Dossiers de presse

Fièvre de la vallée du Rift

Jusqu'à récemment limitée au continent africain, la fièvre de la Vallée du Rift est une zoonose virale transmise par les moustiques et d'autres insectes, qui touche les animaux domestiques, essentiellement les moutons et les chèvres, mais aussi les bovins et les chameaux. De vastes épizooties tuant souvent des milliers de têtes de bétail surviennent pendant des périodes d'humidité, généralement à la suite de fortes pluies, et s'accompagnent d'épidémies chez l'homme. Une épidémie en 1997-98 en Afrique de l'Est (Kenya, Somalie) avait fait près de 500 victimes humaines et tué des dizaines de milliers d'animaux. Véritable danger sanitaire pour l'homme, la fièvre de la Vallée du Rift est un fléau économique redouté par les éleveurs. La maladie, considérée comme émergente, s'est étendue hors de l'Afrique en 2000, faisant plus de 863 cas humains en Arabie Saoudite - dont 120 décès - et touchant plus d'un millier d'individus dont 121 sont morts au Yémen.

Il existe depuis 1949 un vaccin vivant attenué contre cette infection, mais qui pose problème car il provoque des avortements et des malformations des fœtus chez les animaux en gestation. Les dégâts économiques et les risques pour l'homme associés au virus de la fièvre de la Vallée du Rift justifient la recherche d'un vaccin efficace et sans effets néfastes.

Les chercheurs du Laboratoire des Bunyaviridés, dirigé par Michèle Bouloy, ont mis au point un candidat vaccin a priori totalement dénué de risque. Pour cela, il ont construit un vaccin combinant les avantages de deux souches différentes du virus. Le génome du virus est constitué de 3 segments : L, M et S. Les chercheurs ont utilisé une souche du virus dont les segments L et M portent des mutations d'atténuation, mais dont le segment S contient un gène fortement impliqué dans la virulence, qui inhibe toute réponse antivirale de la cellule. Ils ont associé ces segments L et M attenués au segment S d'une deuxième souche, qui, lui, est dépourvu du gène de virulence. Ils disposent donc désormais d'une souche parfaitement atténuée.

Testé chez la souris, ce candidat vaccin n'a entraîné aucun signe clinique, même à des doses très élevées, et a protégé les animaux contre une souche virulente du virus.

Son innocuité a été démontrée chez le mouton, lors d'essais menés avec le soutien de la Food and Agriculture Organisation (FAO), en collaboration avec l'Institut de l'Elevage Sénégalais (Dr Thiongane).

Les chercheurs visent dans un premier temps à développer un vaccin vétérinaire, mais ce candidat vaccin pourrait être utile chez l'homme, pour immuniser les personnes en contact avec le bétail (vétérinaires, bergers,…).


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Mars 2005