Des chercheurs sonnent l'alarme

La multirésistance aux antibiotiques pourrait-elle se répandre chez le bacille de la peste ? L'étude d'un fragment d'ADN mobile conférant à Yersinia pestis la résistance à de nombreux antibiotiques a montré que des éléments similaires étaient présents chez des bactéries retrouvées dans les produits alimentaires ces dernières années aux Etats-Unis, ce qui suscite des craintes chez les chercheurs de l'Institut Pasteur et de TIGR (USA). Leur travail est publié dans PLoS ONE.

 

 

Communiqué de presse
Paris, le 20mars 2007

 

 

la multirésistance du bacille de la peste aux antibiotiques pourrait s'étendre…

La capacité à résister à de nombreux antibiotiques utilisés contre la peste n’a pour l’instant été observée que chez une seule souche qui avait été isolée d’un patient à Madagascar en 1995 et caractérisée par des chercheurs de l’Institut Pasteur. "Ces résultats sont d’autant plus alarmants que cette résistance multiple aux antibiotiques a émergé chez une des espèces bactériennes les plus pathogènes pour l’homme et que les chances de survie du malade sont directement liées à la rapidité de mise en place d’une antibiothérapie adaptée", avaient alors souligné les chercheurs (1).

On sait aujourd’hui que les gènes conférant à la souche malgache de Y. pestis cette multirésistance aux antibiotiques (MDR) sont portés par un plasmide, molécule d’ADN circulaire qui se transmet facilement d’une bactérie à l’autre. Le séquençage de ce plasmide et sa comparaison avec ceux d’autres bactéries viennent d’être effectués lors d’une étude internationale menée en particulier par le laboratoire de Jacques Ravel de l’Institut pour la Recherche en Génomique (TIGR) à Rockville (USA), l’unité des Yersinia de l’Institut Pasteur dirigée par Elisabeth Carniel, et deux équipes américaines travaillant dans le domaine de l’agriculture et des produits alimentaires (US Department of Agriculture et US Food and Drug Administration) (2).

Le plasmide MDR de Y. pestis s’est révélé être très proche d’un plasmide conférant sa multirésistance à une bactérie alimentaire, Salmonella, dont la résistance à un nombre croissant d’antibiotiques augmente de façon importante ces dernières années. Des souches MDR de cette bactérie ainsi que d’E. coli ont été retrouvées dans des aliments à base de boeuf, de porc, de poulet et de dinde destinés à la vente et provenant de différents états américains. Ce même plasmide de résistance a également été trouvé chez d’autres bactéries, notamment celles isolées du bétail. Le risque que cette multirésistance aux antibiotiques soit transmise à d’autres souches de Y. pestis et également à d’autres bactéries pathogènes est donc réel.

"Quand nous avions identifié la première souche de Y. pestis multi-résistante aux antibiotiques, nous avions donné l’alerte : si ce type de souche se disséminait ou si de nouvelles souches multirésistantes émergeaient, cela pourrait poser un grave problème de santé publique" note Elisabeth Carniel. "La découverte que ce plasmide de multirésistance acquis par le bacille de la peste est répandu chez des bactéries environnementales vient renforcer nos craintes."

Pour Jacques Ravel : " Le fait que nous ayons trouvé un plasmide habituellement hébergé par Salmonella chez Y. pestis est un problème important. Il est clair que ce phénomène peut avoir des conséquences graves en santé humaine. Mais les résultats de notre travail de séquençage apportent des moyens pour surveiller ce plasmide à l’avenir". Il insiste sur la nécessité d’un nouveau programme de contrôle visant à traquer le plasmide MDR chez Y. pestis.

De nombreuses épidémies de peste, qui auraient tué 200 millions d’êtres humains, ont sévi au cours de l’histoire de l’Humanité. La peste est aujourd’hui considérée comme une maladie ré-émergente, provoquant régulièrement de petites épidémies dans différentes régions du monde. Il n’existe pas de vaccin fiable et efficace et les antibiotiques représentent de ce fait le seul moyen de traiter la maladie et de limiter le nombre de cas humains. "Nos résultats impliquent qu’une multirésistance de haut niveau aux antibiotiques pourrait rapidement et naturellement survenir chez le bacille de la peste, ce qui représenterait une menace majeure en terme de médecine, de santé publique et de biodéfense" concluent les chercheurs. "La surveillance de la multirésistance devrait être étendue tout particulièrement aux régions du monde où Y. pestis est endémique, incluant l’Asie, l’Afrique et le sud des Etats-Unis où ont été isolées à la fois des souches de Y. pestis et des souches MDR de Salmonella, qui ont donc de hautes probabilités d’entrer en contact direct."

Sources

(1) "Multiple antibiotic resistance in Yersinia pestis mediated by a transferable plasmid". M Galimand et al. - New England Journal of Medicine, 4 septembre 1997

(2) "Multiple antimicrobial resistance in plague : an emerging public health risk" : PLoS One, mars 2007
Timothy J. Welch (1), W. Florian Fricke (2), Patrick F. McDermott (3), David G. White (3), Marie-Laure Rosso (4), David A. Rasko (2,5), Mark K. Mammel (6), Mark Eppinger (2), MJ Rosovitz (2), David Wagner (7), Lila Rahalison (8), J. Eugene LeClerc (6), Jeffrey M. Hinshaw (9), Luther E. Lindler (10), Thomas A. Cebula (6), Elisabeth Carniel (4) et Jacques Ravel (2)

1.National Center for Cool and Cold Water Aquaculture, Agricultural Research Service, USDA, Kearneysville, USA; 2. The Institute for Genomic Research, Rockville, USA; 3. Office of Research, CMV-FDA, Laurel, USA; 4. Institut Pasteur, unite de recherche des Yersinia, Paris, France ; 5. University of Texas Southwestern Medical Center at Dallas, USA ; 6. Office of Applied Research and Safety Assessment, CFSAN-FDA, Laurel, USA; 7. Northern Arizona University, Flagstaff, USA; 8. Institut Pasteur, Antananarivo, Madagascar; 9. Department of Zoology, North Carolina State University, Fletcher, USA; 10. Public health Laboratory Services, DoD-GEIS, Silver spring, USA.

Contact presse

Institut Pasteur, service de presse : Nadine Peyrolo ou Corinne Jamma - tél : 01 40 61 33 41 - courriel : cjamma@pasteur.fr

TIGR : Jacques Ravel, The Institute for Genomic Research, tél : 00 1 301-795-7884 - courriel :jravel@tigr.org
 

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