Dossiers de presse

Cholera

Le choléra est une maladie diarrhéique due à deux sérogroupes du bacille Vibrio cholerae. Le sérogroupe O1 biotype El Tor est répandu sur toute la planète, qui subit actuellement la septième pandémie de choléra. Un autre sérogroupe, appelé O139, apparu en Inde et au Bangladesh en 1992, a rapidement diffusé en Asie et pourrait envahir d'autres continents.

En 2004, 56 pays ont officiellement déclaré un total de 101 383 cas de choléra et 2345 décès à l’Organisation Mondiale de la Santé, qui souligne que "les chiffres réels sont probablement plus élevés, considérant la sous-notification des cas et autres limitations des systèmes de surveillance". L’Afrique, avec 94% des cas rapportés et la survenue d’épidémies majeures est officiellement le continent le plus touché. En fait, uniquement au Bangladesh, le nombre estimé de cas annuels de choléra est compris entre 100 000 et 600 000. Par ailleurs, le choléra est réapparu dans le Pacifique, qui n’avait pas subi d’épidémies depuis 10 ans.

Le moyen le plus efficace pour éradiquer le choléra, transmis par voie oro-fécale (eau, aliments contaminés), est d’élever le niveau d’hygiène. Mais les difficultés pour atteindre cet objectif dans de nombreux pays où le choléra est endémo-épidémique justifient le recours à la vaccination. Le seul vaccin disponible actuellement est un vaccin oral à base de bactéries tuées de Vibrio cholerae O1 associées à la sous-unité B de la toxine cholérique. Mais si la protection qu’il confère à l’adulte est de plus de 85% pendant six mois et de plus de 60% deux ans après l’administration, la protection décline rapidement après six mois chez les enfants en bas âge. Ce vaccin, conseillé par l’OMS dans des situations à haut risque (réfugiés, habitants de bidonvilles,…) ne peut être utilisé dans les programmes nationaux de vaccination. De plus, il n’existe pas de vaccin contre la nouvelle souche de Vibrio cholerae O139. Selon l’OMS, il y a un besoin urgent de disposer d’un vaccin conférant une protection fiable et de longue durée, aussi bien chez l’adulte que chez l’enfant.


Un vaccin chimiquement défini

Les recherches vaccinales contre le choléra, menées à l'Institut Pasteur dans l'Unité du Choléra et des Vibrions, dirigée par Jean-Michel Fournier, visent à mettre au point un vaccin chimiquement défini, utilisable par voie sous-cutanée. Cette équipe a tout d'abord démontré que des anticorps circulants, dirigés contre l'antigène majeur du vibrion cholérique, étaient protecteurs : il s'agit de l'antigène O, un sucre porté par une grosse molécule ancrée dans la membrane du bacille (lipopolysaccharide ou LPS). Pour induire ces anticorps, l'équipe a couplé une partie du LPS comprenant l'antigène O à une protéine porteuse immunogène, l'anatoxine tétanique. Ce vaccin "conjugué" a été testé avec succès chez la souris pour Vibrio cholerae sérogroupe O139 et devrait faire l'objet d'essais cliniques chez l'homme. Il reste à mettre au point des vaccins conjugués analogues pour les deux sérotypes - Ogawa et Inaba - de Vibrio cholerae O1. Pour cela, les chercheurs étudient par des méthodes très élaborées les structures antigéniques précises de ces deux sérotypes. Ils ont déjà réussi, en collaboration avec l'Unité de Biochimie Structurale de l'Institut Pasteur et avec une équipe américaine, à localiser très précisément, au moyen de la cristallographie, la partie de l'antigène O du sérotype Ogawa reconnue par un anticorps protecteur. Ils travaillent actuellement sur le sérotype Inaba. Ils ont par ailleurs montré par des études immunochimiques fines, en collaboration avec l'Unité de Chimie Organique, qu'il existe un déterminant antigénique commun aux deux sérotypes, lequel pourrait être inclus dans un vaccin.
On espère, par cette voie de recherche très rationnelle, mettre au point un vaccin au pouvoir protecteur élevé, sans danger puisque chimiquement caractérisé, et donc utilisable à grande échelle pour protéger durablement les populations régulièrement menacées par le fléau cholérique.

Notons que l'Institut Pasteur est aujourd'hui l'un des rares instituts de recherche dans le monde à travailler sur un vaccin visant une protection à long terme contre le choléra.

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Mars 2006