant à ces 3 groupes sur des lignées cellulaires neuronales et musculaires in vitro et sur cellules primaires de cortex et de myotube ex vivo. L'étude de la cytotoxicité dans les cellules neuronales montre que le pouvoir apoptotique limitant la propagation de l'infection par certains lyssavirus dans les cellules de type neuronal soit un des facteurs critiques de la physiopathologie de la rage.

Expression de gènes étrangers dans les neurones par utilisation de virus rabiques recombinants obtenus par génétique inverse. (P.E. Ceccaldi) L'étude de mutants du virus rabique obtenus par génétique inverse et présentant l'insertion de gènes rapporteurs dans la région du pseudogène a été poursuivie. Il a ainsi été possible de montrer que de tels mutants constituaient des vecteurs permettant l'expression sélective de gènes étrangers dans les neurones, et conservaient les propriétés de neurotropisme, de transport axonal et de faible cytotoxicité du virus rabique. Des modifications portant sur la glycoprotéine rabique permettent de moduler l'effet pathogène de tels mutants, voire de limiter l'infection aux neurones cibles correspondant à l'infection initiale, confirmant leurs potentialités d'utilisation comme vecteurs viraux hautement neurotropes.

Etude de la barrière hémato-encéphalique (P.E. Ceccaldi) L'existence d'une altération de la barrière hémato-encéphalique a été montrée au cours de l'infection rabique expérimentale, grâce à des technique de diffusion de marqueurs fluorescents, d'analyse d'images et d'immunocytochimie. Cette altération est visible aussi bien avec des souches de virus rabique de laboratoire qu'avec des souches provenant d'isolats obtenus sur le terrain ; des différences dans la cinétique d'établissement de cette altération peuvent être corrélées avec les variations observées dans l'apparition des signes cliniques. Une modélisation en culture cellulaire de la barrière hémato-encéphalique a été entreprise afin de déterminer comment le virus rabique, qui infecte sélectivement les neurones du SNC, est capable d'altérer les structures endothéliales et/ou astrocytaires.

Etude du virus respiratoire syncytial bovin (VRSB) (J.F. Valarcher, H. Bourhy)

Les parallélismes cliniques et épidémiologiques observés entre l'infection du veau et de l'enfant font de l'infection expérimentale du veau par le VRSB un modèle naturel d'étude de l'infection à VRS Humain chez l'enfant. Une analyse de séquences partielles des gènes N, G et F de 54 isolats de VRSB récoltés de 1967 à 1998 et provenant de pays pratiquant ou non la vaccination montre une évolution continue des gènes N, F et G. Des modifications de la structure tridimensionnelle de la glycoprotéine sont apparues dans les isolats les plus récents. Ces résultats éclairent d'un jour nouveau le problème du choix du vaccin chez le veau mais aussi par analogie chez l'enfant. Une attention toute particulière devra être apportée à l'utilisation potentielle de vaccins sous-unitaires ne comportant que la zone centrale de la glycoprotéine.

Les enquêtes épidémiologiques et les investigations virologiques n'ont, jusqu'à maintenant, jamais réussi à expliquer le devenir du VRSB entre deux saisons de circulation épidémique, et qui n'est pas décelable, excepté dans les noeuds lymphatiques (NL) trachéobronchiques et médiastinaux. En revanche, les ARN viraux correspondant aux gènes N, G et F, de sens messager et génomique, sont présents dans ces NL chez des veaux exempts de signes cliniques. Les résultats des études plaident en faveur de la présence du virus dans les lymphocytes B. La persistance du VRS dans des cellules mononucléées des NL éclaire d'un jour nouveau les observations concernant l'immunité anti-VRS que ce soit chez le bovin ou chez l'homme.

Vaccins et Vaccinations Antirabiques
(Y.Rotivel)

L'Unité participe à des études cliniques dans le cadre du Centre de Traitement Antirabique, pour l'amélioration des protocoles de vaccination antirabiques. Elle participe également à des études de pharmacovigilance lorsque de nouvelles formulations de vaccins antirabiques sont proposées. La surveillance épidémiologique du traitement antirabique est analysée afin de faire émerger les facteurs de risques nouveaux, en particulier liés aux déplacements des personnes dans les pays où la rage est endémique, ou à l'introduction frauduleuse et non réglementée d'animaux dans des régions indemnes de rage. Ces éléments permettent l'élaboration de nouvelles recommandations pour les indications de traitements antirabiques à la suite de contacts potentiellement à risques pour les personnes qui sont agressées par des animaux domestiques ou sauvages.

Centre National de Référence pour la Rage

L'Unité de la Rage héberge le Centre National de Référence pour la Rage, dont le Centre Antirabique est chargé de la consultation et de la vaccination des personnes ayant été mordues par des animaux suspects de rage. En moyenne, un millier de personnes sont vaccinées tous les ans à l'Institut Pasteur. Le Centre coordonne les activités des centres régionaux pour le traitement de la rage, participe à la formation des médecins ayant la responsabilité de ces Centres dans les hôpitaux en France et dans le monde. Le CNR réalise le diagnostic des animaux sauvages et domestiques suspects d'avoir été à l'origine d'une contamination humaine. Environ 2000 prélèvements par an sont soumis au diagnostic. Ces examens sont réalisés par immunofluorescence directe, isolement sur culture cellulaire et test immunoenzymatique (RREID). La vaccination antirabique pratiquée après une morsure avec un risque de contamination potentielle est en diminution au cours de ces dernières années. En effet, la vaccination orale des renards a donné des résultats satisfaisants. La France reste indemne de cas de rage humaine depuis 1924. Les rapports d'activité de tous les Centres de Traitement Antirabique en France sont centralisés et analysés. Un Bulletin annuel de la Surveillance Épidémiologique et de la Prophylaxie de la Rage Humaine en France est édité et diffusé.

Centre Collaborateur OMS de Référence et de Recherche pour la Rage

Ce Centre a la responsabilité de fournir des souches de référence du virus rabique, de titrer le pouvoir antigénique des vaccins et de titrer les anticorps neutralisants pour les laboratoires et Instituts qui en font la demande auprès de l'OMS ou directement à l'Institut Pasteur. Les isolats en provenance de pays étrangers (Amérique, Afrique, Asie, Europe et Moyen-Orient) sont analysés et typés par séquençage du gène de la glycoprotéine. En outre, le Centre participe à des campagnes d'éradication de la rage et assiste les laboratoires étrangers pour des transferts de technologies dans le cadre de la prophylaxie antirabique.

Personnel de l'unité

Secrétariat de l'unité

LE SCOUR Mireille, IP
ROUX Annie, IP

Chercheurs de l'unité

BOURHY Hervé, IP
CECCALDI Pierre-Emmanuel, IP

Stagiaires de l'unité

ETESSAMI Réza, Stagiaire
KASSIS Raïd, Stagiaire

Autre personnel de l'unité

AUDRY Laurent
CAMPANARO Malika
COZETTE Pascal
GOUDAL Maryvonne
LAVENU Agnès
MARENDAT Ingrid
ROTIVEL Yolande
ROTSEN Rolande
SAGUET Marjorie
VACHET Nicole
WEBER Patrick

Publications de l'unité

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