Lettre du président

L'année 2000 a été marquée par la prise de fonction le 1er janvier du nouveau directeur général, Philippe Kourilsky, et par la mise en place d'une nouvelle équipe de direction. Un important programme, fondé sur les nombreuses réflexions qui se sont développées au sein de l'Institut Pasteur tout au long de l'année 1999, a été lancé, visant à redynamiser la recherche et à la doter de moyens technologiques de pointe.

Douze objectifs prioritaires ont été fixés pour les années 2000 et 2001 avec l'approbation du Conseil d'Administration.

Dans le domaine de la recherche, il s'agissait d'abord d'éclairer l'avenir : 17 groupes de prospective scientifique, associant toutes les personnes de l'Institut Pasteur désireuses d'apporter leur contribution à cette réflexion à des experts nationaux et internationaux extérieurs, ont été mis en place en avril 2000. Leurs rapports ont fait en octobre et novembre l'objet de débats transdisciplinaires avec la participation d'un grand nombre de chercheurs du Campus.

Après la réunion en janvier du Conseil Extérieur d'Orientation Scientifique et Stratégique, celle du Conseil scientifique, et du Conseil d'Administration, les grandes orientations de la politique scientifique de l'Institut Pasteur seront définies et diffusées par le directeur général en avril 2001.

Il a été décidé que les unités de recherche ayant douze ans ou plus donneraient lieu, comme cela se pratique ailleurs, à réévaluation systématique. À ce titre, vingt-cinq unités ont été examinées fin 2000. Après analyse de ces évaluations et recommandations par le Conseil scientifique, le directeur général proposera au Conseil d'Administration, pendant le premier semestre 2001, la reconduction de ces unités, leur restructuration, ou leur fermeture.

Afin de systématiser l'organisation de collaborations scientifiques entre les unités, des programmes transversaux de recherche ont été mis en place. Un premier appel d'offres lancé en avril 2000 a permis de sélectionner 17 programmes transversaux impliquant 177 personnes appartenant à 40 unités de recherche de l'Institut et à 5 instituts du Réseau international.

Six se situent dans le domaine de l'immunologie et des pathogénies infectieuses, huit dans les maladies infectieuses et dans la biologie cellulaire, un concerne le cancer associé à une infection, et trois visent le développement de nouveaux antibiotiques.

Ces programmes ont pour objectif de rapprocher des disciplines appartenant à des unités différentes, de concentrer les efforts et les ressources sur des projets prioritaires, de créer de nouveaux pôles de compétences, et de donner l'opportunité à de jeunes chercheurs de se développer dans le management de projet et d'équipe.

Un programme de créations de groupes de recherche à 5 ans a été lancé pour permettre à de jeunes chercheurs de faire leurs preuves sur des projets ambitieux. Ouvert à des candidats extérieurs, il offre ainsi la possibilité de recruter de nouveaux talents.

Le premier appel d'offres lancé fin 2000 a rencontré un vif succès, avec 157 projets, sur lesquels 48 ont été pré-sélectionnés pour la qualité des thématiques proposées et les références des candidats.

Après évaluation de ces 48 dossiers par des experts, sous la responsabilité du Conseil scientifique, 24 candidatures seront soumises à audition, pour retenir les meilleurs projets. Dix pourront être lancés dès 2001 si la qualité des projets le justifie. Un nouvel appel d'offres sera lancé chaque année.

Les plates-formes technologiques ont été développées afin de mettre à la disposition des unités de recherche des outils performants.

La Génopole, pour sa part, regroupe tous les équipements de pointe nécessaires à la réalisation de projets de génomique et de post-génomique. Cinq plateaux techniques ont été créés en 2000 : projets de génomique, puces à ADN, protéomique, annotation et génomique structurale. Le Centre de Bio-informatique et le Centre d'Imagerie dynamique ont été progressivement renforcés.

Ces développements technologiques seront poursuivis en 2001.

