Nouveau coronavirus : le rôle de l’Institut Pasteur

Dans le cadre de sa mission de surveillance des virus grippaux et respiratoires sur le territoire français, l’Institut Pasteur a mobilisé ses équipes, via le Centre national de référence des virus Influenzae (grippe) et la Cellule d’intervention biologique d’urgence, pour identifier et confirmer les suspicions d’infection respiratoires aigües liées au nouveau coronavirus (MERS-CoV). Le travail concerté de ces deux laboratoires permet à l’Institut Pasteur de répondre 24h sur 24 et 7 jours sur 7 à la demande des autorités sanitaires, qui doivent faire face à un virus jusque-là inconnu. Vincent Enouf, responsable adjoint du Centre national de référence (CNR) des virus Influenzae  apporte quelques éclairages sur cette mission.

 

La France compte aujourd’hui deux cas d’infection respiratoire aigüe liée à ce nouveau coronavirus (nCoV). L’Institut national de Veille Sanitaire (InVS) a sollicité votre aide pour identifier de façon certaine la présence de MERS-CoV chez ces patients. Pourquoi faire appel à l’Institut Pasteur ?
« En tant que Centre national de référence sur les virus Influenzae (CNR), nous possédons l’expertise et les moyens nécessaires à la détection et à la surveillance épidémiologique sur le territoire français des virus respiratoires. Cela inclut des virus connus comme celui de la grippe ou plus rares, voire émergents comme ce nouveau coronavirus.

 

Dès l’apparition des premiers cas en avril 2012 au Moyen-Orient, le CNR s’est intéressé au MERS-CoV. Une équipe hollandaise spécialiste des coronavirus avait alors pu établir qu’il s’agissait d’un virus de type nouveau et avait caractérisé les séquences spécifiques de son génome. A l’aide de ces séquences spécifiques d’ADN, nous avons pu synthétiser dès septembre 2012, les outils génétiques qui allaient nous permettre de détecter ce nouveau virus si jamais des cas suspects se déclaraient en France. »

Comment se passent les échanges avec les autorités sanitaires ? Les hôpitaux vous envoient-ils systématiquement tous les cas suspects de MERS-CoV ?
« Le CNR travaille en relation très étroite avec les autorités sanitaires et les hôpitaux, selon un protocole bien établi afin d’éviter les débordements et les fausses pistes. En effet, les échantillons reçus au CNR ont d’abord fait l’objet d’une enquête épidémiologique préliminaire de la part de l’InVS. Contacté par le praticien hospitalier qui a le patient en charge, l’InVS donne son accord si l’état du malade répond à une grille précise de symptômes. Le médecin réalise alors des prélèvements respiratoires, de sang et de selles et les fait parvenir au CNR.

En quoi la coordination sur ce projet est-elle primordiale ?
L’atout majeur de l’Institut Pasteur sur ce type de mission est sa réactivité : si le CNR ne peut se charger de l’identification, la Cellule d’intervention biologique d’urgence (Cibu) peut prendre le relais, d’où une coordination efficace entre nos équipes de jour comme de nuit. Pour pouvoir fournir un résultat au plus vite, dans des conditions humaines et environnementales sécurisées, il faut que les équipes de chercheurs, au minimum 3 personnes, soient opérationnelles dès l’arrivée des échantillons. Nous sommes donc en lien avec toutes les parties prenantes, avant l’envoi des prélèvements, pendant leur transport, à leur arrivée, et bien entendu, une fois les tests réalisés. Une fois l’échantillon réceptionné, il nous faut quelques heures pour obtenir un résultat.

Mais votre travail ne s’arrête pas là ?
Non, en effet. Très peu de choses sont connues sur ce virus (voir encadré plus bas), beaucoup d’études sont donc à entreprendre pour pallier ces méconnaissances. De notre côté, nous nous attachons à mettre au point des techniques et des tests permettant notamment de mieux comprendre le mode de diffusion du virus, son degré de contagiosité ou de définir le profil des personnes les plus susceptibles d’être atteintes. Dans le but, de toujours apporter le maximum de réponses aux autorités qui prendront alors les décisions sanitaires qui s’imposent.
 

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Illustration -  Copyright Institut Pasteur
Légende - Le coronavirus, agent du SRAS (syndrome respiratoire aigu sévère) est représenté ici. Le MERS-CoV appartient à la même famille que ce dernier.

 

Pour aller plus loin

> Interviewé par le site MyScienceNews, Jean-Claude Manuguerra, responsable de la Cibu, revient sur le fonctionnement de la Cibu quand un agent inconnu émerge (cette page est proposée uniquement en anglais).
http://www.mysciencework.com/en/MyScienceNews/10064/video-pasteur-s-lab-for-urgent-response-to-biological-threats

 

> A l'occasion d'un épisode de notre série Ils font avancer la recherche réalisé en partenariat avec Sup'Biotech, Vincent Enouf expliquait le travail quotidien du CNR sur le virus de la grippe.
http://youtu.be/US8SdMCJ4p8

 

Qu’est-ce que le nouveau coronavirus ?

 

Le nouveau coronavirus (MERS-CoV) est un virus respiratoire appartenant à la famille des Coronaviridae. Pour cette raison, il a pendant quelques temps été assimilé au Sras (Syndrome respiratoire aigu sévère) qui a sévi en 2003.

 

L’infection par le MERS-CoV peut conduire à des manifestations bénignes comme de simples rhumes ou à des symptômes beaucoup plus graves tels que des infections respiratoires aigües à l’issue fatale. Il touche principalement les personnes déjà fragilisées par des maladies chroniques ou immunodéprimées. Jamais décrit chez l’homme, le MERS-CoV est aujourd’hui considéré comme un virus émergent.

 

Le premier cas confirmé remonte à avril 2012 en Jordanie. Depuis, 38 cas d’infection par le MERS-CoV ont été recensés, 20 d’entre eux sont aujourd’hui décédés. Tous ont effectué un passage par le Moyen-Orient ou ont été en contact avec des personnes ayant voyagé dans cette zone géographique.

 

Le réservoir animal n’a pas encore été identifié : le MERS-CoV dérive probablement d’un coronavirus animal détecté chez la chauve-souris qui aurait réussi à franchir la barrière d’espèce. Avant d’atteindre l’homme, il a certainement transité par un autre animal plus au contact de ce dernier jouant le rôle d'intermédiaire. Son mode de diffusion est lui aussi mal connu, il s’agit d’un virus respiratoire et entérique, les voies de propagation respiratoires et féco-orales sont donc surveillées de près.
 

Mis à jour le 08/07/2013