Contribution à la surveillance de la leptospirose
en France en 2003
Résumé
En 2003, le CNR a réalisé 6074 analyses sérologiques et 104 examens bactériologiques.
Le nombre total des cas observés est de 671 (proche des 653 cas en 2002) dont 318 (incluant 5 cas détectés par PCR seule et 2 cas bactériologiques uniquement) pour la métropole. (
Table 1)En métropole, le taux dincidence est de 0,5 pour 100 000 habitants (
Table 2), ce qui, compte tenu de la canicule estivale, est plutôt modeste. Lannée 2003 est marquée par un pic très aigu en août et surtout en septembre. (Table 1)En Outre-mer, contrairement à lhabitude, les DOM sont caractérisés par de plus nombreux cas que les TOM. Cest en Guadeloupe que lincidence est maximale (33,2) (
Table 3) puis en Martinique (20,5)(Table 4), à La Réunion (10,3) (Table 5) et en Guyane (10,2) (Table 6). Dans les TOM, paradoxalement, à part Mayotte, lincidence est exceptionnellement faible : Mayotte (18,3) (Table 8), Tahiti (8,6) (Table 7) et la Nouvelle-Calédonie (7,1).
Tendances épidémiologiques et surveillance
Trois définitions de cas différentes sont utilisées suivant la région. Elles correspondent à la nécessité de ne pas considérer comme significatives des cicatrices sérologiques dont la prévalence diffère considérablement compte tenu des niveaux divers d'incidence :
1. En Nouvelle-Calédonie, l'importance de l'incidence (excepté cette année 2003), et donc la prévalence significative de taux résiduels, a conduit à adopter une définition de cas à la fois plus restrictive et plus complexe qu'ailleurs Cette définition différencie les cas confirmés (35 en 2002) et les cas probables (16 en 2002) et donc un total de 51. Les cas confirmés sont les cas bactériologiques (culture ou PCR) et/ou avec séroconversion (4 x titre). Les cas probables correspondent aux cas du 2).
2. En région d'endémie élevée (habituellement > 50/100 000 hab.), le seuil dit "clinique" retenu (> 1/400 envers l'un quelconque des antigènes pathogènes) permet de s'abstraire des taux résiduels liés à une précédente leptospirose. C'est le cas à La Réunion et à Tahiti.
3. En région de basse endémie, c'est un seuil dit "épidémiologique" de 1/100 qui est retenu, la prévalence de taux résiduels étant généralement négligeable. Par contre, l'utilisation dun seuil de 1/400 ferait écarter des cas où les prélèvements n'ont pas été effectués à la période sérologique optimale, des formes décapitées par une antibiothérapie précoce, ou encore des cas dus au groupe Grippotyphosa souvent caractérisés par des taux faibles ; c'est le cas aux Antilles-Guyane et en métropole. Dans ce cas de figure, la définition de cas est un compromis entre incidence et prévalence, le premier prédominant nettement.
Le nombre de cas métropolitains en 2003 (311 cas sérologiques) (
Table 1) est légèrement supérieur à la moyenne des cinq dernières années (297)(Fig 1) (données restreintes à celles du CNR) , surtout après lalerte donnée mi-août.. Le maximum se situe en août (56 cas) et en septembre (67 cas) mais la distribution saisonnière est un peu atypique avec un premier semestre plus représenté quhabituellement (114 cas), dans la continuité du second semestre 2002 dincidence élevée. A linverse, le quatrième trimestre 2003 a connu une baisse importante : 50 cas seulement (Table 1) . Il faut noter que la demande en sérologie a été supérieure à laccoutumée (Fig 2), surtout après lalerte donnée mi-août.Au plan géographique (
Table 2) , là encore, la répartition est atypique. Certains foyers, telles les régions Aquitaine et Champagne-Ardennes, ont des incidences élevées. Dautres régions changent peu : Poitou-Charentes, Basse-Normandie, Limousin, alors que certaines régions: Franche-Comté, Pays de Loire, Rhône-Alpes présentent un nombre de cas très inférieur à la moyenne. Une étude plus fine au niveau des départements (Table 9) montre quen 2003 la Dordogne atteint un taux de 4,6 surpassant les Ardennes (2,4) qui sont habituellement le département largement en tête. A linverse, des départements souvent cités (Doubs, Sarthe, Loire-Atlantique, Vendée) ont été peu touchés en 2003.
La conclusion que lon pourrait tirer de lannée 2003 en métropole, caractérisée par un été caniculaire, est que si les Français se sont beaucoup baignés (ce qui est attesté par les augmentations de 43% et 73% des noyades accidentelles et mortelles entre 2002 et 2003), cest dans des eaux plutôt moins contaminées par les leptospires quà laccoutumée, excepté en Champagne-Ardennes et surtout en Aquitaine (
Table 2).Pour les TOM, cest à la fois le climat frais et sec, malgré un cyclone en Nouvelle-Calédonie, et labsence de diagnostic de confirmation local (Tahiti) (
Table 7) qui expliquent les chiffres exceptionnellement bas dans le Pacifique, en Nouvelle Caledonie (19 cas dont 11 confirmés et 8 probables) comme en Polynesie (Table 2).A linverse, dans les DOM, pour la Réunion (
Table 5) , une année pluvieuse est bien en accord avec lincidence qui retrouve les taux de quelques années auparavant. Quant aux Antilles, la Martinique présente un nombre de cas normal (Table 4) , sans particularités, tout comme Mayotte (Table 8) dans l'Océan indien, mais la Guyane (Table 6) et la Guadeloupe (Table 3) enregistrent des chiffres records de, respectivement, 16 et 140. Certes en Guadeloupe une sensibilisation des cliniciens, notamment par la création d'un réseau a conduit à une recherche accentuée et surtout mieux ciblée chronologiquement danticorps. Cependant la cause essentielle de cette recrudescence semble bien liée au climat qui a vu cette année la pluviométrie se répartir tout au long de lannée ou presque.