Déficit sensoriel le plus fréquent, la surdité touche plus d'un enfant sur 1000 à la naissance et un sur 500 avant l'âge adulte. Elle peut avoir une origine environnementale (infections, médicaments, bruit ) ou héréditaire, jusqu'ici difficile à distinguer. Dès 1994, l'Unité de Génétique des Déficits Sensoriels de l'Institut Pasteur, ouvrait la voie à l'étude des causes héréditaires de ce déficit, en localisant le premier gène responsable de surdité, nommé DFNB1. Aujourd'hui, on estime que plus d'une cinquantaine de gènes est impliquée dans les surdités héréditaires de l'enfant, et que celles-ci se transmettent dans la majorité des cas sur un mode dit autosomique récessif : les deux parents entendent normalement et un ou plusieurs enfants sont sourds. Six de ces gènes ont été isolés, dont trois dans l'Unité de Christine PETIT. Parmi eux, le gène DFNB1 - qui code pour la connexine 26 - s'avère de toute première importance.
En 1997 en effet, ce laboratoire montrait qu'à lui seul, le gène DFNB1, lorsqu'il est muté, est responsable de la moitié des formes de surdités héréditaires récessives de l'enfant (1). La mutation la plus courante de ce gène est d'ailleurs, avec celle du gène de la mucoviscidose, la mutation pathogène la plus fréquente chez l'homme.
Par une étude prospective portant sur 140 enfants provenant de 104 familles, les chercheurs de l'Institut Pasteur ont pu caractériser sur le plan clinique les surdités liées au gène DFNB1 : ils ont notamment montré qu'une atteinte de ce gène pouvait conduire à des surdités de tous degrés (légère, moyenne, sévère ou profonde) et que dans la majorité des cas, ces surdités n'étaient pas évolutives (2).
Cette toute première caractérisation clinique d'une forme de surdité génétique, sa grande fréquence, et le fait qu'il soit techniquement facile de rechercher des mutations dans le gène DFNB1, rendent aujourd'hui pour la première fois envisageable un diagnostic moléculaire des surdités. Celui-ci devrait améliorer considérablement la qualité du conseil génétique sollicité par les familles et les personnes sourdes : les réponses à leurs questions les plus fréquentes (la surdité est-elle héréditaire ? quel est le risque pour les enfants à venir, et quel pourrait être leur degré de surdité ? la surdité évoluera-t-elle ?) pourront être apportées dans une proportion importante de cas par l'analyse du gène DFNB1.
Au-delà d'une amélioration de l'exploration clinique des surdités de l'enfant, ces travaux permettent d'orienter la recherche thérapeutique, alors qu'aucun traitement n'existe actuellement pour les surdités neurosensorielles : en montrant qu'un gène unique est à lui seul impliqué dans une proportion considérable de surdités héréditaires, le laboratoire de Christine PETIT a mis en lumière une cible sur laquelle les efforts de recherche devraient se concentrer.
* Unité Institut Pasteur associé au CNRS URA 1968
(1) "Prelingual deafness : high prevalence of a 30delG mutation
in the connexin26 gene" : Human Molecular Genetics. 1997,
6, 2173-2177.
Françoise DENOYELLE*,¤ , (
), and Christine
PETIT*.
(2) "Clinical features of the prevalent form of chilhood deafness,
DFNB1, due to a connexin-26 gene defect : implications for genetic counselling".
Lancet, 17 avril 1999, Vol 353, 1298-1303
Françoise DENOYELLE*,¤, Sandrine MARLIN*, Dominique
WEIL*, Lucien MOATTI¤, Pierre CHAUVINµ, Eréa-Noël
GARABEDIAN¤, Christine PETIT*.
* Unité de Génétique des Déficits
Sensoriels, CNRS URA 1968, Institut Pasteur, Paris.
¤ Service ORL, Hôpital d'Enfants Armand-Trousseau, Paris.
µ Unité de Recherche en Epidémiologie et Sciences de
l'Information, INSERM U 444, Faculté de Médecine Saint-Antoine,
Paris.
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