La rage en France en 2011

En 20 ans, le nombre de traitements après exposition chez des voyageurs mordus en zone d'endémie a plus que doublé.

 

Bien que l’éradication de la rage du renard en France ait été prononcée le 30 avril 2001* par arrêté du ministre de l’agriculture, la maladie reste d’actualité pour plusieurs raisons. D’une part, la rage reste très répandue sur la planète : les cas d’importation sont donc toujours à craindre, soit par morsure dans un pays d’endémie, soit par contact avec un animal ramené clandestinement. Entre 2004 et 2011, des chiots principalement importés du Maghreb ont déclenché une alerte à la rage sur le territoire français. De plus, des « réservoirs » existent en Europe et en France : les chauves-souris, qui hébergent des virus différents de celui du chien ou du renard mais qui sont également transmissibles à l’homme, et contre lesquels les traitements antirabiques sont moins bien adaptés. Enfin, la rage est une maladie redoutable, toujours mortelle en l’absence de traitement.

 

En 2008, l’identification d’un cas de rage humaine d’origine desmodine (transmis par une chauve-souris) en Guyane et plusieurs épisodes de rage canine suite à des importations illégales en France métropolitaine avaient engendré une augmentation importante du nombre de consultations et de traitements.

 

63 centres et 20 antennes sont répartis sur le territoire français

D’où l’importance du vaste réseau de Centres de traitement antirabique mis en place en 1977 : 63 centres et 20 antennes sont répartis sur le territoire français et coordonnés par le Centre National de Référence (CNR) de la Rage à l’Institut Pasteur à Paris. A titre d’indication, ce CNR effectue chaque année plus d’un millier de prélèvements animaux liés à une suspicion de transmission de rage animale à l’homme. En 2011, 8300 consultations ont été effectuées dans les centres antirabiques qui ont donné lieu à 4150 traitements après exposition.

 

Si aucun cas de rage humaine acquise en France n’a été rapporté depuis 1924, c’est en partie grâce à la possibilité d’effectuer ce traitement post-exposition : il commence par un traitement non spécifique (nettoyage des plaies, antibiothérapie, prophylaxie antitétanique). Il est suivi d’un traitement spécifique qui comprend la vaccination, avec une sérothérapie antirabique dans certains cas, et doit être effectué le plus rapidement possible après l’exposition, avant l’apparition des premiers symptômes qui signe une évolution inexorablement fatale. Il consiste en 4 ou 5 injections intra-musculaires réparties sur un mois.

 

La rage autochtone a pour l'instant disparue en France

Il faut souligner une baisse importante du nombre de traitements : 60 % depuis 1989, ce qui reflète le fait que la rage autochtone a pour l’instant disparu en France. Les seuls risques de contamination autochtone sont les chauves-souris : entre 1989 et juin 2012, 57 chauves-souris ont été diagnostiquées positives pour la rage en France. D’importantes précautions restent également à prendre vis à vis des animaux sauvages et domestiques pour les voyageurs en zone d’endémie, et vis à vis des animaux importés illégalement en France.

 

En effet, 29 cas d’importation illégale d’animaux enragés ont été rapportés de 1968 à 2011 en France : des chiens pour la plupart, mais aussi un chat et une chauve-souris. La chauve-souris importée en 1999 avait entraîné plus d’une centaine de traitements antirabiques… Par ailleurs, une vingtaine de cas humains acquis hors du territoire français ont été rapportés depuis 1977 et le nombre de voyageurs traités contre la rage après avoir été mordus dans une région du monde où sévit le plus souvent la rage du chien a plus que doublé en 20 ans.

 

Concernant la rage des chauves-souris, Hervé Bourhy, directeur du Centre Collaborateur de l’OMS pour la rage à l’Institut Pasteur souligne : «Le faible nombre de cas humains répertoriés montre que l’efficacité du passage de l’animal à l’homme semble réduite. Mais la situation épidémiologique n’est pas figée. De nouveaux variants viraux peuvent apparaître et présenter une infectiosité bien supérieure pour l’homme, comme c’est le cas actuellement aux Etats-Unis.» D’où l’importance du maintien d’un réseau de surveillance de la rage en France**.

 

* Le dernier cas de rage du renard en France a été diagnostiqué en Moselle en 1998. L’épizootie de rage vulpine avait atteint le territoire français en 1968, provenant d’un foyer polonais. Elle a pu être éradiquée grâce à la vaccination orale des renards, distribuée sous forme d’appâts.

** Interviennent dans la surveillance de la rage en France : la Direction générale de la santé, l’Institut de Veille Sanitaire, le CNR situé à l’Institut Pasteur et les centres antirabiques pour la rage humaine, la Direction générale de l’alimentation, l’ANSES-Nancy, les Directions départementales de protection des populations, les Ecoles nationales vétérinaires, les chiroptérologues amateurs qui permettent la collecte des chauves-souris, pour la rage animale.

 

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Illustration - Les centres (en rouge) et antennes (en vert) antirabiques en France.
 

 

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Mis à jour le 31/07/2013

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