Le Conseil Extérieur d'Orientation Scientifique et Stratégique a été mis en place. Présidé par Harold Varmus, Prix Nobel (États-Unis), assisté de Pierre Vassalli (Suisse), vice-président, il est composé de personnalités jouissant d'une reconnaissance internationale : Piet Borst (Hollande), Pierre Chambon (Strasbourg), Anthony Fauci (États-Unis), Fotis Kafatos (Allemagne), Gustav Nossal (Australie), Gottfried Schatz (Suisse). Il a analysé l'organisation et le fonctionnement de l'Institut Pasteur.

Ses recommandations aideront la Direction et le Conseil d'Administration à définir les améliorations à apporter.

Dans le domaine de la santé publique, il faut tout d'abord noter que le transfert, fin 1999, des activités de l'hôpital à l'Hôpital Necker s'est déroulé dans d'excellentes conditions ; il permet d'offrir aux patients des services supplémentaires.

Les relations ainsi renforcées avec Necker, ainsi qu'avec l'Hôpital Cochin, ont permis de préparer de nouvelles collaborations, notamment en matière de recherche clinique, prolongement naturel des activités des unités de recherche et préalable indispensable à des projets de valorisation industrielle.

Le Centre médical a engagé une profonde réorganisation. Outre les activités traditionnelles de vaccinations, de consultations sur les maladies du voyage, et le Centre antirabique, le Centre a ouvert plusieurs nouvelles consultations spécialisées ainsi qu'un laboratoire d'analyses médicales.

Les Centres nationaux de Référence (CNR), au nombre de 20, ont été prorogés par la Direction Générale de la Santé (ministère de la Santé). Dix d'entre eux sont également Centres Collaborateurs de l'OMS. Véritables observatoires microbiologiques pour la surveillance de maladies transmissibles, ils sont également en liaison permanente avec les unités de recherche.

L'Institut Pasteur a poursuivi ses efforts dans le domaine de l'enseignement. En 2000, il a accueilli 255 élèves de 31 nationalités, et 830 stagiaires de 58 nationalités.

Plusieurs cours ont été aménagés et une réflexion a été engagée pour introduire de nouveaux enseignements et renforcer les liens avec les universités.

Par ailleurs, un projet de création d'une École de Santé publique a été mis à l'étude.

Le renforcement de l'ouverture de l'Institut Pasteur vers l'extérieur constitue une priorité reconnue par tous. Les relations avec les grands organismes français de recherche (CNRS, Inserm, INRA, Institut Curie…) ont été r

esserrées ; plusieurs nouveaux projets de partenariat sont en cours de discussion. Un accord cadre avec l'Institut Pasteur de Lille a été conclu. Plusieurs projets ont également été conclus ou sont en cours de négociation avec les universités Paris VI, Paris VII, Paris XI.

Dans le cadre de l'accord conclu avec la fondation Marcel Mérieux pour la création du Centre Mérieux-Pasteur, l'Institut Pasteur a pris la direction scientifique du laboratoire de haute sécurité, P4 de Lyon, spécialisé dans l'étude des fièvres hémorragiques. L'équipe s'est mise en place au dernier trimestre 2000.

Dans le droit fil de la mission pasteurienne, l'action internationale est une des conditions du développement de l'Institut Pasteur, mais aussi une de ses responsabilités humaines fondamentales.

Le Réseau international des Instituts Pasteur et Instituts associés a poursuivi le renforcement de ses activités et de ses collaborations transversales. Une réflexion prospective a été engagée pour développer ces actions.

L'inauguration, en octobre 2000, du Centre de Recherches commun avec l'Université de Hong Kong constitue un excellent préalable à un élargissement des relations avec l'Asie.

Ressources financières

Si la situation financière de l'année 2000 est encore satisfaisante, grâce à un excellent contrôle des coûts et aux bons résultats des activités de la valorisation et des partenariats industriels, les perspectives des trois prochaines années sont plus préoccupantes. Les actions engagées pour accroître les ressources propres seront intensifiées mais elles ne porteront pleinement leurs fruits qu'en 2004/2005.

