La rage en France en 2016

En vingt ans, le nombre de traitements après exposition chez des voyageurs mordus en zone d'endémie de la rage a plus que doublé.

 

La France est considérée comme indemne de rage terrestre depuis que l’éradication de la rage du renard a été prononcée le 30 avril 2001 par arrêté du ministre de l’agriculture, cependant cette maladie reste d’actualité pour plusieurs raisons. La rage est toujours une maladie endémique dans de nombreux pays du monde et en particulier en Afrique et en Asie où elle est responsable chaque année de plusieurs dizaines de milliers de morts. Dans ces pays le réservoir principal de la rage est le chien, les autres mammifères pouvant être infectés plus rarement. Les voyageurs dans ces zones d’endémie peuvent donc être exposés directement au risque de rage, malheureusement cette situation n’est pas si rare puisque qu’un homme de 57 ans est décédé de rage en région parisienne en 2014 suite à un séjour au Mali et qu’une jeune française séjournant au Cambodge est décédée sur place en 2015 après avoir été mordue par un chien.

 

Le risque d’importation d’animaux enragés à partir de zones d’endémie existe également puisque 21 animaux ayant acquis la rage hors d’Europe sont entrés en Europe de l’Ouest entre 2001 et 2013. Ces animaux étaient essentiellement des chiens et ils avaient voyagé ou avaient été importés du Maghreb pour la plupart.

 

Enfin, les chauves-souris constituent en Europe un réservoir de lyssavirus différent du virus de la rage canine mais qui peut aussi être responsable d’encéphalites mortelles chez l’homme.

 

70 centres et 20 antennes sont répartis sur le territoire français

La France bénéficie d’un vaste réseau de Centres antirabiques qui ont pour mission d’évaluer au cas par cas le risque de contamination par la rage des patients consultant suite à une exposition à un animal (morsure, griffure, léchage de peau lésée) et de débuter une prophylaxie post-exposition antirabique si nécessaire. Ce réseau a été mis en place en 1977 et comprend actuellement 70 centres et 20 antennes répartis sur le territoire français et coordonnés par le Centre National de Référence (CNR) de la Rage à l’Institut Pasteur à Paris. En 2015, 8 336 consultations ont été effectuées dans les centres antirabiques et ont donné lieu à 4 173 traitements après exposition.

 

Le CNR de la Rage, quant à lui, a pour mission d’établir le diagnostic de rage pour tout cas humain suspecté et pour tout animal susceptible d’avoir transmis la rage à l’homme. Le CNR effectue ainsi chaque année une recherche de rage sur plus d’un millier de prélèvements animaux et plusieurs dizaines de prélèvements d’origine humaine. Le CNR contribue à la surveillance épidémiologique de cette maladie en lien avec Santé publique France.

 

Aucun cas de rage humaine acquis en France métropolitaine n’a été rapporté depuis 1924, en raison d’une épidémiologie sur notre territoire très favorable (absence de rage terrestre) mais également grâce à l’accès large et gratuit de notre population à la prophylaxie post-exposition dans les centres antirabiques. La prévention de la transmission de la rage après exposition comprend dans tous les cas un traitement non spécifique (nettoyage des plaies à l’eau et au savon, antisepsie) puis une prophylaxie est débutée si l’exposition animale est jugée à risque de transmission de la rage. Elle comprend une vaccination, associée à une sérothérapie antirabique dans certains cas, et doit être effectuée le plus rapidement possible après l’exposition et avant l’apparition des premiers symptômes de la maladie. La vaccination post exposition consiste en 4 ou 5 injections intramusculaires de vaccins antirabiques réparties sur un mois.

 

Ce traitement post-exposition quand il est complet et fait dans les délais nécessaires permet de prévenir à 100% la rage qui est malheureusement encore de nos jours une maladie constamment mortelle une fois les premiers signes de la maladie déclarés.  

 

La rage autochtone des animaux non volants a disparue de France

Le dernier cas de rage du renard en France a été diagnostiqué en Moselle en 1998. L’épizootie de rage vulpine avait atteint le territoire français en 1968, provenant d’un foyer polonais. Elle a pu être éradiquée grâce à la vaccination orale des renards, distribuée sous forme d’appâts. Depuis, la France est considérée comme indemne de rage terrestre : les expositions, avec des animaux de la faune sauvage ou avec des animaux domestiques n’ayant jamais quitté le territoire national, ne sont donc pas à risque de rage. Cette épidémiologie favorable a pour conséquence une diminution du nombre de patients traités par prophylaxie post-exposition avec entre 1998 et 2015 presque 30% de moins de prophylaxies délivrées.

 

Les seuls risques de contamination autochtone en France sont les chauves-souris. Cependant les chauves-souris européennes ne transmettent pas le virus de la rage canine et sont porteuses de lyssavirus différents (European Bat lyssavirus, Bokeloh Bat lyssavirus). Ces virus ont été retrouvés chez 47 chauves–souris entre 2006 et 2015 en France et n’ont été responsables d’aucun cas humain sur notre territoire (5 cas humains recensés en Europe). En Guyane française, en revanche, comme dans le reste du continent américain, les chauves-souris peuvent être infectées avec le virus de la rage classique. En 2008, un patient est décédé de la rage à Cayenne, et un virus très proche de ceux circulant chez les chauves-souris hématophages en Amérique Latine a été identifié sur ses prélèvements.

 

Concernant la rage des chauves-souris, Hervé Bourhy, directeur du Centre Collaborateur de l’OMS pour la rage à l’Institut Pasteur souligne : « Le faible nombre de cas humains répertoriés montre que l’efficacité du passage de l’animal à l’homme semble réduite. Mais la situation épidémiologique n’est pas figée. De nouveaux variants viraux peuvent apparaître et présenter une infectiosité bien supérieure pour l’homme, comme c’est le cas actuellement aux Etats-Unis. » D’où l’importance du maintien d’un réseau de surveillance de la rage en France*.

 

Il existe également un risque d’acquisition de la rage à l’étranger dans les pays qui n’ont pas encore réussi à endiguer la circulation de la rage parmi les chiens et qui sont donc considérés comme endémiques pour cette maladie. Le nombre de prophylaxies prescrites suite à une exposition hors de France représente actuellement plus de 25% des toutes les prophylaxies prescrites sur notre territoire. Cette tendance reflète l’augmentation des voyages vers les zones d’endémie rabique et surtout la mauvaise connaissance des risques liés à la rage par les voyageurs. Actuellement en cas de séjour dans une zone considérée comme à haut risque pour la rage l’OMS préconise de réaliser une vaccination préventive contre la rage. Cette vaccination confère une immunité préventive aux patients et permet en cas d’exposition sur place de réaliser un schéma de prophylaxie simplifiée (2 injections à 3 jours d’intervalle seulement) et de pouvoir se passer de la sérothérapie qui n’est en pratique que très rarement disponible dans les pays du sud.

 

* Interviennent dans la surveillance de la rage en France : la Direction générale de la santé, Santé publique France, le CNR situé à l’Institut Pasteur et les centres antirabiques pour la rage humaine, la Direction générale de l’alimentation, l’ANSES-Nancy, les Directions départementales de protection des populations, les Ecoles nationales vétérinaires, les chiroptérologues amateurs qui permettent la collecte des chauves-souris, pour la rage animale.

 

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Illustration - Les centres (en rouge) et antennes (en vert) antirabiques en France.
 

 

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Mis à jour le 18/08/2016

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