La physiopathologie de l'infection

 

La transmission mère-enfant établie

Grâce à une vaste étude prospective chez des femmes enceintes, des cliniciens de l'Île de La Réunion et l’unité de Biologie des Infections, dirigée par Marc Lecuit, ont pour la première fois mis en évidence des cas de transmission materno-fœtale (dite verticale) du virus du chikungunya. Leurs observations ont montré que celle-ci se faisait préférentiellement quand les mères sont infectées peu avant le terme de leur grossesse, et que les nouveau-nés ont une probabilité accrue de développer des formes graves de la maladie.

 

En savoir plus : lire notre communiqué de presse du 18 mars 2008

 

Des douleurs articulaires chroniques

L’unité de Biologie des Infections, dirigée par Marc Lecuit, a évalué la fréquence des manifestations articulaires suite à l’infection aiguë par le virus chikungunya ainsi que leurs conséquences sur la qualité de vie des patients, en collaboration avec Alain Michault, CHR La Réunion, et Matthew Albert, Institut Pasteur. Les données obtenues indiquent que plus de la moitié des patients ont des douleurs articulaires chroniques durant au moins 3 ans après l’infection aigüe et que ces douleurs sont invalidantes chez la plupart d’entre eux.

 

Traquer le virus dans l'organisme et son mode de propagation

Quelles sont les cellules-cibles du virus ? Comment le virus se multiplie-t-il ?

Des chercheurs menés par Olivier Schwartz, dans l’unité Virus et Immunité (Institut Pasteur/CNRS URA 3015) ont démontré in vitro que le virus ne se multipliait pas dans les cellules sanguines circulantes (lymphocytes, monocytes), mais dans les macrophages. Ces cellules phagocytaires d’origine sanguine sont localisées dans les tissus. Elles pourraient donc être impliquées dans l’infection des tissus qu’on sait touchés par la maladie, comme les muscles et les articulations. Le virus infecte également la plupart des cellules dites " adhérentes " : cellules endothéliales, cellules épithéliales, fibroblastes… Les chercheurs analysent maintenant  les voies d’entrée du virus dans la cellule, et ils étudient le rôle des protéines cellulaires, qui peuvent faciliter ou au contraire empêcher la multiplication du virus. Ces recherches pourraient déboucher à terme sur des nouvelles thérapies permettant de lutter contre l’infection par le virus chikungunya.

 

Icono : Particules du virus chikungunya bourgeonnant à la surface d'une cellule humaine infectée.

 

Le virus affecte-t-il le système immunitaire ?

Le groupe de Pierre-Emmanuel Ceccaldi dans l’unité d’Epidémiologie et physiopathologie des virus oncogènes (Institut Pasteur/CNRS UMR 3659), dirigée par Antoine Gessain, a démontré, in vitro ainsi qu'ex vivo sur biopsies musculaires, que des cellules précurseurs des cellules musculaires, les cellules dites satellites, étaient des cibles du virus, chikungunya. Ces cellules sont capables de se différencier en cellules musculaires à la suite de lésions. Cette observation pourrait expliquer que certains malades atteints par le virus chikungunya aient développé des myosites, signe d’une inflammation musculaire. L’équipe s’intéresse maintenant à comprendre les conséquences de l’infection virale sur la biologie des cellules satellites, et cherche à démontrer son effet  sur la survie de ces cellules ou leur capacité à régénérer des fibres musculaires. De plus, des travaux sont en cours pour essayer de mieux comprendre la physiopathologie des atteintes articulaires induites cliniquement par ce virus.

 

En savoir plus : lire notre communiqué de presse du 29 juin 2007

 

Modéliser la maladie chez l'animal

Un modèle murin d’infection expérimentale par le virus chikungunya a été mis au point par Thérèse Couderc, dans l’unité de Biologie des Infections dirigée par Marc Lecuit, en collaboration avec l'unité d'Immunologie des cellules dendritiques, dirigée par Matthew Albert, et l’unité des Interactions Flavivirus-Hôtes, dirigée par Philippe Desprès. Il était indispensable de disposer d’un modèle animal d’infection virale pour comprendre comment ce virus provoque la maladie et développer des candidats vaccins contre l’infection.

 

Capable de mimer les formes bénignes et les formes graves de la maladie, ce modèle a permis aux chercheurs de déterminer quels tissus et quelles cellules étaient touchées par le virus dans chacun de ces deux cas. Il a également permis d’étudier la réponse de l’hôte à l’infection.  Le développement d’un tel modèle animal constitue une avancée majeure, non seulement au plan physiopathologique, mais aussi parce qu’il est indispensable de disposer d’un modèle animal d’infection virale pour comprendre comment ce virus provoque la maladie et développer des traitements ou des vaccins contre l’infection.

 

Icono : Détection du virus chikungunya (en rouge) dans une articulation de souris, microscopie à fluorescence.  © T. Couderc & M. Lecuit/Institut Pasteur/Inserm

 

En savoir plus : lire notre communiqué de presse du 15 février 2008

 

L’œil : porte d’entrée efficace pour le virus

L’unité de Biologie des Infections, dirigée par Marc Lecuit, a montré grâce au modèle animal que l’inoculation du virus par voie oculaire conduit à une infection systémique, démontrant que l’œil peut constituer une porte d’entrée efficace pour ce virus. Une étude menée en collaboration avec l’Institut Pasteur du Laos et l’Agence de la biomédecine a révélé le risque de transmission du virus chikungunya par greffe de cornée. Ce risque peut être évité en réalisant des tests systématiques d’infection de la cornée par ce virus chez les donneurs ou en renonçant aux greffes de cornée dans les régions où circule le virus.

 

 

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Mis à jour le 19/01/2015

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