Pour mener à bien sa mission, l'Institut Pasteur a impérativement besoin de ressources supplémentaires. Le lancement de nouveaux programmes de recherche, la modernisation de ses équipements, le recrutement de nouveaux talents, le développement de la présence et du rôle international de l'Institut ne pourront pas se faire sans une réelle progression des recettes, puisqu'il ne peut, bien entendu, être envisagé de mettre en cause l'équilibre financier de l'Institut.

Conseil d'administration

Le Conseil d'Administration a été partiellement renouvelé par l'Assemblée du 27 juin 2000. Ont été réélus : M. Michel Bon (président de France-Telecom), Mme Josiane Grégoire (technicienne supérieure à l'Institut Pasteur), M. Raphaël Hadas-Lebel (conseiller d'État, membre de la Commission de Régulation de l'Électricité), M. Jean-Claude Lehmann (directeur de la Recherche et du Développement de Saint-Gobain).

Ont été élus : Mme Françoise Barré- Sinoussi (chef d'unité à l'Institut Pasteur) M. François de Combret (associé gérant à la Banque Lazard), M. Jean-Pierre Changeux (chef d'unité à l'Institut Pasteur), M. Pierre Faurre* (président-directeur général de la Sagem), M. Didier Sicard (président du Comité Consultatif d'Éthique, chef du service de Médecine Interne à l'Hôpital Cochin).

Le Conseil a renouvelé son Bureau : M. Philippe Rouvillois, président, MM. Michel Bon et Claude Cherki, vice-présidents, M. Charles Lantieri, trésorier, Mme Françoise Barré- Sinoussi, secrétaire.

L'Assemblée a été elle-même partiellement renouvelée et a élu 26 nouveaux membres.

Nominations

M. Oreste Acuto a été nommé chef du département d'Immunologie, Florence Colbère-Garapin, chef du département de Virologie, Jean-François Nicolas, chef du département de Biologie moléculaire, Gabriel Gachelin, chef de l'unité par intérim de Biologie moléculaire du Gène.

Les unités suivantes ont été créées : unité de Biochimie et Biologie moléculaire des Insectes, dirigée par Paul Brey ; unité des Bordetella, dirigée par Nicole Guiso ; unité des Aspergillus, dirigée par Jean-Paul Latgé ; unité d'Épidémiologie et Physiopathologie des Virus oncogènes, dirigée par Antoine Gessain ; unité de Résonance Magnétique Nucléaire des Biomolécules (par transformation de l'unité de Résonance Magnétique Nucléaire), dirigée par Muriel Delepierre ; unité postulante Bio-informatique structurale, dirigée par Michaël Nilges ; unité postulante de Régulation de la Traduction eucaryote et virale, dirigée par Katherine Kean ; unité postulante de Biologie cellulaire du Parasitisme, dirigée par Nancy Guillen ; unité postulante de Dynamique du Génome, dirigée par Benoît Arcangioli.

Enfin, ont été supprimées : l'unité d'Oncologie virale (le Pr. Luc Montagnier partant en retraite), l'unité de Physicochimie des Macromolécules biologiques (M. Henri Buc partant en retraite), l'unité de Physiopathologie de l'Infection (M. Gilles Marchal).

Au terme d'une année 2000 particulièrement chargée par la constitution d'un nouvelle équipe de direction, la définition et le début de mise en œuvre de nouvelles orientations, l'Institut Pasteur aborde 2001 avec la volonté affirmée de mettre plus que jamais l'excellence au service de sa mission.

Philippe Rouvillois

Président du Conseil d'Administration de l'Institut Pasteur

Objectifs 2 0 0 1

La politique définie en janvier 2000 vise à adapter les trois volets de notre mission : recherche, enseignement, santé publique, aux enjeux du XXIème siècle.

