La Maladie de Chagas
La maladie de Chagas est une infection due au parasite Trypanosoma cruzi , transmise par un insecte. Elle sévit sur le continent américain où 90 millions de personnes sont exposées au parasite. L'Organisation Mondiale de la Santé estime que 16 à 18 millions de personnes sont infectées dans les zones endémiques d'Amérique Latine. L'infection chronique est incurable, peut être invalidante et parfois mortelle
Epidémiologie
T. cruzi est transmis par un insecte hématophage, le triatome. Les populations exposées à la maladie vivent du sud des Etats-Unis au sud de l’Argentine. La maladie de Chagas menace un quart des populations d’Amérique Latine. Le Brésil est le plus grand pays d’endémie pour cette infection parasitaire il concentre à lui seul 40% de la prévalence de la maladie.
Le risque d’infection est fortement associée aux conditions socio-économiques. L’insecte vecteur se niche en effet dans les fissures des vieux murs ou des toits des habitations pauvres des zones rurales et des zones urbaines périphériques. La maladie est entrée dans les villes lors des grandes migrations urbaines des années 70 et 80 : à cause de ces migrations, environ 300 000 personnes infectées vivent actuellement à Sao Paulo (Brésil) et 200 000 à Buenos Aires (Argentine). Le parasite peut, de plus, être transmis par transfusion sanguine et par voie transplacentaire. Un risque d’émergence de la maladie en Guyane ayant a été annoncé en 2005 par l’Institut de Veille Sanitaire, des mesures d’exclusion de donneurs de sang ont été mises en place localement et étendues à l’Hexagone pour éviter toute transmission transfusionnelle. En février 2006, une nouvelle directive du Parlement Européen relative au don, à l¹obtention et au contrôle de tissus et des cellules d¹origine humaine prévoit des examens de dépistage en fonction des antécédents du donneur ou des voyages effectués en zones endémiques et exposition aux risques d’infection (2006/17/CE). Cette Directive fait référence à celles de 2003 et 2004 (2002/98/CE et 2004/33/CE) qui excluaient de façon permanente des donneurs atteints ou avec des antécédents de Maladie de Chagas. D¹autres Directives européennes, comme la 2005/62/CE, établissent les normes à suivre par les établissements de transfusion sanguine à propos de la qualité de sang et des composants sanguins transfusés importés de pays tiers. L¹Etablissement Français du Sang (EFS) et l¹Agence Française de Sécurité Sanitaire des Produits de Santé (Afssaps) travaillent activement à ce jour pour la validation et la mise en place de techniques sérologiques de dépistage adéquates du « Chagas » qui seront appliquées très prochainement aux Antilles françaises puis en France métropolitaine.
La maladie
Après une phase aiguë suivant l’infection, la maladie évolue vers la chronicité chez plus d’un tiers des personnes infectées. La phase chronique apparaît après 10 à 20 ans d’infection "silencieuse". Des lésions irréversibles peuvent toucher le coeur, l’oesophage, le colon, et le système nerveux périphérique : 27% des personnes infectées souffrent de symptômes cardiaques (cardiopathies chroniques), qui peuvent conduire à la mort subite 6% des individus sont atteints de lésions chroniques de l’appareil digestif; 3% des personnes infectées ont des atteintes du système nerveux périphérique (troubles neurologiques).
Prévention, traitement et vaccins
En dehors de la lutte vectorielle par des insecticides, il n'existe aucun moyen de contrôle de la maladie de Chagas, aucun traitement efficace pour les formes chroniques, ni vaccin. Le DNDi (Drugs for Neglected Diseases initiative), une initiative pour lutter contre les maladies négligées comme la maladie de chagas, a été créé récemment. Il regroupe l'Institut Pasteur, le Conseil Indien pour la recherche Médicale (Inde), la Fondation Oswaldo Cruz (Brésil), l'Institut de Recherche Médicale du Kenya, Médecins Sans Frontières et le ministère de la Santé de Malaisie. Ces partenaires travailleront en étroite collaboration avec le Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD), la Banque mondiale et le Programme Spécial de Recherche et de Formation sur les Maladies Tropicales de l'Organisation Mondiale de la Santé (OMS/TDR) sur la recherche de nouveaux médicaments. Des fonds privés et public (Sanofi/Aventis/Ministère) sont actuellement dédiés à l'Institut Pasteur pour la recherche sur les maladies parasitaires négligées, dont la maladie de Chagas.
A l'Institut Pasteur
Le laboratoire d’Immunobiologie des infections à Trypanosoma, dirigé par Paola Minoprio dans le Département d’Immunologie, étudie les perturbations du système immunitaire lors de l’infection expérimentale par le parasite responsable de la maladie de Chagas. Des stratégies plus rationnelles de manipulation du système immunitaire visant un meilleur pronostic du processus infectieux et des méthodes thérapeutiques contre le développement d’une pathologie chronique sont étudiées. Actuellement l’équipe analyse les effets d’inhibiteurs spécifiques d’un enzyme parasitaire qui permet à T. cruzi d’échapper aux réponses immunitaires et est essentielle pour le développement du parasite. La récente définition de son mécanisme réactionnel et de sa structure 3D ont ouvert la voie à la recherche d’une chimiothérapie contre la maladie de Chagas, voire contre d¹autres agents infectieux utilisant cet enzyme.
Pour en savoir plus
_________
Mars 2008
L'Institut Pasteur est une fondation privée à but non lucratif dédiée à la recherche biomédicale, à la santé publique et à l'enseignement. Près de 2600 personnes travaillent sur son campus à Paris, où une grande partie des recherches est axée sur les maladies infectieuses. Son budget dépend de la générosité du public : pour aider la recherche à l'Institut Pasteur, consultez nos pages "dons et legs".
