CONTRIBUTION A LA SURVEILLANCE DE LA LEPTOSPIROSE EN FRANCE EN 1999

 

INTRODUCTION

En 1999, le nombre total de cas de leptospirose détectés dans la communauté française est de 759, soit un chiffre moyen, supérieur à celui de l'an dernier (684) mais inférieur à ceux, records, de 1996 (1006) et 1997 (950).

Le nombre de cas en métropole : 306, est dans la moyenne de ces 15 dernières années (de 443 en 1997 à 179 en 1989), légèrement supérieur à celui de 1998 : 269.

Outre-mer, si le score (453) est supérieur à celui de l'an dernier (408), c'est essentiellement dû à des fluctuations dans les capacités diagnostiques spécifiques de chaque région.

La Nouvelle-Calédonie, où de nombreux cas sont diagnostiqués par PCR et par l'adjonction d'un sérogroupe potentiel nouveau, fait l'objet d'une étude séparée.

 

 

 

INTERPRETATION EPIDEMIOLOGIQUE DES RESULTATS OBTENUS

Les taux d'endémie, très différents selon les régions, entraînent des définitions de cas distinctes.

En zone de haute endémie (> 50/100 000 hab.), la prévalence des anticorps à titre résiduel liés à une leptospirose ancienne n'est pas négligeable et un titre-seuil "clinique" de 1/400 envers un antigène pathogène quelconque a été adopté comme critère. C'est le cas en Nouvelle Calédonie, à Tahiti et à la Réunion.

Ailleurs (métropole, Antilles-Guyane), c'est un "seuil épidémiologique" de 1/100 envers un antigène pathogène quelconque qui a été choisi. Mayotte, bien que zone de haute endémie, a été rattachée à ce second critère en raison de la fréquence de Grippotyphosa caractérisé par des titres généralement faibles.

En métropole, c'est un chiffre tout-à-fait moyen de 306 cas qui est enregistré cette année.

Au plan saisonnier, une centaine de ces cas sont distribués sur le premier semestre et environ 200 sur le second. C'est le mois de septembre qui, cette année, présente un pic de 55 cas.(Table 1)

Concernant la répartition en sérogroupes, à nouveau comme en 1998, Icterohaemorrhagiae ne représente que le tiers des cas. A l'inverse, Grippotyphosa est responsable de presque un quart (Table 1). Les autres sérogroupes ne présentent pas de particularités hormis la baisse de Panama qui se poursuit depuis une année record en 1991 et Sejroe qui accuse une certaine croissance (le double de 1998) (Table 1bis98).

Il apparaît clairement que la recrudescence estivo-automnale est plus marquée pour Grippotyphosa que pour Icterohaemorrhagiae. Ceci est net en ce qui concerne les régions Loire et Poitou-Charentes (Table 1)(Table 7).

Au plan géographique, les phénomènes de concentration du marché de la biologie médicale entraînent des pertes d'informations épidémiologiques responsables de biais particulièrement visibles au niveau de la répartition géographique. Ce problème qui, jusqu'à présent, était restreint à l'Aquitaine où un gros Laboratoire Bordelais est passé en quelques années du niveau de recrutement d'échelon régional à celui de national, pourrait s'étendre. On peut noter, en effet, qu'en 1999 le Nord est le département où ont été détectés le plus de cas, suivi de la Gironde. Ces deux chiffres sont, en grande partie, des artefacts : Le Laboratoire Bordelais, qui a accru sa zone d'activité, ne renvoie pratiquement jamais les questionnaires concernant les patients. En 1999, un Laboratoire Lillois, à son tour, a pratiquement cessé le retour d'informations. Un troisième cas, de moindre importance quantitative, concerne un Laboratoire privé Lyonnais qui, de la même façon, ne transmet aucune information au CNR. Des courriers ont été adressés à ces laboratoires.

Les chiffres concernant les deux régions, Aquitaine et Nord-Pas de Calais sont donc à considérer comme largement surestimés. Pour l'essentiel, cette année 1999, l'endémie leptospirienne approche ou dépasse 1/100000 hab. sur la façade Ouest (Bretagne exceptée) et dans deux régions de l'Est, foyers traditionels : Champagne - Ardennes et Franche-Comté (Table 7).

En ce qui concerne les DOM-TOM, la stabilité apparente du chiffre global masque des fluctuations :

1) Une diminution du nombre de cas détectés à Tahiti(Table 6), probablement à mettre en rapport avec le fait que le Laboratoire de Biologie Médicale de l'Hôpital Mamao, qui effectuait la sérologie sur place, a dû cesser cette activité. Diminution également à la Réunion (Table 2) malgré la confirmation par PCR seule de 20 cas supplémentaires.

2 ) En Nouvelle-Calédonie (Table 8), la PCR est à l'origine d'un surcroît de détection, de même que l'utilisation en sérologie d'un sérovar de spécificité mal cernée.

