Institut Pasteur Rapport d'activité de l'unité Neurovirologie Régénération du Système Nerveux


Responsable : DUBOIS-DALCQ Monique (mdalcq@pasteur.fr)

Résumé du rapport

Cette Unité est organisée en 5 groupes de recherches En neurovirologie/neuroimmunologie, nous avons démontré (1) l'infection persistante par le poliovirus dans la moelle spinale de souris dont les neurones infectés meurent par apoptose; in vitro, les mutants persistants montrent des altérations de l’entrée du virus dans la cellule (2) l’existence d’un nouveau récepteur du virus de la rage (N-CAM); l’infection rabique de la souris peut causer l’apoptose des lymphocytes in vitro et, au cours de l’encéphalite virale, des lymphocytes en apoptose sont observés dans le cerveau; de plus l’encéphalite virale cause une perte de la capacité des splénocytes à produire des cytokines TH1; la base immunologique des vaccins antirabiques a été analysée. (3) la signalisation et le role du corécepteur du VIH CXC-R4 qui reconnait la chemokine alpha SDF-1 et est exprimée par les neurones du SNC En neurobiologie, nous étudions
(1) l'origine et le développement des oligodendrocytes qui synthétisent la myéline dans le système nerveux central ainsi que leur régénération au cours des maladies démyélinisantes. En particulier, nous analysons les signaux qui induisent la genèse des oligodendrocytes à partir des cellules souches neurales multipotentielles (2) les connexines, une famille multigénique de protéines qui forment ls canaux intercellulaires responsables de la communication directe entre cellules. En particulier, on s’attache à définir les mécanismes cellulaires et moléculaires des maladies associées aux mutations des connexines. Les connexines exprimées dans la rétine sont aussi caractérisées sur le plan moléculaire et fonctionnel.

Abstract

In the field of neurovirology/ neuroimmunology, we study how Poliovirus (PV) establishes persistent infections in vitro and in vivo. Mutant viruses are able to persistently infect non-neural cells and show alterations in entry of the virus into cells. By using a mouse model, we have shown that poliovirus persists in the CNS following the onset of paralytic poliomyelitis. We are studying the molecular and cellular mechanisms of persistent infection and its possible effect on the host. Moreover, we investigated cytopathology of poliomyelitis in the CNS of paralytic mice and we showed that PV-induced CNS injury is associated with apoptosis. We brought evidence that the neural cell adhesion molecule NCAM expressed at the neuro-muscular junctions and on the membrane of neurons is a receptor for rabies virus. We demonstrated that lymphocytes are target cell for the non neurotropic rabies virus strain used to vaccinate wild life orally and that rabies virus infection triggers apoptosis. The role of Fas, caspases and the proto-oncogene Bcl-2 in signaling and controlling rabies virus induced apoptosis has been investigated. We analyzed the immunological basis of efficacy of this type of live vaccines and we demonstrated that apoptotic bodies containing rabies virus antigens are strong immunogens. We analyzed the inflammation of the nervous system caused by rabies virus infection by measuring the cytokines, chemokines produced in the nervous system and by determining the nature of migrating cells in the course of rabies infection. We assayed their role in the control of the infection by using mouse deficient for cytokines, receptors of cytokines, Fas ligand and certain subsets of lymphocytes. In the field of neuroscience, we study the development and regeneration of oligodendrocytes, the myelin-forming cells of the CNS. To analyse the molecular signals that trigger multipotential neural stem cells to become oligodendrocytes, we use in vitro systems that mimicks proliferation, migration and differentiation of neural precursors from the periventricular zone. Other research focuses on the molecular and cellular biology of connexins. This multigene family of proteins forms the intercellular channels clustered at gap junctions and allows cells to share ions, small metabolites and second messengers, thus coordinating a wide range of behaviors. One of the goals is to understand the molecular and cellular defects of human genetic diseases associated with connexin mutations. We are also pursuing the functional characterization of the connexin subgroup preferentially expressed in retinal neurons.

