Aujourd'hui, de nombreux vaccins (poliomyélite par voie orale, rougeole, rubéole, oreillons, fièvre jaune, ) sont constitués de micro-organismes vivants atténués, c'est à dire rendus non virulents, qui simulent une infection naturelle et déclenchent différentes réponses immunitaires. L'atténuation du pouvoir pathogène est obtenue par passage du micro-organisme sur des cultures cellulaires successives ou par voie chimique. Pour la plupart, ce sont des vaccins dirigés contre des virus car la mise au point de vaccins anti-bactériens atténués s'est révélée assez difficile. Il existe en fait un seul vaccin anti-bactérien de ce type largement utilisé chez l'homme : le vaccin contre la tuberculose ou B.C.G.(bacille de Calmette-Guérin).
Une autre méthode " classique
" de vaccination consiste à utiliser non plus des vaccins vivants
atténués mais des vaccins à base de micro-organismes
tués (inactivés) ou bien constitués de certains
de leur composants purifiés. Ces micro-organismes tués doivent
être capables eux aussi d'être reconnus par le système
immunitaire. Plusieurs vaccins viraux de ce type sont actuellement commercialisés
: contre la grippe, l'hépatite A, l'encéphalite japonaise,
la poliomyélite (vaccin injectable) et la rage. La plupart des vaccins
bactériens de première génération sont constitués
de bactéries entières tuées : Salmonella typhi
pour la typhoïde, le vibrion cholérique pour le choléra,
Bordetella pertussis pour la coqueluche. Les vaccins contre la diphtérie
et le tétanos sont quant à eux fondés sur l'obtention,
par Gaston Ramon, à l'Institut Pasteur (1923), de protéines
sécrétées par les bactéries, purifiées
et traitées chimiquement pour leur faire perdre leur toxicité
: les anatoxines. Ces molécules stimulent le système
immunitaire et les anticorps produits contre elles peuvent neutraliser l'activité
des vraies toxines bactériennes.
On considère généralement que les vaccins vivants atténués
sont plus efficaces. Ils agissent à faible dose et n'exigent
en principe pas de rappel, de sorte qu'ils sont souvent bon marché.
Mais ils ont aussi leurs limites. Tout d'abord, il n'est pas toujours possible
d'atténuer la virulence d'un micro-organisme tout en lui conservant
des capacités immunogènes. De plus, il peut arriver qu'un
microbe atténué redevienne pathogène. Face à
cela, le vaccin inactivé a l'avantage d'être plus sûr,
mais il nécessite souvent d'être inoculé à des
doses plus élevées et avec des rappels pour induire une bonne
immunité à long terme.
Toute une variété de technologies issues du génie génétique permet désormais de concevoir des vaccins totalement nouveaux : vaccins vivants recombinants, vaccins sous-unités ou conjugués, vaccins à ADN ou ARN nu On cherche ainsi à améliorer les vaccins existants et surtout à mettre au point des vaccins contre des maladies pour lesquelles rien n'est encore disponible. Différentes voies d'administration des vaccins, orale, nasale ou rectale par exemple, sont également à l'étude.
Les vaccins
vivants recombinants
Des vaccins vivants atténués par génie génétique
Il est désormais possible de créer
de nouvelles souches de micro-organismes rendues totalement inoffensives
par voie génétique. Il s'agit d'inactiver précisément,
ou d'éliminer, -quant ils sont connus - les gènes responsables
de leur pouvoir pathogène ou gènes de virulence. Les
bactéries ou virus ainsi attenués ne sont finalement pas très
différents des vaccins vivants classiquement attenués : on
obtient des micro-organismes inoffensifs mais identiques en apparence, donc
pour le système immunitaire, aux souches naturelles. Mais leur coût
de production est moindre, ce qui est loin d'être négligeable
quant on sait que les pays en développement sont les premiers touchés
par les maladies infectieuses. Ils sont également plus intéressants
du point de vue de la sécurité, le risque de réversion
vers la virulence, possible avec les vaccins classiques, étant supprimé.
