Tuberculose : le bacille se réfugie dans les cellules adipeuses

Une équipe de l'Institut Pasteur vient de montrer comment le bacille de la tuberculose est capable de se réfugier à l'abri de toute attaque dans les cellules graisseuses de l'organisme. Protégé dans ces cellules, même des antibiotiques les plus puissants, le redoutable pathogène est susceptible de rester en dormance, gardant le potentiel de se réveiller, même de nombreuses années plus tard. Cette découverte, publiée dans PLoS ONE, jette un nouveau regard sur les stratégies de lutte contre la tuberculose. Une éradication complète du bacille de l'organisme infecté devrait donc prendre en compte l'existence de ces cellules réservoir.

 

 

Communiqué de presse
Paris, le 18 décembre 2006

 

 

Le bacille responsable de la tuberculose est capable de se cacher à l’état dormant dans des cellules adipeuses réparties un peu partout dans l’organisme. Protégé dans cet environnement cellulaire auquel les défenses immunitaires naturelles ont peu accès, Mycobacterium tuberculosis s’y avère également insensible à l’action de l’isoniazide, un des principaux antibiotiques utilisés dans le monde pour le traitement de la maladie. Ces résultats ont été obtenus par Olivier Neyrolles* et ses collaborateurs à l’Institut Pasteur, dans l’Unité de Génétique mycobactérienne, dirigée par Brigitte Gicquel, et en collaboration avec Paul Fornès, anatomo-pathologiste à l’Hôpital Européen Georges Pompidou. Ils soulèvent des questions importantes pour la lutte contre la tuberculose.

La tuberculose tue près de 2 millions de personnes chaque année dans le monde et cette maladie est considérée par l’Organisation Mondiale de la Santé comme une urgence sanitaire au niveau planétaire. Pourtant, le bacille est beaucoup plus présent dans la population mondiale que ces simples statistiques le laissent penser car seules 5 à 10% des personnes infectées développent une tuberculose. Le bacille peut être présent dans une partie importante de la population et rester dans l’organisme à l’état "dormant", parfois pendant des années, pouvant se "réveiller" à tout moment. Ce risque est particulièrement important chez les personnes immunodéprimées et notamment chez les malades du sida : le virus VIH et le bacille de Koch forment en effet une association redoutable, chacun de ces deux agents infectieux favorisant la progression de l’autre.

Les chercheurs ont montré dans un premier temps, sur des cultures de cellules et de tissus, le rôle réservoir des cellules adipeuses pour Mycobacterium tuberculosis, et sa résistance par ce biais à l’isoniazide. Ils ont ensuite vérifié la présence du pathogène dans des cellules adipeuses chez l’homme. Pour cela, ils ont recherché des traces du patrimoine génétique du bacille sur des prélèvements de personnes considérées comme indemnes de la tuberculose. Les analyses ont été faites chez des personnes décédées au Mexique, où la tuberculose est endémique, et à Paris, dans des quartiers où la tuberculose est peu présente. La présence de la bactérie dans divers tissus adipeux a été démontrée chez près d’un quart de ces personnes qui étaient considérées comme « naïves » pour cette maladie, que ce soit au Mexique ou en France.

L’ensemble de ces résultats prouve que le bacille responsable de la tuberculose est capable de rester à l’abri dans le tissu adipeux d’un organisme, là où personne ne peut soupçonner sa présence.

Ces travaux ont des incidences multiples sur les questions de prévention de la maladie. Ils permettent de comprendre comment, de nombreuses années après avoir subi un test tuberculinique positif, des personnes ne présentant plus aucune trace du microbe dans les poumons sont susceptibles de re-déclencher une tuberculose, sous une forme ou une autre s’attaquant aussi bien aux poumons, qu’aux os ou à l’appareil génital. Ils suggèrent aussi que le traitement à l’isoniazide qui est prescrit à titre préventif, par exemple pour l’entourage des malades, pourrait dans certains cas ne pas suffire à protéger de la maladie. Ce point est particulièrement important pour les personnes immunodéprimées ou atteintes du sida pour lesquelles une double infection avec le bacille de la tuberculose a des conséquences dramatiques.

Ces travaux soulignent l’importance de la recherche de nouvelles armes thérapeutiques ciblées, comme de nouveaux antibiotiques : il faudra que celles-ci soient capables d’atteindre le bacille dormant, jusque-là ignoré, dans les cellules adipeuses.

* Olivier Neyrolles appartient à l’URA 2172 du CNRS,

Pour en savoir plus sur la tuberculose, lire notre fiche de documentation

Sources

« Is adipose tissue a place for Mycobacterium tuberculosis persistence?» PLoS One, 20 décembre 2006
Olivier Neyrolles (1,2), Rogelio Hernández-Pando (3) France Pietri-Rouxel (4), Paul Fornès (5), Ludovic Tailleux (1), Jorge Alberto Barrios Payán (3), Elisabeth Pivert (1), Yann Bordat (1), Diane Aguilar (3), Marie-Christine Prévost (6), Caroline Petit (4) & Brigitte Gicquel (1).

1. Unité de Génétique Mycobactérienne, Institut Pasteur, Paris
2. CNRS, URA 2172, Institut Pasteur, Paris
3. Département de Pathologie, Instituto Nacional de Ciencias Medicas y Nutricion, Tlaplan, Mexico
4. Département des Maladies Infectieuses, Institut Cochin, Paris
5. Département d’Anatomo-pathologie, Hôpital Européen Georges Pompidou, AP-HP, Paris
6. Laboratoire de Microscopie Electronique, Institut Pasteur, Paris

Contact presse

Nadine Peyrolo ou Bruno Baron- Tél : 01 44 38 91 30- bbaron@pasteur.fr