Texte du rapport

L'infection persistante du poliovirus
(F. Colbère-Garapin)

Nous développons des modèles d’étude des infections virales persistantes, en utilisant le poliovirus (PV), qui est l'entérovirus humain le mieux caractérisé au niveau de sa structure, de son génome et de son mode de multiplication. Bien que le PV soit connu comme un virus lytique, nous avons tout d'abord montré qu’il peut établir une infection persistante dans des cellules humaines d'origine neuronale en culture (F. C.-G. et coll., PNAS 1989, 86, 7590). Après avoir développé différents modèles d'infections persistantes dans des cellules nerveuses ou non-nerveuses, nous poursuivons l'étude de leurs mécanismes moléculaires. Au cours de l'infection persistante des cellules neuronales humaines par le PV, des virus mutés sont sélectionnés et, contrairement à leurs souches parentales, ils sont capables d'établir des infections persistantes dans des cellules non-nerveuses. Nous avons identifié les déterminants viraux impliqués dans ce phénotype. Un seul déterminant est parfois suffisant pour conférer à un virus lytique la capacité d'établir des infections persistantes dans les cellules non-nerveuses HEp-2, mais l'association de plusieurs mutations a un effet synergique. Ces déterminants sont localisés en surface et à l'intérieur de la capside et modifient les interactions du virus avec son récepteur. En particulier, certains mutants persistants subissent après l'adsorption sur le récepteur un changement de conformation atypique de la capside, ce qui génère une particule intermédiaire qui pourrait retarder l'entrée du génome viral dans la cellule. Pour comprendre les mécanismes des infections persistantes des entérovirus, nous sommes donc amenés à approfondir l'étude des premières étapes de l'infection cellulaire.

Physiopathologie de l'infection persistante du poliovirus dans le système nerveux central murin. (B. Blondel et T.Couderc)

Les virus neurotropes en général, et les virus à ARN non rétroviraux en particulier, peuvent persister dans le système nerveux central (SNC) après la phase aiguë de l'infection et engendrer de nouvelles pathologies plusieurs mois, voire plusieurs années, après l'infection initiale. Les patients ayant développé une poliomyélite paralytique présentent, plusieurs décennies après la phase aiguë de la maladie, une nouvelle pathologie appelée syndrome post-polio et une infection persistante du poliovirus dans le SNC pourrait expliquer cette pathologie. Nous avons testé la capacité du poliovirus à persister dans le SNC murin grâce à des mutants dérivés de la souche PV-1/Mahoney qui présentent la particularité d'induire chez la souris une poliomyélite paralytique qui, comme chez l'homme, n'est pas systématiquement mortelle. La présence du poliovirus a été recherchée dans la moelle épinière de souris jusqu'à 12 mois post-paralysie. A tous les temps étudiés, les antigènes viraux et les particules virales ont été mis en évidence dans le cytoplasme des neurones moteurs de la moelle épinière après immuno-marquage (collaboration avec Josette Destombes et Danielle Thiesson, URA CNRS 2115, Pitié-Salpétrière, Paris). L'ARN viral a également été détecté après réverse transcription et amplification par PCR. Ces résultats montrent que le poliovirus persiste dans le SNC des souris au moins jusqu'à 12 mois post-paralysie. Ce modèle nous permet également d'étudier la cytopathologie de l'infection du SNC par le poliovirus. Nous avons montré qu’au cours de la phase aiguë de la poliomyélite paralytique les lésions sont associées à un processus apoptotique.

Mise en évidence d’un nouveau récepteur pour le virus rabique (M. Lafon)

En faisant l’hypothèse que la susceptibilité à l’infection rabique des lymphocytes, à la surface desquelles le virus se lie, avait pour origine l’expression d‘un récepteur pour le virus, nous avons recherché parmi les molécules de surface connues, quelles étaient celles dont la présence corrélait avec la susceptibilité au virus de la rage. La comparaison de la nature des molécules exprimées à la surface de cellules susceptibles ou non susceptibles à l’infection par le virus, nous a permis de proposer que NCAM (Neural Cell Adhesion Molecule) puisse être ce récepteur.

