Les virus de la grippe
Décrite dès l'Antiquité et au Moyen-âge, la grippe a été identifiée comme une cause d'épidémies au fil des siècles. La forte variabilité génétique des virus responsables fait craindre la survenue d'une épidémie touchant l'ensemble de la planète, trois « pandémies » ayant frappé au cours du XXème siècle, dont celle provoquée en 1918 par la grippe « espagnole ». Sous forme d'épidémies saisonnières classiques, la grippe touche déjà chaque année des millions de personnes dans le monde, et provoque des centaines de milliers de décès.
Epidémiologie
Les épidémies de grippe surviennent entre octobre et avril dans l’hémisphère Nord et entre avril et octobre dans l’hémisphère Sud. L’Organisation mondiale de la santé estime qu’elles entraînent entre 3 et 5 millions de cas graves et 250 000 à 500 000 décès par an dans le monde. Les hospitalisations et les décès surviennent principalement dans les groupes à haut risque (personnes âgées, malades chroniques,…). En France, la grippe touche chaque année entre 2 et 8 millions de personnes selon le Groupe d’étude et d’information sur la grippe et provoque entre 1500 et 2000 morts, essentiellement chez les personnes de plus de 65 ans. Dans les pays en développement, l’impact de la grippe est assez mal connu, mais on sait que les flambées épidémiques sous les tropiques tendent à avoir des taux d’atteinte et de mortalité élevés.
Epidémies et pandémies
Comment naissent épidémies et pandémies de grippe ? Cela s’explique par la variabilité des virus grippaux, et par les mécanismes de cette variabilité. Les virus actuellement en circulation et pathogènes pour l’homme appartiennent à deux groupes, A et B. Ces virus évoluent sans cesse, et ceci par deux mécanismes. Le premier est appelé glissement antigénique : des mutations de gènes codant pour des protéines de surface provoquent des modifications mineures du virus. Le nouveau variant reste très proche du précédent, si bien que l’immunité conférée par une grippe contractée précédemment protégera contre lui.
Cependant l’accumulation des modifications aboutit à une moindre reconnaissance du nouveau virus par les systèmes immunitaires ayant rencontré ces virus dans le passé. Ce phénomène impose le changement des souches vaccinales plus ou moins régulièrement (voir chapitre : « Vaccins »). L’aspect progressif de ces changements explique que la plupart des épidémies sont souvent mineures ou de moyenne importance.
Pour les virus de type A, il existe un deuxième phénomène de variation, appelé cassure, qui peut être plus grave. Des changements radicaux des protéines antigéniques du virus, avec le remplacement d’une protéine par une autre, donnent naissance à un nouveau virus, totalement différent de celui qui circulait jusque-là. Ce nouveau virus peut apparaître brutalement et gagner tous les continents. C’est la pandémie. L’immunité préexistante ne protège pas et un vaccin préparé avec les souches précédentes est inefficace.
C’est ainsi que de nouveaux virus sont apparus, causant des pandémies dramatiques : grippe espagnole en 1918 (20 à 40 millions de morts), grippe asiatique en 1957 (4 millions de morts) et grippe de Hong Kong en 1968 (2 millions de morts). Depuis vingt-cinq ans, les virus en circulation sont des descendants du virus Hong-Kong, et les vaccins légèrement modifiés chaque année sont efficaces.
A ces deux mécanismes, il faut ajouter la possibilité de réémergence d’un virus ancien. Ainsi, un sous-type disparu depuis 1957 est réapparu en 1977 causant "l’épidémie de grippe russe" et les virus qui en sont dérivés circulent toujours.
Transmission et prévention
Les virus grippaux pénètrent dans l’organisme par le rhino-pharynx. Ils se transmettent facilement d’une personne à l’autre par voie aérienne, au moyen des microgouttelettes et des particules excrétées par les sujets infectés lorsqu’ils parlent, toussent ou éternuent. En cas d’épidémie déclarée, des mesures de protection individuelle s’imposent donc (masques) pour éviter d’être infecté ou d’infecter soi-même les personnes de son entourage proche. La contamination peut aussi avoir lieu lorsqu’une personne touche une surface contaminée - bien que les virus grippaux ne survivent que quelques heures sur une surface inerte -, puis porte sa main à proximité du nez, d’où l’importance du lavage des mains réguliers en situation épidémique.
