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L'amibiase

L'amibiase occupe, derrière le paludisme, le troisième rang des maladies parasitaires les plus meurtrières au monde. De nombreuses espèces d’amibes vivent dans l’intestin de l’homme sans engendrer de maladie - elles font partie de la flore dite commensale de l’intestin -. Selon la dernière estimation de l'Organisation mondiale de la Santé en 1993, 10% de la population mondiale serait infectée par des amibes parasites du genre  Entamoeba dont la plus pathogène est E. histolytica, l’agent de l'amibiase.  Les contaminations ont lieu principalement dans les régions tropicales. Si l'infection reste généralement asymptomatique, le parasite peut cependant, en traversant la muqueuse de l'intestin, provoquer des diarrhées douloureuses et sanglantes (dysenterie amibienne), des ulcères, et, dans les formes plus sévères, entraîner des abcès au niveau du foie, des poumons et du cerveau. La transmission et la prolifération de l'amibe en cause, favorisée par les mauvaises conditions sanitaires des pays les plus touchés, fait de cette maladie négligée un problème majeur de santé publique, et souligne l'importance de la prévention dans la lutte contre l'amibiase.


Epidémiologie

Entamoeba histolytica est un parasite spécifique de l’homme. Il s’agit d’un protozoaire qui peut s’entourer d’une fine coque pour former un kyste amibien de quelques microns de diamètre. Lorsque ces kystes sont ingérés, ils germent dans l’intestin grêle pour donner lieu à la forme végétative, les trophozoïtes, qui gagnent le gros intestin, y prolifèrent et se re-enkystent. C’est sous cette forme, plus résistante, que E. histolytica est rejeté dans les matières fécales et est susceptible de contaminer d’autres personnes. Parmi les personnes infectées 10 à 20% développent des signes sévères de la maladie. Chaque année, 40 000 à 100 000 d’entre elles en meurent, principalement dans les régions chaudes et pauvres du globe, notamment en Asie du Sud-Est, dans le sud-est et l’ouest de l’Afrique, en Amérique centrale et en Amérique du Sud, où les conditions d’hygiène et la précarité - ou l’absence - des systèmes d’épuration des eaux usées favorisent la circulation et la transmission de l’amibe. Dans certaines régions de l’Inde, du Mexique, du Bangladesh, ou encore d’Afrique du Sud, la proportion de population infectée peut atteindre jusqu’à 20%. Dans les pays développés, la maladie est plus rare ; les cas sporadiques recensés correspondent à des importations par des voyageurs au retour de zones d’endémie.

La maladie

Les trophozoïtes amibiens peuvent parfois s’implanter dans la muqueuse de l’intestin. En la traversant, ils provoquent des diarrhées douloureuses et sanglantes, traduites sous le terme de dysenterie amibienne, qui constituent les premiers symptômes de l’amibiase proprement dite. La destruction de la paroi intestinale peut par la suite entraîner la formation d’ulcères.
Lorsque le parasite parvient à gagner la circulation sanguine, il peut infecter le foie, et donner naissance à des abcès qui, non traités, conduisent à une issue fatale. La maladie peut en outre évoluer vers d’autres complications locales, comme des abcès au niveau des poumons et, beaucoup plus rarement, au cerveau.


Le traitement

Les amibiases aiguës sont traitées par la prise d’antiparasitaires à large spectre et d’amoebicides de contact agissant localement dans la lumière du tube digestif. Dans les zones où l’amibiase n’est pas endémique, l’OMS recommande de traiter également les porteurs asymptomatiques avec des agents de contact, afin de réduire le risque de transmission.
Si l’efficacité des antiparasitaires actuellement disponibles n’est pas remise en cause, l’utilisation de tels médicaments, peu spécifiques, soulève le problème du développement de nouvelles résistances chez les divers pathogènes entrant dans leur champ d’action.
La prévention, visant à limiter la transmission des kystes, reste donc essentielle. Elle repose avant tout sur l’élimination de la contamination fécale de l’eau, des aliments et des mains ainsi que sur la mise au point de méthodes de diagnostic pouvant révéler la présence de kystes y compris chez les porteurs asymptomatiques.


A l'Institut Pasteur

L’unité Biologie cellulaire du parasitisme, dirigée par Nancy Guillén, est actuellement le seul groupe en France menant des recherches sur Entamoeba histolytica et sur l’amibiase.  L’équipe s’intéresse à la mise au point d’un test de diagnostic rapide, et à la recherche de facteurs de virulence d’E. histolytica. Elle espère ainsi identifier des cibles thérapeutiques spécifiques du parasite, pour permettre la mise au point d’un traitement adapté.
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Mars 2011