La caractérisation du rôle de NCAM comme récepteur pour le virus de la rage a été établie sur la base des expériences suivantes : 1. l’incubation de cellules permissives avec du virus de la rage diminue l’expression de NCAM à leur surface (cytofluorimétrie et microscopie) mais pas celle d’autres protéines de surface comme CD49f (chaîne alpha de l’intégrine 6). Cette régulation, proportionnelle à la dose du virus, est spécifique du virus de la rage puisque qu’elle n’est pas obtenue par un traitement avec du virus de la vaccine. 2. l’infection est bloquée à la fois par le sulfate d’héparine, le ligand naturel de NCAM, et aussi par des anticorps spécifiques de NCAM 3. l’incubation du virus de la rage avec du NCAM soluble, mais pas avec la laminine, une molécule de la matrice extra-cellulaire, neutralise le pouvoir infectieux du virus. Le traitement avec NCAM est sans effet sur le pouvoir infectieux du virus de la vaccine. La courbe d’effet dose de neutralisation, de nature sigmoïde, s’accorde avec l’organisation à la surface du virion des glycoprotéines rabiques cible du récepteur sous forme de polymères. 4. la transfection de cellules résistantes, par une des isoformes de NCAM est suffisante pour restaurer jusqu’à 50% de leur susceptibilité. 5. les cultures de neurones primaires de souriceaux invalidés pour le gène NCAM (KO) ne sont pas permissives à l’infection rabique à la différence des cultures de neurones primaires issus de souriceaux de type parental 6. les souris adultes invalidées pour le gène NCAM présentent, lorsqu’elles sont infectées par le virus de la rage, un délai de survie en comparaison des souris de type parental.

L‘ensemble de ces résultats constitue un faisceau d’évidences qui permet de proposer que NCAM exprimée aussi bien à la surface des lymphocytes activés (elle porte alors le nom de CD56) qu’à la surface des neurones ou au niveau des jonctions neuro-musculaires puisse être un nouveau récepteur pour le virus de la rage

Le virus de la rage aurait ainsi deux récepteurs : le récepteur nicotinique à l’acetylcholine, l’AChR, et NCAM. Il reste à établir si ces deux molécules agissent comme des co-récepteurs, ou si, par leur répartition différentielle au niveau du système nerveux, ils ne constituent pas deux voies d’entrée distinctes. Nous envisageons que la différence de pathologie des souches de virus rabique puisse refléter une utilisation différente des deux récepteurs. Nous faisons l’hypothèse que les souches pathogènes seraient capables d’utiliser les deux récepteurs à la différence des mutants de pathogénicité atténuée qui n’en utiliseraient qu’un seul.

Apoptose des lymphocytes infectés par le virus de la rage (M. Lafon)

Après avoir montré que les lymphocytes infectés par les souches de virus de la rage atténuées (utilisées pour la vaccination orale des renards) entraient en apoptose (Thoulouze et al 1997), nous avons cherché à caractériser les signaux responsables de l’entrée en apoptose et les effets que l’apoptose pouvait avoir sur le cycle viral et sur la réponse vaccinale.

Nous avons démontré que le seul contact du virus avec la membrane de la cellule n’était pas suffisant pour induire l’apoptose, mais, par contre, que les phases ultérieures du cycle viral étaient indispensables au processus. En effet, l’apoptose ne commence à être détectée que 18h après l’infection, lorsque la protéine G virale commence à s’accumuler dans le cytoplasme de la cellule, alors que la protéine N s’y accumulait depuis la dixième heure après infection. La concomitance entre l’entrée en apoptose et l’accumulation de la G dans le cytoplasme pourrait indiquer que l’accumulation de protéine G soit le signal initiateur de l’apoptose.