Les symptômes apparaissent de 1 à 4 jours après la contamination. Les sujets atteints deviennent contagieux un jour avant l’apparition des symptômes et le restent pendant 7 jours. La maladie se propage rapidement, en particulier quand il y a de fortes concentrations de populations (transports en commun, collectivités).
Les virus de la grippe survivent plus longtemps à l’extérieur de l’organisme lorsque le temps est sec et froid, raison pour laquelle les épidémies saisonnières surviennent en hiver dans les climats tempérés.
Symptômes et évolution de la maladie
Les virus grippaux s’attaquent surtout aux voies respiratoires supérieures (nez, gorge, bronches), rarement aux poumons. L’infection dure généralement une semaine et se caractérise par l’apparition brutale d’une forte fièvre, de douleurs musculaires, de maux de tête, d’une sensation de profond malaise, d’une toux sèche, d’une gorge irritée et d’une rhinite.
La plupart des sujets atteints guérissent en une à deux semaines sans traitement médical. La grippe fait courir des risques sérieux aux plus jeunes, aux personnes âgées et aux malades souffrant de certaines pathologies : pneumopathies, sida, diabète, cancer, problèmes cardiaques ou rénaux, notamment. Elle peut chez eux provoquer de graves complications, des pathologies concomitantes, la pneumonie et même la mort.
Traitement
Vaccination
Le réseau mondial de l’Organisation mondiale de la Santé pour la surveillance de la grippe établit chaque année la composition du vaccin. Il rassemble 112 centres nationaux de la grippe dans 83 pays et il est chargé de contrôler les virus en circulation chez l’homme et d’identifier rapidement les nouvelles souches. Sur la base des informations recueillies par le réseau, l’OMS recommande chaque année la composition du vaccin pour qu’il soit efficace contre les trois souches les plus récentes en circulation.
Virus grippaux et oiseaux : le rôle des réservoirs
La menace de la grippe aviaire
Côté humain, la contamination par ce virus aviaire reste rare, et touche généralement des personnes ayant été en contact étroit avec de la volaille. La mortalité est néanmoins élevée. Au total, 405 cas et 254 décès ont été recensés dans 15 pays (chiffres du 5 février 2009 - source OMS), le pays le plus touché étant l’Indonésie avec 141 cas dont 115 décès. Aujourd’hui, le virus H5N1 ne fait pas l’objet d’une transmission interhumaine efficace. Mais la rencontre entre le virus aviaire et le virus humain est actuellement redoutée: elle pourrait conduire à des échanges génétiques entre les deux types de virus et déboucher sur un virus « mosaïque » susceptible de s’adapter plus facilement à l’homme. Un tel virus pourrait alors diffuser sur un mode épidémique voire pandémique.
La grippe d'origine porcine
Les porcs peuvent être infectés non seulement par des virus aviaires mais aussi par des virus humains. La composition génétique des virus porcins actuels est extrêmement diversifiée : on trouve de le génome des virus avec des gènes de différentes origines, humaine et aviaire.
A l'Institut Pasteur
Le CNR de l’Institut Pasteur fait partie du Comité de lutte contre la grippe, constitué au niveau national, et présidé par Jean-Claude Manuguerra, responsable de la Cellule d’Intervention Biologique d’Urgence (CIBU) de l’Institut Pasteur.
La Cellule d’intervention biologique d’urgence de l’Institut Pasteur (CIBU), qui fonctionne 7j/7 et 24h/24, a été créée fin 2002 à l’initiative de la Direction Générale de la Santé et de l’Institut Pasteur. Elle est conçue pour réagir immédiatement en temps réel, en cas d’épidémie, pour détecter et identifier le plus rapidement possible le ou les agents pathogènes en cause.
Le Centre National de Référence du virus Influenzae Région-Nord (grippe) et la CIBU font partie du Plan national de prévention et de lutte "Pandémie grippale".
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Mai 2009