CONTRIBUTION A LA SURVEILLANCE DE LA LEPTOSIROSE EN France EN 2000

Introduction

En 2000, 5746 analyses sérologiques et 90 bactériologiques (+ 13 prélèvements d'eau) ont été réalisées au C.N.R.

534 cas de leptospirose ont été enregistrés. Ce chiffre, représentant l'ensemble des cas en métropole et dans les DOM/TOM, est l'un des plus bas enregistré ces dernières années

. En métropole, les 268 cas de cette année 2000 sont très proches du nombre répertorié en 1998 (269) et inférieurs à celui de 1999 (306).

. Outre-mer, le total de 266 est très modeste mais il reflète les difficultés qu'ont connues certaines régions en cette année 2000 à assurer un diagnostic dans des conditions satisfaisantes.

En métropole, c'est en octobre et surtout en septembre (60 cas) que le pic saisonnier a été le plus marqué. La Franche-Comté est la région qui a présenté le taux d'incidence le plus élevé (1,46/100 000 hab.).

Outre-mer, comme à l'accoutumée, les taux d'incidence les plus élévés ont été relevés en Nouvelle-Calédonie (28,06), Tahiti (11,33), Antilles-Guyane (8,92) et La Réunion-Mayotte 7,44).

 

Interprétation épidémiologique des résultats obtenus sérologiquement

Rappel des définitions de cas différant selon les régions :

- En région d'endémie élevée (> 50/100000 hab.), le seuil dit "clinique" retenu (> 1/400 envers l'un quelconque des antigènes pathogènes) permet de s'abstraire des taux résiduels liés à une précédente leptospirose.

- En région de basse endémie, c'est un seuil dit "épidémiologique" de 1/100 qui est retenu. En effet, la prévalence de taux résiduels est négligeable et, par contre, l'utilisation de 1/400 ferait écarter des cas où les prélèvements n'ont pas été effectués à la période sérologique optimale ou encore des formes décapitées par une antibiothérapie précoce.

Cependant, Mayotte, bien que d'endémie supérieure à 50/100000 hab., est criblée au 1/100 en raison de la fréquence de Grippotyphosa qui conduit bien souvent à des taux faibles, 1/100 à 1/200.

- Le nombre de cas en métropole (268) est inférieur à celui de l'an dernier et pratiquement égal à celui de 1998 (269). La répartition saisonnière, bien marquée, (Table 1) est également superposable à celle de 1998 : 180 cas lors du second semestre avec un pic de 60 cas en septembre (Table 1bis98).

Par contre, en ce qui concerne la distribution en sérogroupes, les tendances de 1998 (Table 1bis98) sont encore accentuées : faible représentation du sérogroupe majoritaire, Icterohaemorrhagiae (58 cas) qui en 2000 ne représente que moins de 22 % de l'ensemble, ce qui n'avait pas été observé ces 15 dernières années. Grippotyphosa (53 cas), à l'inverse, atteint 20 %, ce qui le met au même rang qu'Icterohaemorrhagiae. Les autres sérogroupes sont également plus présents qu'à l'accoutumée. C'est le cas d'Australis (36 cas), Pomona (13 cas), mais surtout de Sejroe (19 cas) et de Canicola (18 cas) (Table 1). Cynopteri (14 cas) se trouve également renforcé, mais ceci peut parfois traduire des infections contractées aux Antilles.

 

Au plan régional, les biais entraînés par les laboratoires dont le recrutement est devenu national et qui ne nous adressent pratiquement aucune information sur les patients, y compris leur lieu de résidence, se sont accentués, à Lille comme surtout à Bordeaux. Ainsi, sur les 19 cas de Bordeaux, 5 seulement sont documentés. Les 13 provenant du même LABM privé bordelais ne le sont pas. Une certaine diversité en sérogroupes (5 sérogroupes pour 13 patients) pourrait témoigner d'une origine extra-régionale. La situation est voisine en ce qui concerne Lille, bien que 6 patients sur les 16 provenant là aussi d'une même structure soient documentés. A Lyon, une institution équivalente,si elle ne recueille pas les données épidémiologiques, nous fournit au moins l'origine des patients, ce qui ne biaise pas les données géographiques.

