Dossiers de presse

Le sida : une maladie émergente devenue pandémie

En 1983, une équipe française associant des chercheurs de l'Institut Pasteur et des chercheurs et cliniciens de l'Assistance Publique isolait pour la première fois le virus responsable du sida. C'est à partir de cette découverte, puis de l'interaction qui a suivi, entre spécialistes de disciplines différentes et complémentaires - cliniciens, virologistes, immunologistes, biologistes moléculaires, épidémiologistes - issus à la fois du monde de la recherche fondamentale et du milieu hospitalier, que des progrès ont pu être réalisés.

Cependant, près de vingt-cinq ans après, le sida reste un fléau mondial qui affecte tout particulièrement les pays et les populations les plus démunis. Dans ce contexte, les recherches sur le sida constituent l’un des objectifs majeurs de l’Institut Pasteur et du Réseau international des Instituts Pasteur situés dans les pays les plus affectés par l'épidémie.

A Paris, une quinzaine d’équipes sont mobilisées. Leurs travaux sont réalisés dans le cadre d'un partenariat très étroit avec l'Agence Nationale de Recherche sur le sida (ANRS).

Plusieurs avancées ont jalonné l’année 2007. En voici quelques exemples.

 


Un candidat-vaccin bientôt en essai clinique

Plus de 95% des personnes infectées par le VIH vivent dans les pays en développement où l’accès aux traitements est limité pour des raisons économiques. La nécessité d’un vaccin peu coûteux et pouvant être largement distribué est plus que jamais d’actualité. C’est dans cette optique que s’est développé un projet visant à élaborer un vaccin anti-sida à partir du vaccin rougeole : celui-ci est de très bas prix et largement distribué puisqu’il fait partie des campagnes de vaccination de l’OMS. Le vaccin contre la rougeole est constitué d’un virus vivant atténué, qui confère une très bonne immunité, protectrice à vie, après une seule injection. L’objectif a été de faire un vaccin dit « recombinant », c’est-à-dire d’introduire deux à trois gènes du VIH dans le génome du virus atténué de la rougeole. On dispose désormais d’un candidat-vaccin mixte VIH-rougeole. Un tel vaccin serait a priori à visée pédiatrique, la plupart des adultes étant déjà vaccinés contre la rougeole.

Ce projet a bénéficié de financements de l'ANRS, du National Institute of Health américain et de l'Institut Pasteur. Depuis 2005, il est développé grâce à un financement de l’Union européenne, en partenariat avec la firme GlaxoSmithKline Biologicals et en collaboration avec des centres de recherche académiques situés en France, en Belgique et en Grande Bretagne.

Au vu des résultats encourageants obtenus chez l’animal, les premiers essais cliniques chez l'homme vont être lancés en 2008. Ils vont permettre d'évaluer la tolérance et la sûreté du candidat-vaccin, ainsi que sa capacité à induire des réponses immunes chez des adultes ayant une préimmunité ancienne contre la rougeole.

 


Les cellules qui arrêtent le virus

Une importante étude a permis de comprendre comment de rares individus infectés par le VIH contrôlent l’infection et ne développent pas la maladie malgré plus de 10 ans de séropositivité et en l’absence de traitement, les « contrôleurs du VIH ». Cette étude a été menée par des chercheurs de l’Institut Pasteur en collaboration avec l’Inserm, sous l’égide de l’ANRS.

Les chercheurs ont démontré que les lymphocytes T CD8 de ces patients peuvent, sans aucune stimulation préalable, inhiber totalement l’infection de leurs T CD4 in vitro, grâce à une destruction puissante et rapide des cellules infectées. Ils ont également réussi à caractériser le profil de ces lymphocytes T CD8, spécifiques du VIH et hautement cytotoxiques. Ils ont en effet montré que deux « marqueurs d’activation » - des molécules de surface - étaient exprimés sur les T CD8 des HIC en quantités très différentes que sur ceux des sujets non contrôleurs.

Une découverte potentiellement utile puisque les auteurs suggèrent que ces marqueurs, ainsi que le test de contrôle de l’infection in vitro mis au point dans l’étude, pourraient désormais être utilisés pour évaluer l’efficacité des réponses en lymphocytes T cytotoxiques dans les essais vaccinaux.

 


Comment le VIH se multiplie-t-il dans les macrophages ?

Des chercheurs de l’Institut Pasteur et de l'Institut Curie ont récemment découvert comment le VIH parvient à résister aux stratégies de défense des macrophages qu’il infecte. Ils ont en effet prouvé que le virus s’accumulait dans des compartiments cellulaires peu acides, empêchant ainsi les enzymes de digestion du macrophage, qui ont besoin d’un milieu acide pour fonctionner, de dégrader le virus. Les chercheurs ont également observé qu’au sein des mêmes macrophages infectés, les compartiments dépourvus de particules ou protéines virales ne semblent, eux, pas être affectés.

En contrôlant son environnement, le VIH peut donc se multiplier au sein des cellules infectées, et former des stocks intracellulaires, probablement moins accessibles aux traitements antiviraux.
Grâce à ces travaux, les chercheurs ont ainsi mis en évidence l’un des mécanismes expliquant la persistance du VIH chez les personnes infectées. La mise au point de futurs traitements devra certainement prendre en compte ces nouvelles données afin de pouvoir atteindre et éliminer ces réservoirs à virus.

 


Les co-infections sida-tuberculose au Cambodge

L'Institut Pasteur du Cambodge participe à un essai clinique ANRS, coordonné au Sud par le "Cambodian Health Committee" et au Nord par l'Hôpital du Kremlin-Bicêtre ; il implique également l'Institut Pasteur ainsi qu'une équipe américaine (Harvard Medical School).

Cet essai vise à définir à quel moment il est préférable d'administrer des antirétroviraux chez des patients VIH+ tuberculeux. Ce problème est complexe car il existe des interactions médicamenteuses entre molécule-clé du traitement antituberculeux et certains antirétroviraux, qui constituent souvent des contre-indications à l'utilisation concomitante des deux traitements. De plus, la reconstitution de l'immunité obtenue par les antirétroviraux peut s'accompagner d'une importante aggravation de la tuberculose dont les mécanismes restent méconnus.

Des recherches sur ces mécanismes immunologiques, notamment le rôle de l’immunité innée, sont développées à l’Institut Pasteur du Cambodge en collaboration avec une équipe de l’Institut Pasteur. Les résultats de ce programme bénéficieront à l'ensemble de la communauté médicale internationale.

 


Prévenir la transmission de la mère à l'enfant et améliorer la prise en charge des enfants infectés au Cameroun

Le Centre Pasteur du Cameroun situé à Yaoundé a été l'initiateur d'un programme de prévention thérapeutique de la transmission du VIH/Sida de la mère à l'enfant, en collaboration avec une équipe de l'Institut Pasteur, avec le soutien de la fondation Glaxo.

Ce programme a abouti à une prise en charge globale de prévention de la transmission mère-enfant de l'infection VIH-1 et des femmes enceintes au niveau national au Cameroun. L’amélioration de la prise en charge des enfants infectés, notamment de son traitement et de sa réponse à la vaccination fait l’objet d’une étude ANRS, récemment initiée en collaboration avec des hôpitaux parisiens et des équipes de l’Institut Pasteur.