Virginie SUPERVIE

Epidémie cachée du VIH : Que peut-on apprendre des modèles mathématiques ?

Abstract: Comme l’infection à VIH reste généralement silencieuse pendant de longues années, beaucoup de personnes infectées ignorent leur séropositivité et sont diagnostiquées tardivement. Connaître le nombre et les caractéristiques des personnes infectées ignorant leur séropositivité (i.e. l’épidémie cachée) sont des données essentielles pour mettre en place des stratégies de dépistage, prévoir et planifier les ressources nécessaires à la prise en charge des patients et mesurer la quantité de virus qui circule dans la population. Il n’est pas possible d’observer directement l’épidémie cachée du VIH, c’est pourquoi on a recours aux modèles statistiques pour apporter des informations sur la taille de l’épidémie cachée. 
     Nous avons récemment développé un nouveau modèle de rétrocalcul permettant d’estimer l’incidence du VIH et la distribution des délais entre l’infection et le diagnostic à partir des données sur les nouveaux diagnostics VIH issues de la déclaration obligatoire du VIH. Ce nouveau modèle nécessite d’apporter de l’information sur la distribution des délais entre l’infection et le diagnostic VIH, ce qui peut être fait en utilisant les données sur le stade clinique au diagnostic VIH. Puis nous avons projeté le devenir des personnes nouvellement infectées en utilisant la distribution des délais entre l’infection et le diagnostic pour déterminer le nombre de personnes infectées ignorant leur séropositivité en 2010. Des données sur le déclin des CD4 ont également été utilisées pour déterminer le taux de CD4 des personnes ignorant leur séropositivité.
     À partir du nouveau modèle de rétrocalcul, nous avons estimé que 28800 (intervalle de confiance à 95% (IC): 19100-36700) personnes ignoraient leur séropositivité fin 2010 en France, soit 20% des personnes qui vivent avec le VIH. Parmi eux, 9000 (IC: 7700-10100) étaient des hommes qui ont des rapports sexuels avec des hommes, 9500 (IC: 6600-12300) des hétérosexuels nés à l’étranger, 9800 (IC: 5200-13500) des hétérosexuels français et 500 (IC: 100-800) des usagers de drogues injectables. Parmi les personnes qui ignoraient leur séropositivité, 59% avaient des CD4 inférieur à 500 CD4/mm3, donc étaient éligibles pour recevoir un traitement antirétroviral. Ces estimations permettront de guider la mise en place de nouvelles stratégies de dépistage.

Mis à jour le 06/02/2014

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