CONTRIBUTION A LA SURVEILLANCE DE LA LEPTOSPIROSE EN FRANCE EN 1996

Les 1006 cas de leptospirose enregistrés en 1996 représentent le record absolu depuis 25 ans et vraisemblablement au-delà.

Outre-mer (Table 2, Table 3, Table 4, Table 5, Table 6, Table 7, Table 8), les 569 cas détectés sont imputables en grande partie à une meilleure accessibilité au diagnostic, notamment en Nouvelle-Calédonie (Table 6) où l'amplification génique (PCR) a permis de tripler en 3 ans le nombre de diagnostics positifs déjà très élevé [cf. Note de synthèse 1995 et (1)]. Cette observation, jointe à une enquete sérologique réalisée à la Réunion, publiée en 1992 (2), permet de réaliser à quel point l'incidence de cette maladie est sous-estimée au moins en zone tropicale.

En métropole (Table 1), les 434 cas répertoriés viennent en 2ème position depuis 25 ans (entre les 443 cas de 1987 et les 400 de 1988 qui concernaient deux années nettement pluvieuses). Cependant, les précipitations relativement modestes en 1996 ne semblent pas devoir expliquer la recrudescence observée. Du reste, l'analyse des données épidémiologiques révèle quelques singularités montrant que ce ne sont probablement pas les conditions climatologiques qui sont seules responsables du surcroit de leptospirose en métropole en 1996.

Sur le plan saisonnier(Table 1), il n'a pas été observé cette année de pic estival comme à l'accoutumée (1) ou automnal comme en 1987 (1, 3). C'est l'ensemble des mois de juin à novembre inclus qui a fait l'objet d'un important accroissement (près de 75 % des cas ont été observés durant cette période) .

En ce qui concerne la répartition géographique, en taux d'endémie,(Table 7) les foyers traditionnels se sont maintenus (Franche-Comté, Pays de Loire) ou ont vu leur part s'accroitre (Aquitaine, Nord - Pas de Calais, et Ile-de-France). En fait, en nombre absolu 4 régions regroupent plus de 50 % des cas : Aquitaine, Ile-de-France et Poitou - Charente .

Sur le plan de la distribution en sérogroupes,(Table 1, Table 7) à l'inverse de ce qui était observé en 1987-1988 ou, d'une manière générale (1), les années à recrudescence, la part d'Icterohaemorrhagiae ne s'est pas réduite, au contraire, puisque ce sérogroupe est en cause dans 43 % des leptospiroses en 1996, chiffre qui serait encore majoré si, à l'image des années précédentes, les cas où le diagnostic de sérogroupe est impossible (coagglutinines), avaient été incorporés à Icterohaemorrhagiae, sérogroupe dominant. A l'inverse, Grippotyphosa, qui représentait près de 30-35 % des cas en 1987 ou 1988, est en 1996 retombé à 10 %. Dans les régions où le nombre de cas s'est nettement accru par rapport à la moyenne, Icterohaemorrhagiae y prend part pour près de la moitié.

Ainsi, en 1996, l'endémie leptospirienne se caractérise par une incidence accrue qui a porté sur la deuxième moitié de l'année, sans pic bien défini, essentiellement du à Icterohaemorrhagiae. Géographiquement, il est difficile de rattacher ce surcroit de cas à une zone précise. Toutes ces caractéristiques semblent exclure le role des précipitations. De meme, Icterohaemorrhagiae est connu pour etre abrité essentiellement par les rats (Rattus norvegicus et Rattus rattus), rongeurs péridomestiques moins sensibles que les autres rongeurs aux conditions climatiques.

Cette situation épidémiologique est sans précédent depuis 25 ans et il est difficile de risquer une explication.

Il a cependant été suggéré que l'instauration du plan Vigie-pirate, en modifiant le système de stockage des déchets, a disponibilisé de la nourriture, autorisant un accroissement des populations de rongeurs anthropophiles et notamment de rats. De fait, sur le plan chronologique, Vigie-pirate est entré en vigueur en juillet 1995, précédant de presque un an l'augmentation du taux d'endémie. Ce délai est tout à fait compatible avec une augmentation significative d'une population de rongeurs particulièrement prolifique. De meme, sur le plan géographique, la distribution en apparence non systématisée des régions à taux d'endémie accrue pourrait refléter l'importance relative de zones à forte concentration urbaine. Cela pourrait etre vrai pour l'Aquitaine, l'Ile-de-France, le Nord - Pas de Calais, etc ... . Néanmoins, certaines régions rurales (Poitou - Charente, Champagne - Ardennes) ont aussi vu leurs chiffres augmenter et, à l'inverse, certaines agglomérations (Marseille, traditionnellement peu touchée, et Lyon, dont la capacité diagnostique a cependant pu etre destabilisée par la fermeture d'un de nos correspondants : l'Institut Pasteur de Lyon) sont restées pratiquement indemnes.

En conclusion, cette hypothèse, sans pouvoir etre exclue, ne pourrait etre confirmée que par des données de piégeage.

Références :

1. Baranton G., Postic D. 1993. La leptospirose humaine en France de 1986 à 1992. Méd. Mal. Infect., 23, Spécial, 499-503.

2. Duval G., Michault A., Baranton G., Law-Koune J.D., Folio G., Bertil G., Guiserix J. 1992. Etude séro-épidémiologique de la leptospirose humaine à l'ile de la Réunion. B.E.H., N 11, 47-48.

3. Baranton G., Perolat P. 1988. Les leptospiroses en France en 1987, B.E.H., N 18, 69-70.

4. Baranton G., Postic D. 1993. La leptospirose humaine en France de 1986 à 1992. Med. Mal. Infect., N23, Spécial 499-503.


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