Neuropaludisme : vers un test pronostique ?

Des chercheurs de l'Institut Pasteur et du CNRS, en collaboration avec des cliniciens au Gabon, viennent de mener une étude sur le neuropaludisme chez des enfants en zone d'endémie. Ces travaux, aujourd'hui publiés dans la revue PLoS ONE, devraient permettre de mieux comprendre cette forme sévère de paludisme qui touche, selon les faciès épidémiologiques, 20% à 40% des personnes infectées par le parasite Plasmodium falciparum développant une forme grave de la maladie et qui est mortelle dans 30 à 50% des cas en milieu hospitalier. Ils offrent également une piste pour la mise au point d'un test pronostique qui devrait permettre une meilleure prise en charge des malades.

 

 

Communiqué de presse
Paris, le 25 avril 2007

 

 

Le neuropaludisme se manifeste par une forte fièvre, des convulsions suivies d’un coma. Le taux élevé de mortalité de cette forme de paludisme est aussi lié à un problème de prise en charge, les malades arrivant souvent à l’hôpital trop tard malgré la disponibilité d’un traitement efficace. Disposer de tests prédictifs serait donc utile pour améliorer cette prise en charge.

C’est l’espoir soulevé par l’étude menée par l’équipe de Sylviane Pied, chercheur au CNRS et responsable du groupe d’Immunophysiologie du paludisme* à l’Institut Pasteur, en collaboration avec celle de Maryvonne Kombila à l’université des Sciences de la Santé de Libreville, et avec le Centre hospitalier de Libreville et l’hôpital pédiatrique d’Owendo (Gabon).

* Travail réalisé dans l’unité d’Immunophysiopathologie infectieuse (CNRS URA 1961) dirigée par Pierre-André Cazenave

Cette étude s’est concentrée sur un phénomène immunologique particulier survenant chez les personnes infectées par Plasmodium falciparum. Les lymphocytes B, principales cellules productrices d’anticorps, se mettent à sécréter de manière accrue toute une gamme d’anticorps, et notamment des anticorps dirigés contre différents composants de l’organisme (l’ADN, les globules rouges, etc.). A ce jour, on ne sait toujours pas si ces "auto-anticorps" sont la conséquence des mécanismes pathologiques associés à l’infection ou s’ils contribuent aux événements conduisant aux formes sévères de la maladie.

Les équipes françaises et gabonaises ont cherché à savoir si certains de ces auto-anticorps étaient dirigés contre des molécules du cerveau.

Pour cela, elles ont travaillé sur des prélèvements sanguins de quelque 350 enfants âgés de 6 mois à 5 ans ayant été suivis dans des hôpitaux gabonais. La cohorte a été répartie en cinq groupes : des sujets contrôles (sans parasites dans le sang), des sujets asymptomatiques, des sujets développant un paludisme simple, des sujets
souffrant d’un paludisme grave non neuropaludique (anémie sévère notamment) et enfin des sujets souffrant d’atteintes neurologiques.

Les résultats de l’étude montrent que chez 90% des enfants atteints de neuropaludisme des anticorps reconnaissent spécifiquement une protéine du cerveau, l’alpha-spectrine cérébrale.

"Notre espoir aujourd’hui est que cette découverte puisse permettre la mise au point d’un test pronostique du neuropaludisme", explique Sylviane Pied. "Notre hypothèse est que la production des auto-anticorps contre l’alpha-spectrine prédisposerait au développement du neuropaludisme et nos recherches actuelles visent à la vérifier."

"Si, sur le terrain, on disposait d’un test permettant de dire qu’une personne est susceptible de développer un neuropaludisme, cela permettrait d’améliorer considérablement sa prise en charge." ajoute Sylviane Pied.

Cette étude ouvre aussi un pan de recherche nouveau sur le neuropaludisme : il reste en effet à comprendre le rôle des auto-anticorps dirigés contre des antigènes cérébraux dans le développement de la maladie.

Ce travail a reçu le soutien du programme PAL+ du ministère de la Recherche et de la Génopole de l’Institut Pasteur.

Sources

"Self-reactivities to the non-erythroid alpha spectrin correlate with cerebral malaria in Gabonese children" : PLoS ONE, 25 avril 2007
Guiyedi Vincent (1-2), Chanseaud Youri (1-3), Fesel Constantin (3), Snounou Georges (4), Rousselle Jean-Claude (5), Lim Pharat (1), Koko Jean (6), Namane Abdelkader (5), Cazenave Pierre-André (1), Kombila Maryvonne (2), et Pied Sylviane (1-3)

1. Unité d’Immunophysiopathologie Infectieuse, Institut Pasteur - URA CNRS 1961, Université Pierre et Marie Curie, Paris
2. Département de Parasitologie-Mycologie-Médecine Tropicale, Faculté de Médecine, Université des Sciences de la Santé de Libreville, gabo
3. Instituto Gulbenkian de Ciëncia, Oeiras, Portugal
4. Parasitologie comparée et Modèles expérimentaux, Département Ecologie et gestion de la Biodiversité, Muséum d’Histoire Naturelle, Paris
5. Plate-forme de Protéomique, Pasteur Génopole, Institut Pasteur, Paris
6. Hôpital Pédiatrique d’Owendo, Libreville, Gabon

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