L’apoptose rabique fait intervenir des caspases, aussi bien de type ICE que caspase plus tardive comme caspase 3, comme le montre la capacité des peptides inhibiteurs de caspases DVED, YVAD et ZVAD, à réduire l’apoptose induite par le virus de la rage. L’apoptose induite par le virus de la rage est combattue par la sur-expression de Bcl-2 comme le montre l’absence d’apoptose dans les cellules Jurkat transfectées par le gène Bcl-2 (don de Nicole Israël, Unité de Biologie des Rétrovirus, Institut Pasteur) bien que celles-ci soient aussi susceptibles à l’infection rabique que les cellules non transfectées.

L’apoptose rabique ne perturbe pas la production du virus de la rage par les lymphocytes dans la première semaine de la culture (phase aiguë de l’infection). L’apoptose a pour conséquence de libérer une grande quantité de protéine N (Lafon et al, 1998). Cette protéine qui est un superantigène (Lafon et al, 1992, 1994) est dotée de propriétés adjuvantes dont nous avons démontré l’effet à l’égard d’une vaccination hétérologue (Astoul et al, 1996) mais qui est aussi effective comme adjuvant dans la vaccination antirabique (Dietzschold et al, 1987, Montano-Hirose et Lafon, 1995). Nous pensons donc que le mécanisme de l’infection des lymphocytes suivie de leur apoptose puisse être, non pas un phénomène immunosuppresseur, ni même neutre comme il est souvent proposé, mais, être au contraire, un phénomène qui permet l’amplification de la réponse immune. Ce processus pourrait participer à la très grande efficacité des vaccins rabiques atténués utilisés pour la vaccination orale des renards (voir paragraphe suivant).

Si la majeure partie de la population de lymphocytes infectés par le virus de la rage meure par apoptose au cours de la première semaine, une fraction survit et une infection persistante s’établit. L’établissement de la persistance s’accompagne d’une surexpression de la protéine Bcl-2 et d’une répartition d’antigènes viraux particulière. Cette repartition d’antigènes viraux est la même que celle observée dans les Jurkat transfectées avec Bcl-2, suggérant que Bcl-2 perturbe le trafic intracellulaire des antigènes viraux (protéines G et N).

Bases immunologiques de l’efficacité des vaccins antirabiques atténués (du type de ceux distribués sous forme d’appât pour vacciner les réservoirs de la faune sauvage) (M. Lafon)

Les vaccins antirabiques oraux utilisés en Europe ont permis, en vaccinant les réservoirs sauvages, qui en Europe sont essentiellement constitués de renards, d’éradiquer la rage d’Europe occidentale. Ces vaccins, distribués sous forme d’appât, sont constitués de particules virales vivantes dont la pathogénicité est atténuée. La grande efficacité de ces vaccins pourrait simplement résulter de leur capacité à amplifier leur charge antigénique par réplication dans les macrophages et les lymphocytes. Toutefois, nous avons établi in vitro que l’infection des lymphocytes induit leur mort par apoptose. Il est donc difficile d’admettre qu’un vaccin qui induit la mort des lymphocytes qu’il infecte puisse être dans le même temps fortement immunogène. Nos résultats permettent de proposer que le pouvoir protecteur des vaccins antirabiques vivants résulte de la conjonction de 5 propriétés : 1) le virus n’infecte qu’une fraction des lymphocytes 2) l’apoptose est un phénomène qui intervient trop tardivement dans le cycle viral pour diminuer la propagation et l’amplification de la charge virale 3) l’apopotse libère des antigènes viraux comme la protéine N et la nucléocapside dont les propriétés d’adjuvant de vaccination liées à leur propriété de superantigènes sont bien documentées 4) les corps apoptotiques absorbés par les cellules dendritiques sont une source importante d’antigènes efficacement présentés au système immunitaire 5) les lymphocytes infectés produisent des cytokines comme l’INF-gamma. C’est de l’ensemble de ces propriétés que les vaccins antirabiques de la famille ERA et ses dérivés pourraient tirer leur extrême efficacité (Lafon et al, 1999, sous presse)

Perturbations immunologiques du système nerveux infecté par le virus de la rage. (M. Lafon).