Fidèles aux principes pasteuriens, ces trois missions sont indissociables. La recherche scientifique, tout en réservant une part essentielle à la recherche fondamentale, doit déboucher sur des applications de santé publique, et l'acquisition de nouvelles connaissances scientifiques doit être transmise par l'enseignement.

Sur la base des résultats obtenus en 2000, six grands axes d'actions prioritaires ont été fixés pour 2001. Ils intègrent la fin de la réalisation des douze objectifs fixés en 2000.

Structurer la politique scientifique, d'enseignement, et de santé publique

Définir les axes d'une politique scientifique ciblée, à partir des conclusions des groupes de prospective et des observations du Conseil Scientifique.

Finaliser et mettre en œuvre la refonte des départements de recherche : recueillir et mettre en forme les avis émanant des départements, organiser une large concertation interne pour définir au second semestre les modalités de mise en place au 1er janvier 2002.

Finaliser et mettre en œuvre les réformes du Conseil Scientifique et de la Commission de Classement : proposer les nouvelles modalités de fonctionnement de ces deux instances au Conseil d'Administration, après information – consultation des instances représentatives du personnel.

Développer les activités d'enseignement en poursuivant l'adaptation des programmes, en internationalisant certains cours et en lançant le projet de création d'une École de Santé publique.

Renforcer nos activités de santé publique : finaliser la restructuration du Centre médical, et développer les relations avec l'hôpital Necker ; créer un Centre Cochin-Pasteur de Vaccinologie clinique ; organiser le Centre de Recherches cliniques comme centre de méthodologie et d'interface ; préciser la stratégie et l'organisation des Centres de Référence

Mettre en œuvre la règle des douze ans et la création des groupes à cinq ans

Règle des douze ans : après avis du Conseil Scientifique, élaboration des décisions concernant les unités à douze ans évaluées fin 2000 et propositions de décisions au Conseil d'Administration.

Organisation des évaluations 2001 et 2002.

Groupes à cinq ans : évaluation par le Conseil scientifique, mise en place des premiers groupes, organisation du deuxième appel d'offres.

Développer la politique internationale

Création du poste de directeur des Affaires internationales.

Donner une priorité à l'action européenne en direction des programmes de recherche intra-européens et des financements qui y sont associés, concernant particulièrement les trois maladies majeures : Sida, tuberculose, paludisme.

Donner une forte priorité à la mise en cohérence des relations internationales de l'Institut Pasteur avec les grandes organisations internationales, OMS notamment.

Poursuivre l'exploration des possibilités de coopération en Chine, complémentaires au centre de recherche de Hong-Kong.

Renforcer le Réseau international des Instituts Pasteur et Instituts associés.

Aménager les structures de gestion et d'animation du Réseau.

Définir et faire évoluer les filières, les modes d'évaluation et de rémunération des personnels

En outre, préciser les rôles et responsabilités des différents acteurs de l'Institut Pasteur (chefs de département, chefs d'unité, chefs de groupe à cinq ans, responsables de CNR, responsables de PTR, responsables de plates-formes technologiques, directions et services communs…).

Préciser le statut des ingénieurs.

Mettre en adéquation les objectifs et les moyens disponibles pour la recherche, l'enseignement et la santé publique

Définir une politique et un plan informatiques.

Développer les plateaux techniques et les animaleries.

Définir une politique générale des ressources biologiques.

Poursuivre la démarche qualité dans les Centres nationaux de Référence et l'étendre aux autres activités.

Finaliser le site Internet, avec une version anglaise.

Accroître les ressources financières

Poursuivre les efforts d'amélioration de la gestion et de réduction des coûts.

Obtenir des financements supplémentaires des pouvoirs publics et des organisations internationales.

Accroître les revenus de la valorisation.

Accroître les ressources du mécénat.

Philippe Kourilsky

Directeur général de l'Institut Pasteur