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Autobiographie de Jacques Monod |
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Venu à Paris en 1928 pour commencer mes études supérieures, je m'inscrivis à la Faculté pour une licence de "Sciences Naturelles", ignorant - je ne l'ai su que plus tard - que cet enseignement était alors en retard de près de vingt ans ou plus sur la science biologique contemporaine. C'est à des aînés de quelques années, plus qu'à des professeurs, que je dus ma véritable initiation à la Biologie : à Georges Teissier, le goût des descriptions quantitatives ; à André Lwoff, l'initiation aux pouvoirs de la Microbiologie ; à Boris Ephrussi, la découverte de la Génétique physiologique ; à Louis Rapkine, l'idée que seules les descriptions chimiques et moléculaires du fonctionnement des êtres vivants peuvent en donner une interprétation complète. Assistant à la Faculté des Sciences en 1934, boursier Rockefeller au California Institute of Technology en 1936, je devais, après la libération, entrer à l'Institut Pasteur comme Chef de laboratoire dans le service de Lwoff. La direction du service de Biochimie cellulaire m'était donnée en 1954. En 1959, j'étais nommé Professeur de Chimie du Métabolisme à la Sorbonne. En 1938, j'avais épousé Odette Bruhl, aujourd'hui conservateur au Musée Guimet. Archéologue, orientaliste, et douée du goût le plus sensible et le plus sûr, ma femme m'apportait en dot l'enrichissement d'une culture complémentaire de la mienne. Nous avons eu deux fils, Olivier et Philippe, jumeaux. Je n'ai rien fait pour les convaincre de devenir, eux aussi, des hommes de science, mais beaucoup au contraire pour les persuader que le royaume de la connaissance et des idées ne se limite pas au contenu actuel du mot "science". Ils sont cependant l'un et l'autre devenus des scientifiques: l'un géologue, l'autre physicien. Ces deux fils nous ont apporté ce qui nous manquait, deux filles, je veux dire deux belles-filles et même une petite-fille qui porte un joli nom: elle s'appelle Claire.
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Autobiographie de Jacques Monod, destinée à l'ouvrage Les prix Nobel en 1965.
MON. Bio. 18, Dossier n° 6.1
