Legionellose
La légionellose doit son nom à une épidémie survenue en 1976 chez 182 participants du 58è congrès de la Légion Américaine à Philadelphie, dont 29 sont décédés : la bactérie Legionella pneumophila, qui affectionne particulièrement les eaux tièdes (de 30 à 60°), s'était propagée par le système de climatisation de leur hôtel. L'émergence récente de cette maladie s'explique par son affinité pour les systèmes modernes d'alimentation en eau comme les tours de refroidissement, les climatiseurs, les bains à jet, les bains à remous (jacuzzi), les canalisations d'eau chaude, etc.
Epidémiologie
L’amélioration de la surveillance permet désormais de détecter plus efficacement les foyers d’apparition de cas groupés et depuis 1998, plusieurs épidémies ayant pour origine des tours aéro-réfrigérentes (Tar) ont été identifiées. L’épidémie intervenue dans le courant de l’hiver 2003 dans le Pas-de-Calais est la plus importante observée jusqu’alors tant en nombre de cas (près de 90 cas constatés et 17 morts) que pour l’étendue du territoire concerné : des personnes ont été contaminées à une dizaine de kilomètres du foyer identifié de propagation, une Tar située dans la ville de Harnes. Cette épidémie a mis particulièrement en lumière les difficultés de maîtrise des foyers de prolifération de Legionella pneumophila puisque, pour la première fois, deux arrêts de la source industrielle pour décontamination totale ont été nécessaires à un mois d’intervalle pour parvenir à stopper l’épidémie.
La bactérie
Les Legionella font partie de la flore aquatique et sont trouvées dans de nombreuses sources d’eaux douces chaudes. La présence de dépôts organiques et d’autres micro-organismes, ainsi que de fer, zinc et aluminium dans les installations favorisent leur croissance. Elles sont résistantes à la chaleur et peuvent de ce fait être retrouvées au fond de cuves d’eau chaude. Ce sont des bactéries intracellulaires mais qui peuvent survivre à l’extérieur des cellules. En milieu hydrique, elles se multiplient au sein des amibes présentes, puis, lorsque ces dernières meurent, elles se répandent dans l’eau et elles sont alors ingérées par un nouvel hôte (une cellule) qui va permettre de nouveaux cycles de multiplication.
Transmission
En milieu hospitalier, la contamination semble provenir majoritairement de l’alimentation en eau, plus que des systèmes d’aérations, et le renforcement des contrôles de la contamination et de la prolifération a permis une diminution notable du nombre de cas qui y sont observés.
Chez l’homme, après inhalation des aérosols, les bactéries présentes sont absorbées au niveau des alvéoles pulmonaires puis elles envahissent les macrophages, cellules du système immunitaire, qu’elles finissent par détruire. Il n’existe à ce jour pas de cas de contamination inter-humaine de légionellose reporté.
Symptômes et traitement
La maladie peut évoluer avec deux types de complications: une insuffisance respiratoire irréversible et une insuffisance rénale aiguë, qui sont alors souvent fatales. Les Legionella prolifèrent toutefois essentiellement chez les individus les plus fragiles tels que les personnes immunodéprimées ou les personnes fragilisées (opérés, personnes âgées, nourrissons).
La bactérie, naturellement résistante aux pénicillines habituellement utilisées dans le traitement des pneumopathies, peut être efficacement combattue par d’autres antibiotiques, s’ils sont prescrits à temps, comme l’érythromycine, la rifampicine et la ciprofloxacine.
A l'Institut Pasteur
L’Unité de Biologie des Bactéries Intracellulaires est spécialisée dans l’étude des Legionella. Elle mène notamment des études de génomique comparative et fonctionnelle et d’épidémiologie moléculaire pour comprendre comment Legionella peut détourner les fonctions de l’hôte pour causer la maladie. Ses récentes avancées permettent d’envisager la mise au point de tests de diagnostic rapide, pour améliorer la surveillance de ces bactéries dans l’environnement (voir notre communiqué du 6 février 2008).
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Mars 2011