Transmission du VIH au sein des couples sérodifférents : le risque zéro n'existe pas !

20/05/2014

Au sein des couples hétérosexuels sérodifférents, les données actuelles ne permettent pas d’écarter définitivement le risque d’une possible transmission du virus au partenaire séronégatif lorsque le partenaire séropositif est sous traitement antiretroviral : c’est le message d’une étude conduite par des chercheurs de l’Institut Pasteur, de l’Inserm et de l’hôpital de l’Hôtel Dieu, soutenue par l'ANRS et Sidaction.

 

En 2008, la Commission fédérale suisse sur le VIH/Sida avait fait beaucoup parler d’elle en déclarant que « les personnes séropositives ne souffrant d’aucune autre MST et suivant un traitement antirétroviral efficace ne transmettent pas le VIH par voie sexuelle ». Depuis d’autres études, menées au sein de couples hétérosexuels sérodifférents, sont venues étayer cette affirmation en démontrant que le risque de transmission du VIH peut être considérablement réduit lorsque le partenaire infecté est sous traitement antirétroviral (TARV). Or bien que rassurants, les résultats de ces études agrègent effet du traitement et spécificités sexuelles des couples (fréquence, rapport sexuel protégé ou non) et ne renseignent donc pas sur le risque par acte sexuel non protégé lorsque le partenaire infecté est sous TARV. C’est tout l’objet de cette étude.

 

Evaluer le risque de transmission par acte sexuel non protégé

A travers une revue systématique de la littérature et un modèle statistique, Virginie Supervie (INSERM, UMR_S 1136, Paris, équipe dirigée par Dominique Costagliola) en collaboration avec Jean-Paul Viard (Hôpital de l’Hôtel-Dieu) et Romulus Breban (Institut Pasteur) tente d’évaluer au sein des couples hétérosexuels sérodifférents le risque de transmission du VIH au partenaire séronégatif par acte sexuel non protégé. Les études retenues devaient répondre à certains critères : suivi de la transmission du VIH chez les couples hétérosexuels sérodifférents, mise sous TARV du partenaire séropositif depuis au moins 6 mois (temps moyen nécessaire pour que la personne ait une charge virale contrôlée), suivi de la charge virale, de l’activité sexuelle et de la fréquence d’utilisation du préservatif.

 

Sur 5976 études, six ont été retenues pour effectuer l’analyse. 113 480 actes sexuels ont été référencés dont 17% étaient non protégés par le préservatif. Seul un cas de transmission du VIH a été observé mais pour lequel les données restent insuffisantes quant à la survenue de cette infection : avant ou après les 6 mois sous TARV ?

 

Au vu de cette imprécision, deux éventualités sont prises en compte. La première, l’infection est survenue avant les 6 mois de TARV auquel cas, les chercheurs estiment que la borne supérieure du risque de transmission du VIH est de 8,7/100000. La deuxième éventualité est que la transmission du VIH s’est effectuée après les 6 mois de TARV et cette fois-ci l’estimation passe à 13/100000. Pour abaisser le risque à moins de 1/100000 (risque très faible) il faudrait acquérir 12 fois plus de données et n’observer aucun autre cas de transmission du VIH.

 

Les résultats de l’étude Partner

Les résultats de l’étude ont permis de collecter plus de données sur le risque de transmission au sein de couples hétérosexuels sérodifférents : 28 023 actes sexuels non protégés par le préservatif ont été répertoriés. Ces données ont donc mené à une actualisation des résultats de l’équipe française. Les bornes supérieures du risque de transmission deviennent donc 5,2/100000 (si le seul cas de transmission est observé avant les 6 mois de TARV) et 7,9/100000 (si la transmission a eu lieu après 6 mois).

 

Les données disponibles ne permettent donc pas d’affirmer qu’au cours d’un rapport sexuel non protégé il n’y a aucun risque de transmission du VIH lorsque le partenaire séropositif est sous TARV. Même faible le risque de transmission se cumule avec le nombre d’expositions au VIH. Ces résultats invitent donc à la prudence et suggèrent plutôt une combinaison de toutes les méthodes de prévention à disposition pour assurer une protection optimale du partenaire séronégatif.

 

 

Source 

Site internet de l’ANRS (http://www.anrs.fr/)

Mis à jour le 06/06/2014