Dossiers de presse

La physiopathologie de l'infection


La transmission mère-enfant établie

Grâce à une vaste étude prospective chez des femmes enceintes, des cliniciens de l'Île de La Réunion et l’équipe de Marc Lecuit - Microorganismes et barrières de l’hôte (Institut Pasteur/équipe Avenir et FRM, Inserm 604)-, en collaboration avec Isabelle Schuffenecker (Centre National de Référence des Arbovirus, Institut Pasteur) ont en 2008 pour la première fois mis en évidence des cas de transmission materno-fœtale du virus du chikungunya. Leurs observations ont montré que celle-ci se faisait préférentiellement quand les mères sont infectées peu avant le terme de leur grossesse, et que les nouveau-nés ont une probabilité accrue de développer des formes graves de la maladie.


Traquer le virus dans l'organisme

Quelles sont les cellules-cibles du virus ?

Des chercheurs menés par Olivier Schwartz, dans l’unité Virus et Immunité (Institut Pasteur/CNRS URA 3015) ont démontré in vitro que le virus ne se multipliait pas dans les cellules sanguines circulantes (lymphocytes, monocytes), mais dans les macrophages. Ces cellules phagocytaires d’origine sanguine sont localisées dans les tissus. Elles pourraient donc être impliquées dans l’infection des tissus qu’on sait touchés par la maladie, comme les muscles et les articulations. Le virus infecte également la plupart des cellules dites " adhérentes " : cellules endothéliales, cellules épithéliales, fibroblastes… Les chercheurs tentent aujourd’hui d’identifier les voies d’entrées du virus dans ces types cellulaires. Ils étudient également certaines cellules qui bloquent la réplication du virus, et cherchent à en déterminer le mécanisme d’action.

Icono : Particules du virus Chikungunya bourgeonnant à la surface d'une cellule humaine infectée.


Le virus affecte-t-il le système immunitaire ?

Le tropisme du virus vis-à-vis des différents types de globules blancs de notre système de défense a été étudié par le groupe Virus et immunité (Institut Pasteur/CNRS URA 3015), dirigé par Olivier Schwartz. Les chercheurs travaillent en collaboration avec le groupe d’Immunobiologie des cellules dendritiques (Institut Pasteur/INSERM U818) dirigé par Matthew Albert, sur ces cellules dendritiques, cellules « sentinelles » du système immunitaire. Elles interviennent dans la présentation des antigènes de pathogènes aux autres cellules du système immunitaire. Elles produisent également de l’interféron, qui joue dans la régulation de la réponse immunitaire. Ces recherches pourraient déboucher à terme sur des immunothérapies permettant de lutter contre l’infection par le virus Chikungunya.


Et les cellules musculaires ?

Le groupe de Pierre-Emmanuel Ceccaldi et de Simona Ozden, dans l’unité d’Epidémiologie et physiologie des virus oncogènes (Institut Pasteur/CNRS URA 3015), dirigée par Antoine Gessain, ont démontré, in vitro ainsi que sur biopsies musculaires, que des cellules précurseurs des cellules musculaires, les cellules dites satellites, étaient des cibles du virus chikungunya. Leurs observations expliquent ainsi que certains malades aient développé des myosites, signe d’une inflammation du muscle. Les scientifiques poursuivent aujourd’hui leurs recherches pour mieux comprendre l’atteinte musculaire provoquée par le virus, et en particulier pour déterminer si celui-ci provoque la destruction des différentes cellules qu’ils infectent.


Modéliser la maladie chez l'animal

Un modèle murin d’infection expérimentale par le virus Chikungunya a été mis au point par Thérèse Couderc, dans le groupe Microorganismes et barrières de l’hôte (Institut Pasteur/équipe Avenir et FRM, Inserm 604) dirigé par Marc Lecuit, en collaboration avec l'unité d'Immunologie des cellules dendritiques, dirigée par Matthew Albert, et l’unité des Interactions Flavivirus-Hôtes, dirigée par Philippe Desprès. Il était indispensable de disposer d’un modèle animal d’infection virale pour comprendre comment ce virus provoque la maladie et développer des candidats vaccins contre l’infection.

Capable de mimer les formes bénignes et les formes graves de la maladie, ce modèle a permis aux chercheurs de déterminer quels tissus et quelles cellules étaient touchés par le virus dans chacun de ces deux cas. Le développement d’un tel modèle animal constitue une avancée majeure, non seulement au plan physiopathologique, mais aussi parce qu’il est indispensable de disposer d’un modèle animal d’infection virale pour comprendre comment ce virus provoque la maladie et développer des traitements ou des vaccins contre l’infection.

Icono : Détection du virus Chikungunya (en rouge) dans une articulation de souris, microscopie à fluorescence.  © T. Couderc & M. Lecuit/Institut Pasteur/Inserm


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