Cependant, si on ne considère que la seule sérologie, Martinique (Table 4) et Guyane (6 cas, pas de Table) apparaissent stables, la Réunion, Tahiti et Mayotte (Table 5) en baisse. La Guadeloupe (Table 3) et la Nouvelle Calédonie ont, par contre, noté une nette recrudescence en 1999. Le rôle du cyclone Dany est évoqué dans le rapport spécifique de la Nouvelle Calédonie.

L'apport de la PCR au diagnostic peut maintenant être évalué puisque cette réaction est utilisée largement en Nouvelle Calédonie depuis plusieurs années et désormais à la Réunion. Il apparaît qu'elle permet de confirmer un nombre significatif de cas non détectés sérologiquement.

Très probablement, la PCR est hautement utile à la période pré-sérologique de début. Par contre, elle pourrait être plutôt décevante lorsque les anticorps sont présents. Ont pu aussi être notées des PCR positives chez certains patients dont les résultats sérologiques sont restés négatifs ou non significatifs malgré la répétition des prélèvements au cours du temps.

En conclusion, la PCR est du plus haut intérêt en début d'infection, c'est le seul examen capable de confirmer rapidement un diagnostic clinique présomptif et de conduire à un traitement électif au stade initial dans des délais bénéficiables au patient.

Cependant, sérologie et PCR sont complémentaires et ne constituent en aucun cas des alternatives diagnostiques.

Au plan de l'EPIDEMIOLOGIE DESCRIPTIVE, les chiffres habituels peuvent être retrouvés : prépondérance masculine : 83 %, âge moyen : 41 ans (peu différent suivant le sexe : H : 40 ans, F : 43 ans). 59 cas concernant des moins de 15 ans et 76 cas des plus de 65 ans.

En ce qui concerne les activités, 14 cas concernent les activités du bâtiment ou équipement, 25 cas les agriculteurs et éleveurs, 8 cas l'assainissement, la voierie ou les égouts, 3 cas les aliments ou leur stockage, 2 cas la pisciculture et 2 cas les eaux et forêts. Comme à l'accoutumée, les retraités (76 cas), les jeunes, les inactifs et les professions non exposées, sont en fait les plus atteints.

On peut noter anecdotiquement 3 chutes en rivière et 7 pratiquants du canoé kayak, 3 cas groupés lors d'une baignade et 13 qui ont pu contacter la maladie en voyage dont 4 aux Antilles et 4 en Asie du Sud-Est. Sur 196 dossiers documentés, 146 (75 %) notent des contacts avec l'eau douce et 140 (72 %) avec des animaux. Parmi ces derniers, les rats (78), les chiens (71) et les autres rongeurs (46) sont les plus fréquents.

Pour la clinique, les dossiers documentés varient de 207 à 283 suivant les symptômes dont la fréquence a été la suivante, en 1999, chez les malades atteints de leptospirose :

. Fièvre : 94 %, syndrome algique : 80 %, signes rénaux : 50 %, ictère : 44 %, signes hémorragiques ou thrombopénie : 35 %, méningite : 22 %, signes oculaires (précoces : conjonctivite, ou tardifs : uvéite) : 23 %, encéphalite : 9 %, signes broncho-pulmonaires : 6 %.

 

PUBLICATIONS DU C.N.R. DES LEPTOSPIRES EN 1999

. Publications relatives à l'activité d'expertise

BARANTON G., POSTIC D. (1999)

La leptospirose en France en 1997.

Bull. Epidemiol. Ann. (Institut de Veille Sanitaire), (2), 105-107.

PEROLAT P., MERIEN F., BARANTON G. (1999)

Le point sur les concepts thérapeutiques actuels dans les traitements et la prévention des leptospiroses.

Antibiotiques, 1, 135-139.

 

 

. Publications relatives à l'activité de recherche

GYLFE A., OLSEN B., STRASEVICIUS D., MARTI RAS N., WEIHE P., NOPPA L., OSTBERG Y., BARANTON G., BERGSTROM S. (1999)

Isolation of Lyme disease Borrelia from puffins (Fratercula arctica) and seabirds ticks (Ixodes uriae) on the Faeroe Islands.

J. Clin. Microbiol., 1999, 37, (4), 890-896.

LETOCART M., BOERLIN P., BOERLIN-PETZOLD F., GOUDET J., BARANTON G., PEROLAT P. (1999)

Genetic structure of the genus Leptospira by multilocus enzyme electrophoresis.

Int. J. Syst. Bacteriol., 49, part 1, 231-238.

POSTIC D., MARTI RAS N., LANE R.S., HUMAIR P.F., WITTENBRINK M.M., BARANTON G. (1999)

Common ancestry of Borrelia burgdorferi sensu lato strains from North America and Europe.

J. Clin. Microbiol., 37, (9), 3010-3012.