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La Fièvre jaune

La fièvre jaune est une maladie virale qui fut décrite pour la première fois au milieu du XII°s au Yucatán (Mexique). Elle est due à un arbovirus (virus transmis par un arthropode vecteur), le virus amaril, qui a été isolé en 1927 simultanément au Ghana et au Sénégal, à l'Institut Pasteur de Dakar. Ce virus est transmis à l'homme par des moustiques du genre Aedes. Le virus amaril infecte également des singes en forêt où persiste un cycle moustique-singe-moustique (cycle selvatique) dans lequel l'homme n'est qu'un intrus. La fièvre jaune serait donc avant tout une zoonose, qui existait peut être depuis des milliers d'années et qui a été transmise à l'homme lorsque celui-ci s'est aventuré en forêt tropicale.

Epidémiologie

De larges épidémies affectèrent l’Amérique tropicale aux XVII, XVIII et XIX°s et en firent la "maladie la plus redoutée des Amériques".
Aujourd’hui, la maladie sévit dans les régions intertropicales d’Amérique et d’Afrique. Mystérieusement, elle n’est jamais parvenue en Asie. Elle avait presque disparu d’Amérique du Sud dans la première moitié de ce siècle, mais avec le retour en force des moustiques vecteurs, une résurgence de l’infection est observée (Colombie en 2003...). Quant à l’Afrique, c’est de loin le continent le plus touché, avec 95% des cas recensés dans le monde et, d’après l’O.M.S., 200 000 cas et 30 000 décès par an. La fréquence des épidémies et des cas isolés a régulièrement augmenté au cours de ces dernières années comme principalement au Mali et au Soudan en 2005. Autrefois limitées à la savane et en bordure de forêt, les épidémies africaines gagnent les cités en expansion qui procurent aux moustiques de nouveaux gîtes (vieux pneus ou bidons pleins d’eau) (épidémie à Abidjan en Côte d’Ivoire en 2001 et 2008).

La circulation du virus de la fièvre jaune en Afrique a fait l’objet d’études longitudinales associant les Instituts Pasteur de Dakar, Abidjan et Bangui et les entomologistes de l’Institut de Recherche en Développement. Différentes espèces de moustiques, Aedes en Afrique et Haemagogus janthinomys en Amérique du Sud, transmettent le virus amaril à des singes. Contrairement aux singes d’Afrique, les singes du Nouveau Monde sont très sensibles à l’infection avec une mortalité importante. Le virus persiste dans ces cycles forestiers (cycles selvatiques) moustique-singe-moustique dans lesquels l’homme n’est qu’un intrus. La fièvre jaune est une zoonose, probablement très ancienne et qui a été transmise à l’homme lorsque celui-ci s’est aventuré en forêt tropicale. Le moustique à l’origine des épidémies urbaines est Aedes aegypti. C’est aussi le vecteur de la dengue, autre arbovirose en pleine extension à travers le monde. Certains experts pensent même que le réchauffement de la planète pourrait accélérer l’implantation de vecteurs compétents dans l’hémisphère nord où l’expansion y est déjà favorisée par les échanges commerciaux. .

La fièvre jaune est aussi une maladie d’importation, des touristes non vaccinés pouvant s’infecter en zone d’endémie. Plusieurs cas mortels ont été observés récemment comme 1999 en Allemagne et aux Etats-Unis et en 2001 en Belgique, respectivement de retour de Côte d’Ivoire, Venezuela et Gambie.

 

Symptômes et traitement

Après une incubation d’une semaine, la maladie débute typiquement avec fièvre, frissons, douleurs musculaires, maux de tête. Elle évoque alors une grippe, une dengue ou un paludisme. Dans les formes graves, au bout de trois jours, une rémission passagère précède l’apparition d’un syndrome hémorragique avec vomissement de sang noirâtre (vomito negro), d’un ictère qui donne son nom à la maladie et de troubles rénaux (albuminurie). La mort survient alors dans 50 à 80% des cas, après une phase de délire, de convulsions, et un coma. Toutes les formes curables laissent après elles une immunité à vie.
Il n’existe aucun traitement spécifique contre la fièvre jaune. Le repos au lit, l’administration d’antipyrétiques, d’antalgiques, d’antiémétiques et la réhydratation sont les seuls armes pour combattre la maladie.

 

Vaccin

Dès 1932, la vaccination était rendue possible par des chercheurs de l’Institut Pasteur de Dakar, à l’aide d’une souche vivante atténuée baptisée "souche française neurotrope". Thermostable, administrable par scarification, ce vaccin a permis de faire disparaître la fièvre jaune épidémique en Afrique francophone. Mais il pouvait entraîner des réactions neuroméningées : il ne fut plus utilisé chez l’enfant de moins de 10 ans à partir de 1960 et sa production à l’Institut Pasteur de Dakar a été arrêtée en 1982.
En 1937, un deuxième vaccin (souche 17D), préparé à partir de virus atténué, était mis au point à l’Institut Rockfeller aux Etats-Unis. Son efficacité et son innocuité, progressivement améliorées, en font un des meilleurs vaccins viraux actuels. Ce vaccin avait cependant l’inconvénient de s’inactiver à la chaleur, ce qui nécessitait le maintien d’une chaîne du froid, difficilement réalisable dans les pays concernés par la fièvre jaune. L’équipe du Pr Michel Barme à l’Institut Pasteur à Paris a permis de rendre ce vaccin thermostable il y a une vingtaine d’année. C’est ce vaccin thermostable qui est aujourd’hui notamment produit à l’Institut Pasteur de Dakar. Ce laboratoire est agréé par l’Organisation Mondiale de la Santé pour fournir le vaccin fièvre jaune aux programmes élargis de vaccination en Afrique. D’autres fabricants existent en Europe et en Amérique.
La réglementation internationale considère que la vaccination anti-amarile (une seule injection) est efficace pendant 10 ans. La liste des centres régionaux de vaccination est disponible sur le site : www.splf.org/rmr/depotElectronique/centres.pdf.

Nouvelles applications du virus amaril 17 D : de nouvelles approches en génie génétique utilisent le vaccin amaril 17 D comme un modèle de vaccin chimérique en substituant les gènes codant des protéines induisant l’immunité pour la fièvre jaune par d’autres gènes similaires pour des virus proches comme la dengue, l’encéphalite japonaise ou le virus West Nile pour lesquels il n’existe pas de vaccin vivant atténué efficace.

 

A l'Institut Pasteur

Le Centre National de Référence des Arbovirus, dirigé par Philippe Desprès à l’Institut Pasteur de Paris, est chargé de la surveillance et de l’étude de divers virus dont celui de la fièvre jaune. Un test de RT-PCR permettant de différencier d’emblée l’origine géographique du virus vient d’être mis au point au laboratoire. Le virus fait aussi l’objet de travaux de recherche au sein du Réseau International des Instituts Pasteur, et particulièrement à l’Institut Pasteur de Dakar, Sénégal.
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Novembre 2008

 

L'Institut Pasteur est une fondation privée à but non lucratif dédiée à la recherche biomédicale, à la santé publique et à l'enseignement. Près de 2600 personnes travaillent sur son campus à Paris, où une grande partie des recherches est axée sur les maladies infectieuses. Son budget dépend de la générosité du public : pour aider la recherche à l'Institut Pasteur, consultez nos pages "dons et legs".