Dossiers de presse

Charbon (anthrax)

Le charbon (anthrax en anglais) est essentiellement une maladie du bétail, due à la bactérie Bacillus anthracis qui peut survivre des années dans l'environnement sous une forme résistante appelée spore. Les spores peuvent également être véhiculées par l'air si on les y disperse et l'agent du charbon peut ainsi constituer une menace bioterroriste pour l'homme, comme l'ont attesté les événements de l'automne 2001.

Dans les conditions naturelles, l'homme est un hôte accidentel, et sa contamination se fait directement ou indirectement à partir d'animaux infectés, ou du fait d'une exposition professionnelle à des produits animaux contaminés (aucun cas de transmission d'homme à homme n'a jusqu'ici été répertorié). Après leur entrée dans l'organisme, les spores germent pour donner naissance à des bacilles (bactéries en forme de bâtonnets) producteurs de toxines, qui se multiplient rapidement. Toxémie et septicémie, en dehors de tout traitement, conduisent à la mort.
L'antibiothérapie est très efficace chez l'homme comme chez l'animal si elle est administrée suffisamment tôt (avant ou juste après les premiers symptômes, qui surviennent une semaine après la contamination). S'il existe des vaccins efficaces destinés aux animaux, les vaccins à usage humain sont moins performants et déclenchent des effets secondaires : leur utilisation doit être réservée aux groupes à haut risque, tels ceux professionnellement exposés et certains personnels militaires. D'où l'intérêt de rechercher de nouveaux vaccins à usage humain.


Un vaccin "sous-unités"

L'Unité Toxines et Pathogénie Bactérienne, dirigée par Michèle Mock, spécialisée dans l'étude de Bacillus anthracis, a mis au point une composition vaccinale efficace, susceptible d'être utilisée chez l'homme.

Le seul vaccin à usage humain aujourd'hui disponible est un vaccin acellulaire, mis au point dans les années soixante aux Etats-Unis et au Royaume-Uni, constitué d'un composant commun aux deux toxines de la bactérie : la protéine PA (pour " protective antigen "). Mais ce vaccin requiert plusieurs immunisations et s'avère surtout moins efficace que le vaccin atténué, composé de spores vivantes, utilisé avec succès chez l'animal mais impropre à l'usage humain en raison de ses effets secondaires toxiques. Les chercheurs sont partis du principe que l'amélioration du vaccin devait se faire en ciblant la phase précoce de l'infection, c'est à dire en neutralisant les spores dès leur entrée dans l'organisme pour bloquer l'étape de germination.
Dans cet objectif, l'équipe de Michèle Mock a testé une préparation vaccinale composée de PA (vaccin acellulaire actuel) à laquelle ont été ajouté des spores tuées : cette combinaison a conféré une protection totale envers des souches virulentes de Bacillus anthracis chez des cobayes, animaux couramment utilisés pour tester des vaccins contre la maladie du charbon, et chez des souris, qui sont très sensibles à l'infection et donc particulièrement difficiles à protéger, et ceci dans des conditions où l'immunisation par la seule protéine PA échouait.

L'équipe pasteurienne travaille désormais à caractériser les mécanismes de la réponse immunitaire induite par ce vaccin expérimental et à identifier les composants des spores spécifiquement impliqués dans la protection.
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Mars 2005