Il est à noter qu'en 2000 le nombre de cas en Ile-de-France (Table 7) est très modeste : 24 (au lieu de 45 en 1998 et 42 en 1999). C'est notamment un faible nombre de cas dûs à Icterohaemorrhagiae (considéré comme lié aux rats) qui explique ce score modeste.

A l'inverse, la Franche-Comté est cette année la région (Table 7) de métropole dont l'endémie est maximale et curieusement là aussi Icterohaemorrhagiae, qui habituellement y est bien représenté, y est presque absent (2 cas sur 17).

- Outre-mer, comme l'an dernier les fluctuations essentielles sont plus à mettre au compte d'activités diagnostiques réduites que de faits épidémiologiques :

1/ A Tahiti (Table 6), comme en 1999, la M.A.T. n'a pas été réalisée sur place. Tous les cas ont donc été détectés au C.N.R. De plus, l'Institut Malardé ne demande la réalisation que de l'ELISA et non de la M.A.T. sur laquelle est basée la définition de cas. Ceci explique donc un nombre de cas (18) voisin de 1999 (Table 7bis 99) mais contrastant avec les chiffres des années précédentes (45 en 1998).

2/ A la Réunion (Table 2), des problèmes d'approvisionnement en milieu de culture ont entraîné la perte des souches utilisées en M.A.T. et, là encore, une partie des diagnostics a été réalisée au C.N.R. Le nombre de cas détectés (41 : 35 par sérologie et 6 par PCR), tout en étant plus faible que les années précédentes, reste notable. A Mayotte (Table 5), les 22 cas de 2000 sont en retrait des 37 cas de 1998 mais proches des 21 de 1999.

3/ Aux Antilles-Guyane, où le diagnostic n'est pas fait localement, les chiffres ont peu changé : 43 cas en Martinique (Table 3), 37 en Guadeloupe (Table 4) et 6 en Guyane qui n'a jamais présenté beaucoup de cas mais dont les effectifs de population sont relativement faibles.

4/ En Nouvelle-Calédonie (Table 8), l'année 2000 s'est traduit par un nombre réduit de cas sérologiques (58), mais surtout de PCR dont l'usage a été restreint pour raisons budgétaires (au départ, les PCR ont été réalisées gratuitement grâce à une subvention territoriale qui a été réduite en 2000).

. En 1998 : 161 cas positifs par PCR pour 1542 tests

. En 1999 : 180 cas " " 1647 tests

. En 2000 : 65 cas " " 418 tests

 

Caractéristiques socio-professionnelles (ou récréatives) et cliniques

Au niveau des caractéristiques des patients (Nouvelle-Calédonie exclue), l'âge moyen est de 46 ans en métropole (52 chez les femmes et 44 chez les hommes) et 41 outre-mer (45 chez les femmes et 40 chez les hommes).

La prépondérance masculine est, par contre, similaire, de l'ordre de 80 %, chiffre habituel.

Les dossiers documentés représentent 45 % de l'ensemble des patients.

Au plan professionnel (ou occupationnel), parmi les 133 dossiers documentés en métropole, au contingent de retraités, inactifs ou considérés comme tels (56 + 2 SDF), s'ajoutent quelques scolaires ou étudiants (16), 22 agriculteurs-éleveurs, 4 forestiers bûcherons, 1 vétérinaire, 2 travailleurs en pisciculture, 6 ouvriers du bâtiment, 2 employés dans la filière alimentaire, 4 militaires, 1 jardinier et 1 ouvrier de déchetterie.

Les 48 dossiers documentés outre-mer (Nouvelle-Calédonie exclue) montrent 9 agriculteurs-éleveurs, 12 retraités, 6 écoliers et un enfant pré-scolaire, 4 jardiniers, 5 militaires, 3 ouvriers du bâtiment, 1 employé de voierie, 1 de dératisation, 1 en pisciculture.

