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La listériose

La listériose est une infection alimentaire due à la bactérie Listeria monocytogenes. Chez l'adulte, elle se manifeste principalement par une septicémie ou une infection du système nerveux central (méningite ou méningo-encéphalite). Chez la femme enceinte, elle peut provoquer un avortement, un accouchement prématuré ou une infection néonatale. La listériose touche, principalement dans les pays industrialisés, les populations à risque comme les femmes enceintes et leurs nouveau-nés, les personnes âgées et les personnes dont les défenses immunitaires sont perturbées, à la suite d'un traitement ou d'une maladie. En France, si la maladie reste rare - moins de 4 cas par million d'habitants -, elle est néanmoins mortelle dans 20 à 30% des cas.

Epidémiologie

La bactérie Listeria monocytogenes a été décrite pour la première fois dans les années 20, mais ce n’est que depuis la mise en évidence d’une origine alimentaire de l’infection chez l’homme, à l’occasion d’une épidémie au Canada en 1981, que la listériose est considérée comme un véritable problème de santé publique. En France, depuis mars 1998, elle est une maladie à déclaration obligatoire.
La listériose évolue sous forme de cas sporadiques, auxquels peuvent s’ajouter des cas groupés voire des épidémies. En France métropolitaine, en 2008, un peu moins de 300 cas de listériose ont été recensés. Ce nombre est significativement supérieur à celui de 2005, et similaire aux années 2006 et 2007. On dénombrait jusqu’à environ 750 cas en 1992, dont 279 cas épidémiques liés à la consommation de langue de porc en gelée. Le nombre de cas sporadiques a donc fortement baissé depuis 10 ans, et c’est la part relative des formes materno-néonatales qui a le plus diminué. La raison de la réaugmentation observée en 2006-2007 reste inconnue à ce jour, et est en cours d’investigation.

Symptômes et traitement

Chez l’adulte, la maladie se traduit par une infection du sang (septicémie), voire du système nerveux central, qui se manifeste alors par une méningite ou une méningo-encéphalite. La période d’incubation s’étend de quelques jours à plus de deux mois. Chez la femme enceinte, l’infection est en général sans conséquence pour la mère : elle peut passer inaperçue ou se réduire à un pic fébrile ou un épisode pseudo-grippal. En revanche, le nouveau-né infecté peut présenter des signes cutanés, une détresse respiratoire et des signes neurologiques. Il existe un traitement antibiotique, efficace à condition d’être administré rapidement. Cependant, l’évolution peut être fatale même en cas de traitement adapté et précoce.

Transmission

Le mode de contamination le plus fréquent chez l’homme est l’ingestion d’aliments contaminés par L. monocytogenes. Du fait de son caractère ubiquitaire (Listeria est largement répandue dans la nature –eau, sol, végétaux– et ses caractéristiques physico-chimiques, cette bactérie a la capacité de coloniser les sites de fabrication des aliments. Elle est sensible à la chaleur, mais peut se développer à 4°C (température des réfrigérateurs). Sa dissémination est donc favorisée par l’allongement de la chaîne du froid (entrepôts frigorifiques industriels, réfrigérateurs ménagers). En France, les aliments les plus fréquemment contaminés par Listeria monocytogenes sont les charcuteries cuites (langues, têtes, rillettes…), les produits de saurisserie, les graines germées réfrigérées, et certains produits laitiers (fromages à pâte molle et au lait crû).

Prévention

La prévention pour les personnes à risque (femmes enceintes, personnes âgées, personnes immunodéprimées par un traitement immunosuppresseur ou par une pathologie telle que cancer, cirrhose...) consiste à éviter la consommation des produits de charcuterie en gelée, des rillettes, des pâtés, du foie gras, des fromages au lait crû, des poissons fumés, coquillages crus, surimi, tarama, graines germées crues… Il est recommandé de bien cuire les aliments d’origine animale, d’enlever la croûte des fromages et de laver soigneusement les légumes et les herbes aromatiques. Afin d’éviter les contaminations croisées (d’un aliment à l’autre), il faut conserver les aliments crus séparément des aliments cuits ou à consommer en l’état. Les produits préemballés sont à préférer aux produits achetés à la coupe, ces derniers devant dans tous les cas être consommés rapidement après leur achat. Les règles habituelles d’hygiène doivent être particulièrement respectées :
- réchauffer soigneusement les restes alimentaires et les plats cuisinés avant consommation immédiate ;
- nettoyer fréquemment le réfrigérateur et le désinfecter ensuite avec de l’eau javellisée ;
- s’assurer que la température du réfrigérateur est suffisamment basse (4°C) ;
- respecter les dates limites de consommation ;
- après la manipulation d’aliments non cuits, se laver les mains et nettoyer les ustensiles de cuisine qui ont été en contact avec ces aliments.

A l'Institut Pasteur

Le Centre National de Référence des Listeria et le Centre Collaborateur de l’OMS pour la listériose d’origine alimentaire sont hébergés à l’Institut Pasteur. Leurs travaux portent sur la surveillance de la listériose, en lien avec l’Institut de veille sanitaire (InVS), et sur la caractérisation des souches de L. monocytogenes d’origines humaine et alimentaire. Ces centres sont rattachés au Groupe à 5 ans Microorganismes et Barrières de l’hôte, dirigé par Marc Lecuit, qui étudie les mécanismes moléculaires gouvernant le tropisme des microorganismes pathogènes, et notamment leurs mécanismes de traversée des barrières muqueuse, placentaire et hémato-encéphalique. Listeria est utilisé comme modèle pour comprendre ces mécanismes. (Voir notamment nos communiqués du 17 septembre 2008 : Comment la Listeria traverse le placenta pour atteindre le fœtus et du 6 avril 2004 : Listériose : les mécanismes de la traversée de la barrière placentaire élucidés.)

L’Unité des Interactions Bactéries-Cellules (UIBC), dirigée par Pascale Cossart, étudie quant à elle les bases moléculaires et cellulaires de l’infection par Listeria monocytogenes, par des approches pluridisciplinaires. Elle a coordonné avec l’Unité de Génomique des Microorganismes pathogènes (UGMP) le séquençage complet du génome de Listeria monocytogenes, dans le cadre d’un consortium européen, et celui du génome de Listeria innocua, espèce très voisine et non pathogène.
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Février 2009

L'Institut Pasteur est une fondation privée à but non lucratif dédiée à la recherche biomédicale, à la santé publique et à l'enseignement. Près de 2600 personnes travaillent sur son campus à Paris, où une grande partie des recherches est axée sur les maladies infectieuses. Son budget dépend de la générosité du public : pour aider la recherche à l'Institut Pasteur, consultez nos pages "dons et legs".