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Quelques avancées récentes

Plusieurs avancées de la recherche pasteurienne ont jalonné l'année 2009. En voici trois exemples.


Protéines et sucres s'allient contre le VIH

Un travail collaboratif entre des équipes de l'Institut Pasteur, du CEA, du CNRS et des Universités Joseph Fourier et Paris-Sud 11 a permis en 2009 de développer une molécule capable de bloquer l'entrée du virus du sida dans ses cellules cibles. Cette nouvelle construction moléculaire, associant un sucre et une protéine, présente l'avantage d'agir bien avant que le virus ne se réplique à l'intérieur de la cellule. Cette étude a bénéficié du soutien de l'Agence Nationale de Recherches sur le sida et les hépatites virales.

La plupart des stratégies thérapeutiques anti-sida actuellement proposées ciblent la réplication du virus dans la cellule. Elles s’accompagnent d’effets secondaires importants, et de nombreuses résistances apparaissent. Trouver des alternatives thérapeutiques demeure donc une nécessité.

Dans cette optique, des chercheurs de l’Institut Pasteur, du CEA, du CNRS, et des Universités Joseph Fourier et Paris-Sud 11 sont parvenus à mettre au point une molécule capable d’empêcher le virus de se fixer à la cellule, première étape essentielle pour qu’il y pénètre.

Le virus présente à sa surface une protéine appelée gp120, qui lui permet de se fixer au récepteur CD4 de la membrane de la cellule cible. Cette liaison entraîne l’exposition d’un deuxième site de fixation de gp120 qui va se lier sur un deuxième récepteur cellulaire. Ainsi « arrimé », le virus va pouvoir libérer son matériel génétique dans la cellule et s’y multiplier.

La molécule mise au point par les chercheurs agit en bloquant simultanément les deux sites de fixation de la protéine gp120. Elle est constituée plus précisément d’une miniprotéine CD4(mCD4), spécifique du premier site, et d’un sucre appelé héparane sulfate (HS12), qui se lie au second. Ainsi occupés par la molécule mCD4-HS12, les sites de gp120 ne sont plus disponibles pour se fixer sur les récepteurs cellulaires, et le virus est donc incapable de pénétrer dans la cellule.

Une version entièrement synthétique de ce composé a pu être produite et son mécanisme d’action déterminé. Des tests d’activité anti-virale ont en outre permis de montrer que mCD4-HS12 inhibait très efficacement différents isolats du VIH. Les chercheurs travaillent à présent à simplifier la structure et la synthèse de cette molécule. Prochaine étape : la réalisation de tests in vivo.


Un procédé vaccinal innovant

Des chercheurs de l'Institut Pasteur et du CNRS viennent d'obtenir des résultats très prometteurs d'essais pré-cliniques destinés à tester une nouvelle technologie vaccinale anti-sida. Celle-ci s'appuie sur l'utilisation d'un nouveau vecteur appelé vecteur lentiviral, capable de  délivrer l'ADN vaccinal au cœur du noyau des cellules du système immunitaire. Ces travaux doivent servir de point de départ pour optimiser un candidat-vaccin utilisant le vecteur lentiviral en vue de futurs essais cliniques chez l'Homme.

Cette étude a bénéficié du soutien de l’Agence Nationale de Recherches sur le sida et les hépatites virales (ANRS) et de Sidaction.

L’équipe du laboratoire de Virologie moléculaire et de vectorologie (Institut Pasteur/CNRS), dirigée par Pierre Charneau, a mis au point un nouveau procédé vaccinal contre le sida, dont les premiers essais cliniques chez le singe viennent de prouver le fort potentiel. Le candidat-vaccin associe un vecteur appelé vecteur lentiviral et un antigène du virus SIV, l’homologue simien du VIH.

Les résultats de ces essais cliniques sont très encourageants. Chez les animaux vaccinés, la quantité de virus dans le sang est diminuée en moyenne de plus d’un facteur 100 par rapport aux animaux non-vaccinés. De plus, les globules blancs CD4+, dans lesquels se multiplie le virus, sont parfaitement préservés chez les animaux vaccinés, signe d’un contrôle à long terme de la réplication du virus.

Le vecteur lentiviral est un virus inactivé génétiquement dérivé du virus HIV-1 lui-même. Il est déjà exploité en thérapie génique chez l’homme. Contrairement aux autres vecteurs vaccinaux utilisés contre le sida jusqu’à présent -essentiellement les vecteurs MVA/canary-pox et les vecteurs adénoviraux- les vecteurs lentiviraux sont capables d’introduire de façon stable un ADN antigénique dans les cellules dendritiques. Celles-ci vont alors présenter l’antigène viral durablement aux autres cellules du système immunitaire et initier les mécanismes de défense de l’organisme qui aboutissent à la génération de cellules tueuses dites cytotoxiques (CTLs). Ce sont ces cellules cytotoxiques qui ont alors pour rôle de contrôler la réplication du virus du sida dans l’organisme.

Après avoir prouvé le fort potentiel du vecteur lentiviral en tant que vecteur vaccinal anti-sida, les chercheurs, associés à l’entreprise de biotechnologie TheraVectys, se concentrent à présent sur l’optimisation de ce nouveau candidat-vaccin, en vue de futurs essais chez l’Homme.


Un simple pèse-personne pour suivre les patients sous antirétroviraux dans les pays en développement ?

En 2009, une étude menée par des chercheurs de l'Institut Pasteur en collaboration avec Médecins Sans Frontières a suggéré qu'un critère aussi simple que la prise de poids pouvait être utilisé pour suivre et améliorer la prise en charge des patients infectés par le VIH sous traitement antirétroviral.

Dans les pays en développement, où l'accès aux tests de laboratoire reste limité, trouver des outils simples et peu coûteux pour évaluer la progression de la maladie chez les patients infectés par le VIH et sous anti-rétroviraux est essentiel.

Yoann Madec, de l’unité d’Epidémiologie des maladies émergentes, dirigée par Arnaud Fontanet à l’Institut Pasteur, a entrepris une étude pour déterminer si le gain ou la perte de poids pouvait être utilisé comme indicateur de suivi. Les scientifiques ont donc pour cela cherché à déterminer la valeur pronostique du gain de poids sur la mortalité, et à identifier les facteurs associés aux variations de poids observées.

Les recherches a porté sur 2 541 patients au Cambodge et 2 618 au Kenya, tous ayant entamé un traitement antirétroviral. Ces patients étaient inclus dans des programmes de Médecins Sans Frontières basés à Pnomh Penh, au Cambodge, et à Homa Bay, au Kenya. Ils ont été suivis deux ans et demi en moyenne.

Ces travaux démontre que, chez les patients sous traitement anti-rétroviral et atteints de malnutrition modérée à sévère, la prise de poids est fortement corrélée à la survie : après trois mois de traitement, ceux n’ayant gagné que 5% ou moins de leur poids présentent six fois plus de risque de mourir dans les trois mois suivants qu’un patient dont le gain de poids dépasse les 10%, et ce quels que soient le sexe du patient, le type de traitement antiviral, le stade clinique et le taux de cellules CD4 au début du traitement.

« Nos résultats ne doivent bien sûr pas êtres interprétés comme un plaidoyer en faveur d’une prise en charge minimaliste des patients sous antirétroviraux dans les pays en développement, expliquent les auteurs. Néanmoins, en attendant un accès plus large aux tests fondés sur le comptage des cellules CD4 et la quantification de la charge virale -les standards d’excellence-, la mesure du poids peut constituer une aide précieuse pour apporter aux personnels de santé des informations significatives sur les patients. »


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