Dossiers de presse

Lwoff, Jacob et Monod – portraits de trois pionniers


André Lwoff

(1902-1994)


André Lwoff a fait de son laboratoire de l’Institut Pasteur un lieu de foisonnement intellectuel et scientifique, qui a accueilli des chercheurs du monde entier. L’esprit d’échange et de convivialité qui y régnait a permis l’émergence des concepts princeps de la biologie moléculaire moderne.

Poussé par un goût précoce et prononcé pour le monde de la recherche, André Lwoff entre à l’Institut Pasteur en 1921, à 19 ans. En 1938, il est nommé chef du service de Physiologie microbienne. Son équipe s’installe alors dans un local mansardé de l’Institut, ce qui vaudra au laboratoire son célèbre surnom. Le « grenier » devient pendant l’occupation un centre actif de la résistance. L’après-guerre voit ensuite l’arrivée de Jacques Monod, Elie Wollman, Pierre Schaeffer et François Jacob. L’épouse d’André Lwoff, Marguerite, sera par ailleurs une proche collaboratrice durant toute sa carrière.

L’œuvre scientifique d’André Lwoff est dominée par deux découvertes aux conséquences majeures : celle des facteurs de croissance bactériens et celle des formes dormantes des virus de bactéries, les prophages. C’est à la suite de ses travaux et ceux que menaient au même moment Jacob et Monod sur le système lactose qu’est né le concept révolutionnaire de régulation génétique, pour lequel les trois chercheurs ont reçu le Prix Nobel de Médecine en 1965, quatre ans seulement après la publication de l’article princeps de Jacob et Monod.


Jacques Monod

(1910-1976)


Pour Jacques Monod, la biologie moléculaire devait servir à mettre en place les éléments d’un puzzle, expliquant les mécanismes communs à tout le règne du vivant, de la bactérie aux animaux complexes. À la rigueur de son raisonnement s’appuyait sa créativité hors du commun.

À 16 ans, Jacques Monod quitte Cannes pour s’inscrire à la faculté de sciences de Paris. Sa licence en poche, il rejoint le laboratoire du zoologiste Edouard Chatton. Il interrompt alors sa thèse à deux reprises, pour une expédition au Groenland en 1934, aux côtés de Paul-Emile Victor, puis pour suivre deux ans plus tard un stage au sein de l'Institut de Technologie de Californie. Quand la guerre éclate, il s’engage dans la résistance, Puis, en 1945, il intègre le laboratoire d’André Lwoff à l’Institut Pasteur, pour prendre ensuite la tête du service de biochimie cellulaire en 1954, et dont il deviendra le directeur général, en 1971.

Très tôt, Jacques Monod s’intéresse à la croissance des bactéries, sujet sur lequel il collabore très étroitement avec François Jacob. Entre les deux chercheurs, la complémentarité est unique. Ses travaux l’amèneront plus tard à se pencher en collaboration avec François Gros sur les ARN messagers, molécules intermédiaires entre l’ADN et les protéines, et sur les mécanismes de régulation des enzymes.


François Jacob

(né en 1920)


François Jacob n’est pas seulement un chercheur dans l’âme. La foi qu’il a toujours eue dans les progrès de la science est celle d’un esprit engagé, passionné, et profondément humaniste.

Aspirant à une carrière de chirurgien, François Jacob débute ses études de médecine à Paris, que la guerre vient rapidement interrompre. Il quitte alors la France en juin 1940, et rejoint les Forces Françaises Libres, à Londres. Affecté au service de santé des armées, il participe aux opérations militaires, au plus près des combats, et est grièvement blessé en Normandie, en 1944. Après la guerre, il achève ses études de médecine, mais sa blessure l’oblige à renoncer à la chirurgie. Il se dirige alors vers la biologie, et entre en 1950 à l’Institut Pasteur, dans le laboratoire d’André Lwoff. Il y sera nommé chef du service de génétique cellulaire en 1960. Il collabore d’abord avec Elie Wollmann sur les mécanismes de transfert de matériel génétique entre bactéries et les mécanismes maintenant silencieux les prophages à l’intérieur des bactéries. François Jacob saisit alors le parallèle entre ces travaux et le système lactose, sur lequel travaille Monod… Outre la découverte du système de régulation des gènes chez les bactéries, il établira par la suite, avec Jacques Monod d’autres notions fondatrices de la biologie moléculaire contemporaine, notamment celle de l’existence des ARN messagers et la régulation allostérique des protéines. François Jacob est membre de l’Académie française, Grand Croix de la Légion d’Honneur et depuis 2007 Chancelier de l’ordre de la Libération.


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