La rage en Afrique : des origines à la lutte actuelle

L'Afrique est aujourd'hui le deuxième continent le plus touché par la rage, après l'Asie. Une étude menée par des chercheurs de l'Institut Pasteur vient de retracer les origines et l'évolution de la maladie en Afrique de l'Ouest et du Centre, et montre notamment que l'apparition des virus rabiques coïncide avec le début de la colonisation européenne. Au-delà de son intérêt historique, ce travail apporte également des données importantes pour l'avenir de la lutte contre la rage dans cette région du monde.

 

 

Communiqué de presse
Paris, le 31 mars 2009

 

 

Malgré l’existence de vaccins efficaces, chaque année en Afrique, 24 000 personnes décèdent de la rage. L’infection sur ce continent est essentiellement transmise par des chiens.

L’unité Dynamique des lyssavirus et adaptation à l’hôte de l’Institut Pasteur à Paris, dirigée par Hervé Bourhy, a cherché à comprendre la dynamique évolutive des virus de la rage canine en Afrique de l’Ouest et du Centre. L’étude, menée par Chiraz Talbi et Hervé Bourhy, a été réalisée en collaboration avec des équipes américaine, italienne, africaines (Burkina Faso, Côte d’Ivoire, Mali, Mauritanie, Niger, République Centrafricaine) et les Instituts Pasteur de Dakar et de Bangui.

Les chercheurs ont analysé 182 isolats de virus rabiques recueillis dans 27 pays africains pendant 29 ans, dont 92 ont été nouvellement récoltés et séquencés.

Leur étude génétique a montré que les virus rabiques circulant dans cette région du monde appartiennent à une même lignée nommée « Africa 2 ». L’étude phylogénétique de cette lignée suggère que les virus rabiques auraient disséminé d’est en ouest à travers l’Afrique. Les analyses montrent de plus que leur apparition dans la région d’Afrique étudiée serait relativement récente – moins de 200 ans (la date moyenne d’apparition de la lignée « Africa 2 » dans l’étude est 1845). Cette période correspond à l’expansion de la colonisation européenne et de l’urbanisation.

D’après l’évolution des isolats viraux observée par les chercheurs, cette introduction aurait probablement eu lieu en Afrique centrale. Ces virus se seraient ensuite progressivement répandus vers l’ouest et le sud-ouest, au gré de l’intensification des voyages et du commerce entre les différents pays, suite à la colonisation, durant la première moitié du XXème siècle. L’urbanisation parallèle a probablement aussi facilité la dissémination et le maintien de la rage canine dans cette région.

L’analyse phylogénétique détaillée montre que la lignée « Africa 2 » s’est répandue graduellement – probablement en plus d’un siècle - vers l’Afrique de l’Ouest et centrale. Ceci vient contredire une théorie émise par d’autres auteurs en 2007, selon laquelle les virus rabiques pourraient se répandre rapidement en Afrique depuis des régions endémiques, via des chiens « superdisséminateurs » capables de transmettre la rage sur de vastes territoires.

Cette étude sur le passé des virus de la rage canine dans cette région d’Afrique fait aussi naître une lueur d’espoir pour l’avenir.

« Notre étude peut être utile à l’élaboration d’une stratégie efficace pour le contrôle et l’élimination de la rage canine en Afrique de l’Ouest et Centrale », soulignent les auteurs.

En effet, les chercheurs ont démontré pour la première fois deux éléments de première importance pour la lutte contre la rage dans cette région du monde : d’une part, il n’y a pas de dissémination des virus rabiques entre les pays d’Afrique du Nord et ceux de la région sub-saharienne; d’autre part, les échanges de virus entre Afrique occidentale et centrale sont limités.

« Dès lors, une stratégie progressive visant à éliminer la rage en Afrique de l’Ouest et du Centre est tout a fait envisageable », conclut Hervé Bourhy.

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 Ce travail a été effectué dans le cadre d’un programme européen de recherche dénommé RABMEDCONTROL (http://www.rabmedcontrol.org/).

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Source

« Evolutionary history and dynamics of dog rabies virus in western and central Africa » Journal of General Virology, avril 2009.
Chiraz Talbi (1), Edward C. Holmes (2), Paola de Benedictis (3), Ousmane Faye (4), Emmanuel Nakouné (5), Djibo Gamatié (6), Abass Diarra (7), Bezeid Ould Elmamy (8), Adama Sow (9), Edgard Valery Adjogoua (10), Oumou Sangare (7), William G. Dundon (3), Ilaria Capua (3), Amadou A. Sall (4) and Hervé Bourhy (1)

1.Institut Pasteur, UPRE Dynamique des lyssavirus et adaptation à l’hôte, Centre National de Référence de la Rage, Centre Collaborateur OMS de Référence et de Recherche sur la rage, Paris, France 2. Center for Infectious Disease Dynamics, Department of Biology, The Pennsylvania State University, Mueller Laboratory, University Park, USA 3. Instituto Zooprofilattico Sperimentale delle Venezie, Département Recherche et Développement, Unité de la Rage, Padoue, Italie 4. Institut Pasteur de Dakar, Laboratoire Arbovirologie, Dakar, Sénégal 5. Institut Pasteur de Bangui, Laboratoire des Arbovirus et Fièvres Hémorragiques Virales, Bangui, République Centrafricaine 6. Direction des Laboratoires Vétérinaires, Niamey, Niger 7. Laboratoire Central Vétérinaire, Bamako, Mali 8. Centre National d’Elevage et de Recherche Vétérinaires, Nouakchott, Mauritanie 9. Departement de Virologie, Laboratoire National d’Elevage, Ouagadougou, Burkina Faso 10. Institut Pasteur de Côte d’Ivoire, Unité des Virus du Système Nerveux, Département des Virus Epidémiques, Abidjan, Côte d’Ivoire

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