Paris, le 3 mai 2000

Communiqué de presse

LE VIRUS DU SIDA AU SECOURS DE LA THERAPIE GENIQUE
Le VIH - rendu inoffensif - pourrait être utilisé en médecine humaine pour le transfert de gènes thérapeutiques dans les cellules


A l'Institut Pasteur, le groupe de Pierre CHARNEAU, au sein de l'Unité d'Oncologie Virale* dirigée par Luc MONTAGNIER, vient de démontrer l'efficacité d'un nouveau système de transfert de gènes, dérivé du VIH mais dépourvu de la totalité des gènes du virus. La mise au point de ce nouveau système est fondée sur la découverte du mécanisme de pénétration de l'ADN viral dans le noyau des cellules cibles. Cette importante avancée scientifique, publiée dans la revue américaine Cell, ouvre la voie à de nombreuses applications, notamment dans le domaine de la thérapie génique du SIDA mais aussi des cancers et des maladies génétiques humaines.

Actuellement, le principal obstacle au développement de la thérapie génique est précisément l'absence de systèmes de transfert de gènes thérapeutiques suffisamment fiables et efficaces. Deux grands types de vecteurs viraux ont déjà été utilisés dans les essais thérapeutiques chez l'homme:

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les vecteurs rétroviraux "classiques" (dérivés de rétrovirus oncogènes chez la souris): ils ont l'avantage d'intégrer le gène thérapeutique au sein de l'ADN humain sans exprimer de gènes viraux, et ainsi de ne pas être rejetés par le système immunitaire du patient. Mais leur inconvénient majeur est qu'ils ne transfèrent ces gènes que dans des cellules en cours de multiplication. Ceci compromet donc fortement leur utilisation, car les cellules cibles de la thérapie génique (cellules sanguines souches, neurones, cellules musculaires, cellules du foie, etc.) sont le plus souvent des cellules qui ne se divisent pas ou très peu.

- les vecteurs adénoviraux (dérivés d'un virus du rhume, l'adénovirus) : ils ont l'avantage de pouvoir transférer des gènes dans des cellules qui ne se divisent pas, mais ont l'inconvénient d'exprimer des gènes viraux, si bien que le système immunitaire du patient élimine rapidement les cellules traitées. Celles-ci disparaissent de l'organisme du malade en quelques semaines : le traitement n'est donc efficace qu'à court terme.

Le virus du sida (VIH: virus de l'immunodéficience humaine) est un virus qui combine, quand il est utilisé comme vecteur pour le transfert de gènes, tous les avantages sus-cités, sans les inconvénients : il est capable de transférer des gènes dans des cellules qui ne se divisent pas, sans exprimer de gènes viraux, et donc sans entraîner le rejet par l'organisme des cellules manipulées.

Une étape clé du transfert de gènes dans des cellules qui ne se divisent pas est le passage de l'ADN thérapeutique dans le noyau de ces cellules. Les virus de la famille du VIH (lentivirus, comme le virus EAIV chez le cheval, VISNA chez le mouton, CAEV chez la chèvre, SIV chez le singe, FIV chez le chat etc.) sont justement les seuls rétrovirus capables de faire passer leur ADN à travers la membrane du noyau de la cellule qu'ils infectent : c'est cette particularité unique qui fait précisément du VIH et des virus apparentés des vecteurs très prometteurs pour la thérapie génique.

Les travaux de recherche fondamentale menés depuis plusieurs années par l'équipe de Pierre CHARNEAU sur le passage de l'ADN viral dans le noyau des cellules ont conduit à la découverte d'un mécanisme biologique original : une molécule d'ADN est un filament habituellement structuré en double hélice. L'ADN du virus du SIDA porte en son centre une petite région à trois brins, le triplex ou ADN flap. Cette structure originale d'ADN est nécessaire au passage du génome viral dans le noyau des cellules. C'est précisément la connaissance de ce mécanisme qui permet aujourd'hui aux chercheurs pasteuriens d'améliorer notablement l'efficacité des vecteurs dérivés du VIH et d'espérer détenir un vecteur applicable à la thérapie génique chez l'homme.

Ainsi, la mise au point du vecteur triplex ou ADN flap dérivé du VIH pourrait aboutir à un spectaculaire retournement de situation : ce dérivé d'un redoutable virus pourrait être appliqué en médecine humaine pour la thérapie génique de nombreuses maladies comme le sida, les cancers et les maladies génétiques.

 

*Unité associée Institut Pasteur/CNRS URA 1930 "Interactions hôte-virus dans les grands processus pathologiques "


Source :

"HIV-1 genome nuclear import is mediated by a central DNA flap ", Cell, 14/04/2000

V. Zennou1, C. Petit1, D. Guétard1, U. Nehrbass2, L. Montagnier1, P. Charneau1

1 Unité d'Oncologie Virale
2 Unité de Biologie Cellulaire du Noyau


Contacts :

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