Nous avons poursuivi la description des réponses immunes locales (système nerveux) de l’infection rabique dans deux modèles d’infection rabique (encéphalomyélite non fatale avec séquelles paralytiques et encéphalite aiguë fatale). Cette année, nous avons ainsi étudié les cinétiques d’apparition des cytokines (IFN-gamma, IL-6, TNF-alpha) et des chimiokines (IP-10, MIP-2,MCP-1, MIP-1alpha, MIP-1beta, TCALPHA-3) dans le cerveau de souris développant soit une encéphalite, soit une rage paralytique. L’utilisation de lignées de souris de susceptibilité différente à l’infection rabique, et de souris déficientes en certaines cytokines, nous a permis de définir le rôle de l’inflammation et la nature des cytokines dans la survie ou l’aggravation des symptômes de la maladie. Nous avons aussi étudié la nature des cellules immunes (T, B, CD4, CD8, macrophages) présentes dans le cerveau au cours de ces deux types d’infection soit par cytofluorimétrie soit par immunohistochimie sur coupes de moelles épinières et de cerveaux infectés. Sachant que le système nerveux est un territoire immunologiquement privilégié qui dispose d’un système Fas-Fas ligand permettant théoriquement l’élimination par apoptose des lymphocytes potentiellement dangereux pour la pérennité des fonctions nerveuses, nous avons recherché la présence d’apoptose dans le système nerveux des souris immunocompétentes au cours de l’infection rabique. Nos résultats indiquent clairement que les broyats de cerveaux ou de moelles épinières des animaux infectés par le virus de la rage contiennent des noyaux cellulaires qui subissent le processus d’apoptose et que la majorité des cellules entrant en apoptose sont des lymphocytes CD3+.

Immunosuppression et encéphalite virale (M. Lafon)

Certaines infections virales du système nerveux sont capables, par l’immuno-suppression qu’elles induisent, d’accroître la susceptibilité de l’organisme à des infections secondaires d’origine virale, bactérienne ou parasitaire. En utilisant un modèle d’encéphalite virale, celui de l’infection du système nerveux de la souris par la souche CVS du virus de la rage, nous avons cherché à préciser la nature de l‘immuno-suppression périphérique induite. Pour cela, nous avons cherché au cours de l’infection 1) à déterminer par phenotypage des tissus lymphoïdes périphériques à l’aide d’anticorps dirigés contre les marqueurs CD4/CD8, CD69, CD2, CD11, NK, quelle était la nature des populations lymphocytaire touchées et 2) à évaluer la capacité ex vivo des splenocytes à produire des cytokines (IL-2, IL-4, IFN-gamma et TNF-alpha) par la technique de détection des cytokines intra-cellulaires. La capacité de l’organisme souffrant d’une encéphalite virale à se défendre contre une infection secondaire a été mimée en comparant les réponses ex vivo des splenocytes de souris infectées et non-infectées, au contact d’un mitogène (ConA) ou à celle de lipo-saccharides bactériens (LPS). Pour cela, la production des cytokines intra-cellulaires et leur sécrétion après 48 et 72h de culture (IL-4, 5, 6, 10, 12, TNF-alpha et INF-gamma) ont été mesurées dans des cultures de splenocytes stimulées soit par de la ConA soit par du LPS. Nos résultats indiquent qu’en plus de la perte de cellularité des organes lymphoïdes, l’encéphalite rabique induit un état d’immuno-suppression qui se caractérise par une perte de la capacité des splenocytes à produire des cytokines, surtout celles de type TH1, et oblitère sévèrement la réponse à la ConA alors que la réponse au LPS est préservée. Ces résultats suggèrent que l’impact sur le système immunitaire d’une infection virale du système nerveux impact est sélectif.

