Paludisme : l'astuce du parasite pour échapper au système immunitaire

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29 juin 2014


Le Plasmodium, parasite responsable du paludisme, infecte les globules rouges. Il y produit des protéines qui se fixent à la surface de la cellule hôte. Ces protéines, dites d’adhésion, empêchent alors les globules rouges de circuler correctement dans les capillaires sanguins, déclenchant ainsi les symptômes rencontrés dans les cas de paludisme sévère.  Le parasite possède 60 gènes codant pour 60 protéines d’adhésion différentes, mais une seule apparait à la fois à la surface du globule rouge. Il peut ainsi présenter tour à tour les différentes protéines d’adhésion, prenant de vitesse le système immunitaire de l’hôte, censé apprendre à reconnaître, puis détruire les cellules infectées.

Les chercheurs de l’équipe d’Artur Scherf (Institut Pasteur, CNRS) sont parvenus à élucider ce mécanisme jusqu'alors inconnu auquel Plasmodium a recours pour déjouer à maintes reprises le système immunitaire. En effet, les chercheurs ont montré que c’est une protéine de type enzyme, la RNase, qui est au cœur du processus : elle détruit l’ARN messager ‘naissant’ de gènes codant pour les protéines d’adhésion, ne laissant s’exprimer qu’un seul des 60 types de molécule d’adhésion à la surface de globule rouge infecté. A l’issue de l’infection chez l’homme, le parasite va continuellement exprimer une nouvelle protéine d’adhésion différente, de sorte que les anticorps du système immunitaire n’aient pas le temps d’apprendre à la reconnaître. C’est ce qu’on nomme le processus de variation antigénique. Il s’agit d’un nouveau système de régulation des gènes dont le mécanisme jamais observé jusqu’à présent, est fortement susceptible de se retrouver chez d’autres organismes.

Ces travaux publiés dans Nature, dimanche 29 juin 2014, contribuent à une meilleure compréhension des mécanismes de virulence mis en œuvre par le parasite. La prochaine étape pour les chercheurs sera de tenter d’expliquer ce qui influence le choix de l’expression de tel ou tel gène à un moment donné. Le but à long terme de l’équipe est de trouver un traitement qui pourrait bloquer ce processus d’échappement au système immunitaire de ce pathogène mortel.

Illustration : © Institut Pasteur/Artur Scherf - Aurélie Claes
Microscopie électronique d'un globule rouge parasité par Plasmodium

 


Source

Exonuclease-mediated degradation of nascent RNA silences genes linked to severe malaria, Nature, 29 juin 2014, DOI: http://dx.doi.org/10.1038/nature13468

Mis à jour le 01/07/2014