Le cinquième rétrovirus humain découvert à l'Institut Pasteur

Après HTLV-1, premier rétrovirus humain à avoir été isolé en 1980 aux Etats-Unis, puis HTLV-2, découvert en 1982, et enfin HIV-1 et HIV-2, responsables du sida, isolés à l'Institut Pasteur en 1983 et 1985, un cinquième rétrovirus humain, HTLV-3, vient d'être découvert par des chercheurs de l'Institut Pasteur. Son équivalent simien était connu depuis une dizaine d'années et les scientifiques recherchaient depuis ce virus chez l'homme. Si cette découverte, publiée dans Retrovirology, met fin à une quête scientifique de longue haleine, tout reste à découvrir du virus HTLV-3, en particulier son association potentielle à une maladie chez l'homme.

 

 

Communiqué de presse
Paris, le 12 mai 2005

 

 

HTLV-1 est le premier rétrovirus humain à avoir été découvert : on sait aujourd’hui que quinze à vingt millions de personnes sont infectées dans le monde. Mais seul 5 à 10% d’entre elles risquent notamment de développer une maladie associée très sévère, la leucémie/lymphome T de l’adulte qui a donné son nom au virus (Human T cell Leukemia/lymphoma Virus) ou une neuromyélopathie chronique appelée "paraparésie spastique tropicale".

Depuis, un deuxième virus HTLV (HTLV-2) a été isolé chez l’homme. Les équivalents simiens de ces rétrovirus ont été très étudiés, et trois groupes de virus " STLV " (S pour Simian) sont connus chez les singes : STLV-1 parmi lesquels les ancêtres du HTLV-1, STLV-2, proche du HTLV-2, et STLV-3 dont aucun équivalent humain n’était jusqu’alors connu.

Depuis quelques années, de nombreux virus du groupe STLV-3 ont été découverts chez des singes dans différents pays d’Afrique de l’Est, Centrale ou de l’Ouest, et dans des environnements très divers, de la savane aux forêts. Cette distribution vaste et variée suggérait la présence probable d’un virus équivalent chez l’homme.

L’équipe d’Antoine Gessain, chef de l’unité d’Epidémiologie et physiopathologie des virus oncogènes à l’Institut Pasteur, spécialisée dans l’étude des rétrovirus HTLV-1 et 2, et dans les transmissions inter-espèces, a donc recherché activement, au cours d’études épidémiologiques menées principalement en Afrique sur ces deux virus, la présence éventuelle d’un troisième virus apparenté. Un exercice techniquement difficile puisqu’il n’existe évidemment pas d’outils de détection spécifiques d’un virus inconnu. Les chercheurs de l’Institut Pasteur, en collaboration avec Alain Froment, médecin-anthropologue de l’IRD, ont finalement pu détecter et caractériser partiellement au niveau moléculaire le virus HTLV-3 à partir d’un prélèvement sanguin d’un habitant d’Afrique Centrale, et suggèrent que " HTLV-3 pourrait être répandu à travers le continent africain ".

Tout reste à découvrir sur ce nouveau rétrovirus humain : sa distribution, ses modes de transmission, ses caractéristiques moléculaires et son éventuelle association avec une maladie. " Au vu des pathologies majeures provoquées par la plupart des autres rétrovirus humains, il paraît aujourd’hui important de mener des investigations sur HTLV-3 et de mesurer son possible impact sur la santé humaine", souligne Antoine Gessain.

Sources

" Discovery of a new human T-cell lymphotropic virus (HTLV-3) in Central Africa ". Retrovirology, 9 mai 2005.
Sara Calattini (1), Sébastien Alain Chevalier (1), Renan Duprez (1), Sylviane Bassot (1), Alain Froment (2), Renaud Mahieux (1), Antoine Gessain (1)

1 Unité d’Epidémiologie et Physiopathologie des Virus Oncogènes, Institut Pasteur, Paris
2 Laboratoire ERMES, IRD (Institut de Recherche pour le Développement), Orléans

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