Développement et régénération des cellules synthétisant la myéline du système nerveux central (SNC) (M. Dubois-Dalcq)

La myéline permet la conduction rapide des influx nerveux le long des faisceaux axonaux et est essentielle à la plupart des fonctions motrices, sensorielles et intégratrices du système nerveux. Cette membrane multilamellaire est synthétisée par les oligodendrocytes dans le système nerveux central. La myéline est attaquée au cours des maladies démyélinisantes d'origine génétique, virale ou autoimmune. Nous étudions comment les oligodendrocytes sont engendrés à partir des cellules souches du système nerveux central chez les rongeurs et l’homme. Pour ce faire, nous propageons les cellules souches neurales multipotentielles du cerveau qui peuvent engendrer des astrocytes, neurones et oligodendrocytes. Nous investiguons la nature des signaux qui induisent le destin oligodendrocytaire dans ces cellules souches en particulier le rôle du morphogène « sonic hedgehog » et des neuregulines. Nous étudions aussi les molécules impliquées dans la migration des précurseurs neuraux à partir de la zone germinative periventriculaire cérébrale, en particulier la molécule NCAM polysialylée. Notre hypothèse est que les cellules en migration modifient leur destin en fonction du microenvironement dans lequel elles se trouvent. Ces processus sont importants aussi pour la régénération de la myéline chez l’adulte.

Notre intérêt se porte aussi sur la pathogénèse de la leukodystrophie adrénale, une maladie démyélinisante d’origine génétique souvent mortelle chez les garçons et causée par une mutation du gène codant pour une protéine peroxisomale (ALDP, collaboration avec Dr P. Aubourg, INSERM U342, St Vincent de Paul). Nous avons observé l’apoptose des oligodendrocytes dans le cerveau de 4 patients et nous utilisons comme modèle des souris dont le gène ALD a été inactivé par recombinaison homologue (collaboration avec le groupe du Dr K. Nave, Heidelberg). Plusieurs vecteurs retroviraux servent à transférer le gène normal dans les cellules synthétisant la myéline et portant la mutation. Le but est de corriger l’accumulation des acides gras dans ces cellules et l’instabilité de la myéline qui peut en découler.

Signalisation du récepteur CXCR4 par le facteur SDF1a et par la gp120 du VIH dans les cellules du SNC de rat. (M. Dubois-Dalcq)

Le récepteur des chimiokines CXCR4 qui possède 7 domaines transmembranaires et est lié à la protéine G, a pour ligand le SDF1 (stromal derived cell factor-1a), un chimioattractant des lymphocytes. CXCR4 est aussi le corécepteur pour l'entrée du VIH dans les lymphocytes T. Dans le système nerveux central (SNC), il est exprimé dans les neurones où VIH ne se réplique pas. Pour étudier le fonctionnement de ce récepteur dans le cerveau, nous avons examiné si le SDF1a et la gp120 du VIH tropique pour les cellules T se fixent sur les cellules du SNC et signalent le CXCR4. L'analyse par FACS a démontré la fixation de la gp120 sur les cellules neuronales PC12 et les progéniteurs neuronaux isolés à partir du cerveau embryonnaire de 15 jours. Les progéniteurs neuronaux répondent au SDF1a par l'activation des kinases ERK et par chimiotaxie et ces processus sont médiés par le CXCR4. Après 7 jours de différentiation des progéniteurs en neurones corticaux, le SDF1a et la gp120 induisent une activation des ERKs et JNK1 dans les neurones, avec une cinétique similaire. Ces effets ont été bloqués par la toxine pertussique qui découple les protéines Gi du CXCR4 et par le bicyclam AMD3100 qui interagit avec le CXCR4 et inhibe l'entrée du HIV. Les astrocytes ne répondent pas à la gp120 alors qu'ils répondent au SDF1a par la phosphorylation des MAP kinases JNK1 et ERK. Ainsi les neurones et les astrocytes peuvent répondre différemment à la signalisation du CXCR4 par SDF1a et/ou la gp120. Seul le SDF1a peut entrainer la migration des progéniteurs neuronaux et pourrait ainsi contribuer au développement du cortex. Par contre les 2 ligands du CXCR4 SDF1a et gp120 entrainent une activation de certaines kinases dans des neurones différenciés et pourraient donc influencer le fonctionnement neuronal.

