Missions spécifiques

Rappels sur la listériose

La listériose est une infection le plus souvent transmise par les aliments contaminés, et qui diffère notablement des autres maladies d’origine alimentaire par un certain nombre de caractéristiques :

- Une prédilection pour les sujets dont le système immunitaire est perturbé : nouveau-nés, femmes enceintes, sujets atteints d’une affection déprimant le système immunitaire ou subissant un traitement immunosuppresseur, personnes âgées ; 

- La gravité de la symptomatologie : infection du système nerveux central et septicémie/bactériémie chez le nouveau-né et l’adulte, avortement chez la femme enceinte ; 

- Une létalité importante : 20 à 30 % des cas, 

- Une faible prévalence : 2 à 6 cas / million d’habitantes ; 

- Enfin une distribution géographique inégale entre les pays industrialisés et les pays en développement où elle est quasiment absente. Si ceci peut certes s’expliquer par l’inégalité des moyens de diagnostic et des systèmes de surveillance, un certain nombre d’arguments permet néanmoins de penser que cette répartition géographique de l’infection est liée à l’évolution relativement récente des pays industrialisés : développement de la production industrielle des aliments, utilisation croissante de la chaîne du froid, évolution démographique caractérisée par un accroissement de la population âgée, augmentation du nombre de sujets immunodéprimés (survie prolongée de patients souffrant de cancers, utilisation de thérapeutiques immunosuppressives) et modifications des pratiques alimentaires (développement des aliments prêts à consommer qui peuvent être conservés à température réfrigérée avec une longue durée de vie).

La listériose évolue essentiellement sous forme de cas sporadiques, parfois amplifiés de bouffées épidémiques, voire de véritables épidémies comme ce fut le cas depuis 1995 sur le continent nord-américain et en Europe.
En conséquence, certains pays industrialisés, dont la France, ont instauré depuis une quinzaine d’années, des systèmes de surveillance spécifiques de cette infection . En France, sous l’autorité de la Direction Générale de la Santé (DGS), ce système est basé sur l’étude centralisée des souches isolées de patients dans un laboratoire de référence (le CNR), et sur la déclaration obligatoire des cas auprès de l’Institut de Veille Sanitaire (InVS), partenaire privilégié du CNR.


Le CNR

Objectifs

Dans le cadre des missions générales des Centres Nationaux de Référence, le CNR des Listeria est désigné par le Ministère de l’Emploi et de la Solidarité, et plus particulièrement par la DGS pour assurer la surveillance microbiologique des infections à Listeria. Il participe en cela à la surveillance de la listériose humaine en France, par la caractérisation des souches isolées de patients, par la notification systématique à l’InVS des cas signalés au CNR. Le CNR a un rôle d’alerte auprès des autorités sanitaires, un rôle d’expertise et un rôle de surveillance des tendances à long terme de l’évolution de la maladie.

En particulier, le CNR :

- type en routine, par une méthode discriminante basée sur le génotypage, les souches humaines qui lui sont adressées, 

- Identifie les marqueurs épidémiologiques de Listeria monocytogenes 

- S’efforce de tendre vers l’exhaustivité des souches humaines afin de pouvoir détecter les cas groupés, 

- alerte l’Institut de Veille Sanitaire lors de cas groupés (si dépassement d’un seuil défini en accord avec l’Institut de Veille Sanitaire) ou pour toute situation inhabituelle. Un signal est alors émis. Ce signal peut être transformé en pré-alerte, puis en alerte, en fonction des données de la surveillance épidémiologique et de l’évolution du nombre de souches identiques isolées de cas humains dans les semaines suivantes.

Et, en situation de cas groupés : 
   . compare la souche humaine concernée aux souches isolées d’aliments, 
   . donne des informations sur la fréquence d’isolement de cette souche parmi les souches humaines isolées antérieurement,

- Assiste les laboratoires français demandeurs. 

- étudie la sensibilité aux antibiotiques des souches isolées chez l’homme, 

- dispose d’une expertise des méthodes diagnostiques utilisées en santé humaine, 

- collabore avec l’InVS à des études de recherche appliquée, 

- contribue avec l’InVS aux systèmes de surveillance et aux projets de recherche appliquée internationaux , en particulier européens, 

- collabore avec les structures (laboratoires, AFSSA, etc…) travaillant en santé animale et sur les aliments (échange d’informations, de souches, etc.).

Intérêt pour la Santé Publique

Les données recueillies par le CNR en matière de surveillance sont régulièrement publiées.
BEH n° 9/2004

Aux données du CNR s’ajoutent celles des enquêtes du Réseau EPIBAC de l’Institut de Veille Sanitaire (InVS) et depuis 1999 celles de la déclaration obligatoire (DO). La situation épidémiologique de la listériose en France est similaire à celle qui est observée dans d’autres pays : à une très grande majorité de cas sporadiques s’ajoutent des bouffées épidémiques, voire de véritables épidémies. Mais l’évolution est différente depuis 1996/97, on observe une diminution importante du nombre de cas en France.

Le rôle d’alerte que joue le CNR favorise, par la précocité des recherches et donc de l’identification des aliments à l’origine des cas, la mise en route des mesures adéquates. Dans le cas d’investigations épidémiologiques, le rôle du CNR est crucial : il détecte chaque nouveau cas épidémique, confirme les résultats de l’enquête cas-témoin par l’identification de la souche épidémique dans l’aliment incriminé, autorisant par-là la prise de mesures prophylactiques adaptées.

Le CCOMS

Par ailleurs, le Laboratoire est Centre Collaborateur de l’OMS (CCOMS) pour la listériose d’origine alimentaire et participe donc, à des degrés très variables, à la surveillance microbiologique de cette infection dans certains pays étrangers, notamment par la caractérisation de souches étrangères et la formation de stagiaires.