Des microbes " présentoirs "
Les techniques de " recombinaison génétique " permettent également de faire présenter par des virus ou des bactéries des molécules immunogènes (antigènes ou épitopes) d'autres micro-organismes. Les gènes codants pour ces molécules étrangères sont introduits dans les micro-organismes " vecteurs ", qui les exprimeront ensuite à leur surface, ou les sécréteront dans le milieu extérieur. Ces vaccins vivants recombinants sont des vaccins mixtes qui permettent de vacciner à la fois contre le vecteur et contre le virus ou la bactérie dont ils présentent les antigènes au système immunitaire. On peut imaginer à terme faire porter par des vecteurs des antigènes provenant de plusieurs agents pathogènes différents et obtenir ainsi des vaccins multivalents.
Les vaccins protéiques
D'immenses progrès ont été réalisés ces dernières années dans l'identification des antigènes des virus, des bactéries et des parasites, et surtout dans l'isolement et le clonage des gènes permettant la fabrication de ces antigènes. Ceci permet de produire ces molécules immunogènes par génie génétique : le gène codant pour un antigène donné peut être introduit dans une bactérie, une levure ou une cellule animale, qui vont servir d' " usines biologiques " pour la synthèse de l'antigène. Ces antigènes " recombinants " sont ensuite purifiés et peuvent servir de base à des vaccins moléculaires aussi appelés vaccins sous-unités. Il ne s'agit donc plus ici d'utiliser des germes entiers pour la vaccination, mais uniquement les molécules antigéniques des micro-organismes. Ces antigènes sont généralement administrés avec une substance qui stimule leur pouvoir immunogène, appelée adjuvant.
Les vaccins conjugués
Lorsque les fragments antigéniques sont de courte taille ou sont formés par des sucres, il est nécessaire de les coupler chimiquement à une protéine porteuse (anatoxine tétanique ou diphtérique par exemple) ou à une autre structure, pour les rendre immunogènes. On parle alors de vaccins conjugués. Certains de ces vaccins existent déjà, contre la méningite et les infections à pneumocoques notamment. De tels vaccins, chimiquement définis, présentent des avantages en terme de sécurité.
Systèmes de délivrance d'antigènes
D'autres moyens sont encore explorés pour présenter des antigènes au système immunitaire. On peut par exemple utiliser des " enveloppes vides " de virus ou des toxines rendues inoffensives, pour délivrer des antigènes étrangers aux cellules immunitaires. Contrairement aux vecteurs microbiens présentés plus haut, ces systèmes de délivrance d'antigènes ne se mulltiplient pas dans l'organisme : ce sont des vecteurs dits " non-réplicatifs ", qui présentent d'importants avantages en terme de sécurité, tout en restant très immunogènes.
La vaccination
" génétique "
Vaccins à ADN ou ARN nu
La vaccination génétique ou
vaccination par ADN nu est un concept totalement novateur en vaccinologie,
né au début des années 90. Il ne s'agit plus là
d'administrer des antigènes seuls ou portés par une bactérie,
un virus ou une protéine, mais d'introduire directement dans certaines
cellules de l'organisme (les cellules musculaires en l'occurrence) le gène
codant pour l'antigène vaccinal. L'administration se fait par
injection intra-musculaire ou par " bombardement " de particules
sur la peau. L'ADN pénètre dans la cellule musculaire qui
va ensuite synthétiser elle-même l'antigène. Le vaccin
est donc produit, localement, par l'organisme de l'individu à immuniser.
Cette méthode de vaccination, simple et peu coûteuse, présente
d'importants avantages en terme d'efficacité : l'antigène
ainsi produit se présente généralement sous sa forme
native, en tout point similaire à celui synthétisé
lors d'une infection. Surtout, il est produit de façon prolongée
par les cellules de l'organisme, et cette présentation durable
de l'antigène au système immunitaire devrait permettre d'éviter
le recours aux rappels pour certains vaccins. Par ailleurs, cette stratégie
ne présente aucun risque d'infection post-vaccinale, un point particulièrement
important pour les individus immunodéprimés. Le risque d'intégration
de l'ADN introduit dans les cellules de l'organisme, bien que peu probable
pour les cellules musculaires, doit cependant être évalué
avant une utilisation à grande échelle de ce type de vaccination.
En amont du développement de nouvelles générations de vaccins, de nombreux laboratoires à l'Institut Pasteur travaillent à une meilleure compréhension de notre système immunitaire, à l'amélioration des biotechnologies, à l'étude des génomes de micro-organismes, à la recherche d'antigènes microbiens ou tumoraux. L'avancée de ces connaissances fondamentales est capitale pour le développement des vaccins de demain, qui renforceront la lutte contre les grands fléaux qui menacent l'être humain.
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