Etude des mécanismes cellulaires et moléculaires des maladies associées à des mutations de connexines. (R. Bruzzone)

Au cours des dernières années des associations entre connexines mutées et pathologie humaine ont été mises en évidence. La forme liée à l'X de la maladie de Charcot-Marie-Tooth (CMTX) est associée à des mutations du gène codant pour la connexine32 (Cx32). Nous supposons que des signaux spécifiques entre l'axone et la région péri-nucléaire de la cellule de Schwann permettent l'expression continue de gènes de la myéline et que la présence de canaux formés par la Cx32 est indispensable à la propagation de ces signaux dans la cellule de Schwann. Nous avons démontré que certaines mutations entraînent une perte totale de la capacité de former des canaux fonctionnels tandis que d'autres sont capable d'induire des courants macroscopiques comme la Cx32 sauvage. Nous envisageons d'exploiter cette différence pour caractériser le défaut moléculaire responsable du CMTX. Plus récemment, il a été démontré que la forme plus la fréquente de surdité non-syndromique est associée à des mutations du gène codant pour la Cx26. Nous allons tester la capacité de différentes mutations humaines à former des canaux intercellulaires. Ces expériences devraient nous permettre d’établir la base physiologique des altérations produites par les mutations découvertes chez les patients atteints de surdité non-syndromique.

Identification de connexines dans le système nerveux central et étude de leur rôle dans le développement des oligodendrocytes à partir de cellules souches. * (R. Bruzzone)
*
* Le but de cette recherche est l’identification de connexines au cours de la différenciation des progéniteurs des oligodendrocytes et l’analyse de l’implication de cette voie de communication intercellulaire dans la détermination du phénotype oligodendrocytaire. Notre hypothèse est que le passage de signaux par le biais des connexines est crucial pour coordonner la différenciation de groupes de cellules souches neurales. Cette approche devrait nous permettre de caractériser de nouvelles connexines, dont le rôle sera établi par l'inactivation du gène chez la souris.

Synapses électriques et vision: caractérisation moléculaire et fonctionnelle de connexines exprimées dans la rétine. (R. Bruzzone)

La rétine de mammifère est formée d'un ensemble de cellules neuronales diverses dont la plupart sont reliées par les canaux intercellulaires, véritables synapses électriques localisés dans les jonctions gap. Ces canaux participent aux connexions latérales entre les cellules de même type ou de type différent constituant ainsi un réseau dans lequel le signal peut diffuser largement. Nous avons cloné et caractérisé fonctionnellement trois nouvelles connexines exprimées préférentiellement dans la rétine de poisson et avons proposé que ces connexines constituent un nouveau sous-groupe de connexines "non-conventionnelles", la branche gamma de la famille des connexines. La première connexine gamma (Cx36) s'exprimant dans des cellule neuronales de la rétine de mamifères a été identifiée. Notre but est de caractériser toutes les connexines rétiniennes chez les mammifères, d'étudier leur expression et adressage cellulaire et d'établir une carte fonctionnelle des canaux intercellulaires qui relient les neurones de la rétine.