En ce qui concerne les activités à risques, notamment de loisirs, quelques particularités sont à retenir : Globalement, contact avec l'eau douce dans 80 % des cas, avec les animaux, 81 % (dans l'ordre : rats : 61 fois, chiens : 56, et rongeurs : 40). Pratique du canoë-kayak chez 6 malades, du rafting/canyoning (2 adeptes), de jet-ski (un). S'ajoutent la notion d'inondations (2 malades), de chute accidentelle dans l'eau (4 malades) et de morsure par un chien et un rat. A noter également une atteinte par le sérogroupe Sejroe chez un sujet vacciné (vaccin monovalent Icterohaemorrhagiae). 9 des militaires touchés en 2000 l'ont été au cours de raids ayant donné lieu à des cas groupés :

- Le premier épisode a été mondial puisque 158 des 304 participants à un raid (Ecochallenge 2000) en Malaisie (région de Sabah à Bornéo), qui s'est déroulé du 20/8 au 3/9/00, ont souffert à des degrés divers de leptospirose. Pour sa part, la France était représentée par une seule équipe : 4 militaires, qui ont tous présenté une leptospirose sérologiquement confirmée.

- Le second s'est déroulé dans un cadre strictement militaire : 5 participants à une mission en brousse au sud de la Martinique ont contracté une leptospirose à Tarassovi.

Concernant la symptomatologie, 240 dossiers sont documentés. La fréquence des principaux symptômes a été : fièvre 87 %, syndrome algique 61 %, signes rénaux 47,5 %, ictère 46 %, signes hémorragiques ou thrombopénie 42 %, signes oculaires : précoces, type conjonctivite, ou tardifs, type uvéite, 21 %, encéphalite 11 %, troubles pulmonaires 12 %.

 

. Publications relatives à l'activité d'expertise

PEREIRA M.M., MATSUO M.G.S., BAUAB A.R., VASCONCELOS S.A., MORAES Z.M., BARANTON G., SAINT GIRONS I. (2000)

A clonal subpopulation of Leptospira interrogans sensu stricto is the major cause of leptospirosis outbreaks in Brazil.

J. Clin. Microbiol., 38, (1), 450-452.

POSTIC D., RIQUELME-SERTOUR N., MERIEN F., PEROLAT P., BARANTON G. (2000)

Interest of partial 16S rDNA gene sequences to resolve heterogeneities between Leptospira collections : application to L. meyeri.

Res. Microbiol., 151, (5), 333-341.

POSTIC D., MERIEN F., PEROLAT P., BARANTON G. (2000)

Diagnostic biologique : Leptospirose - Borréliose de Lyme.

Série "Méthodes de Laboratoire", Commission des Laboratoires de Référence et d'Expertise (CLRE), Institut Pasteur, Paris, 2e Edition. Français : 135 p.. Anglais : 113 p.

COLLARES-PEREIRA M., KORVER H., CAO THI B.V., SANTOS-REIS M., BELLENGER E., BARANTON G., TERPSTRA W.J. (2000)

Analysis of Leptospira isolates from mainland Portugal and the Azores islands.

FEMS Microbiol. Lett., 185, (2), 181-187.

POSTIC D., BARANTON G. (2000)

Borrelia.

PEROLAT P., BARANTON G.

Leptospira.

in Précis de Bactériologie Clinique, Edit. ESKA, Paris, J. Freney, F. Renaud, W. Hansen, C. Bollet, 1521-1531, 1533-1542.

. Publications relatives à l'activité de recherche

MARTI RAS N., POSTIC D., AVE P., HUERRE M., BARANTON G. (2000)

Antigenic variation of Borrelia turicatae Vsp surface lipoproteins occurs in vitro and generates novel serotypes.

Res. Microbiol., 151, 5-12.

MERIEN F., TRUCCOLO J., BARANTON G., PEROLAT P. (2000)

Identification of a 36-kDa fibronectin-binding protein expressed by a virulent variant of Leptospira interrogans serovar icterohaemorrhagiae.

FEMS Microbiol. Lett., 185, (1), 17-22.