Personnel de l'unité

Secrétariat de l'unité

BARAN Corinne, IP, e-mail : cbaran@pasteur.fr

Chercheurs de l'unité

BLONDEL Bruno, IP, e-mail : bblondel@pasteur.fr BRUZZONE Roberto, IP, e-mail : bruzzone@pasteur.fr COLBERE-GARAPIN Florence, IP, e-mail : fcolbere@pasteur.fr COUDERC Thérèse, IP, e-mail : tcouderc@pasteur.fr DUVAL Nathalie, IP, e-mail : natoche@pasteur.fr GALELLI Anne, CNRS, e-mail : agalelli@pasteur.fr LAFON Monique, IP, mlafon@pasteur.fr

Stagiaires de l'unité

BALOUL Leïla, Thèse
CALAORA Viviane, Post-doctorant
CAMELO Serge, Thèse
FEIGENBAUM Valérie, Thèse
FRANCESCHINI Isabelle, Post-doctorant
GIRARD Sophie, Thèse
JACQUES Sébastien, Etudiant DEA
LAZARINI Françoise, Post-doctorant
NICHOLSON Simone, Post-doctorant
OUZILOU Laurent, Thèse
ROTTKAMP Catherine, Etudiante
THOULOUZE Maria-Isabel, Post-doctorant

Autre personnel de l'unité

CASANOVA Philippe, IP
DESCAMPS Ginette, IP
GOMES Danielle, IP
GUIVEL-BENHASSINE Florence, IP
LAFAGE Mireille, IP
MURRAY Kerren, IP
PELLETIER Isabelle, IP
THAM To Nam, IP

Publications de l'unité

Ben-Hur T, Rogister B, Murray K, Rougon G and M Dubois-Dalcq. (Unique Identifier : 98337877). Growth and fate of PSA-NCAM+ precursors of the neonatal brain. J Neuroscience, 18(15), 1998, 5777-5788.

Blondel B., Duncan G., Couderc T., Delpeyroux F., Pavio N. and Colbère-Garapin F. (Unique Identifier : 98189492). Molecular aspects of poliovirus biology with a special focus on the interactions with nerve cells. Journal of Neurovirology, 4(1), 1998, 1-26.

Brüstle O, Karram K, Choudhary K, Hüttner A, Murray K, Dubois-Dalcq M and R Mc Kay. (Unique Identifier : 99046895). Chimeric brains generated by intraventricular transplantation of fetal human brain cells into embryonic rats. Nature Biotechnology, 16(11), 1998, 1040-1044.

Colbère-Garapin F. , Duncan G., Pavio N. & Pelletier I. and Petit, I. (Unique Identifier : 98309960). An approach to understanding the mechanisms of poliovirus persistence in infected cells of neural and non-neural origin. Clinical and Diagnostic Virology, 9(2-3), 1998, 107-113.

Denoyelle F., Lina-Granade G., Plauchu H., Bruzzone R., Chaïb H., Levi-Acobas F., Weil D. and Petit C. (Unique Identifier : 98282118). Connexin 26 gene linked to a dominant deafness. Nature (letter), 393(6683), 1998, 319-320.

Dubois-Dalcq M, Feijenbaum V. and P Aubourg. The neurobiology of X-linked Adrenoleukodystrophy. « Perspective on disease », Trends in Neurosciences, 22, 1999. 4-12.

Duncan G., Pelletier I. and Colbère-Garapin, F. (Unique Identifier : 98122987). Two amino acid substitutions in the type 3 poliovirus capsid contribute to the establishment of persistent infection in HEp-2c cells by modifying virus-receptor interactions. Virology, 241(1), 1998, 14-29.

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Chapters and featured articles

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Dubois-Dalcq M and Murray K. What are the growth factors important in oligodendrocyte physiology ?. Pathologie Biologie, sous presse.

Lafon M., M-I Thoulouze, Astoul E. and Lafage M.. Rabies virus and immunopotentiation. In Effects of Microbes on the Immune system. Eds Bob Fujinami. Lippincot-Raven, Philadelphia, USA, sous presse.

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