Des chercheurs du Laboratoire des Lyssavirus de l'Institut Pasteur, dirigé par Noël TORDO, ont réussi à protéger des chiens contre la rage grâce à un vaccin à ADN, en collaboration avec L'AFSSA¤-Nancy et deux instituts mexicains. Ces résultats, à paraître dans la revue Vaccine du 14 octobre (1), ouvrent selon eux d'importantes perspectives pour le contrôle de cette maladie, encore responsable de 40 000 décès humains chaque année. Un tel vaccin, moins coûteux que ceux utilisés aujourd'hui, devrait faciliter la vaccination préventive des chiens, principaux vecteurs de la rage dans le monde.
La rage est une encéphalomyélite d'origine virale transmise
à l'homme par l'animal et mortelle à 100% une fois déclarée.
La vaccination de l'homme après morsure est efficace. Malheureusement,
son coût limite considérablement son application dans de nombreux
pays, 90% des cas mortels de rage humaine survenant dans les pays en développement
d'Afrique, d'Asie et d'Amérique Latine. Reste la prévention
: supprimer le risque de transmission de la rage par ses vecteurs, en pratiquant
des campagnes de vaccination massives chez l'animal, notamment le chien
dont les morsures sont à l'origine de 94% des cas mortels. Dans le
monde, seuls 7% des 500 millions de chiens potentiellement exposés
à la rage sont vaccinés. 30% d'entre eux le sont avec des
vaccins utilisant des suspensions de cerveaux d'animaux infectés
plus ou moins inactivées, moins coûteux mais beaucoup moins
immunogènes que les vaccins purifiés produits sur culture
cellulaire. Il existe également des vaccins vivants recombinants
ou atténués oraux utilisés sous forme d'appâts
pour la faune sauvage (le renard en Europe), mais inappropriés à
proximité des populations humaines.
Dans ce contexte, les vaccins à ADN, par leur faible coût de
production, apparaissent comme une alternative des plus intéressantes
pour la lutte contre la rage dans le monde. Les travaux publiés dans
Vaccine sont les premiers à démontrer une protection efficace
et totale contre des virus sauvages chez le chien par cette technologie.
Ils ont utilisé un fragment d'ADN contenant le gène codant
la glycoprotéine du virus de la rage, administré par voie
intramusculaire, en deux injections. On cherche aujourd'hui à réduire
le protocole vaccinal à une injection, et à utiliser des glycoprotéines
chimères*, déjà testées avec succès chez
la souris, pour obtenir une protection étendue à des lyssavirus
apparentés à la rage (comme ceux véhiculés par
des chauves-souris), également susceptibles de provoquer la maladie.
Les chercheurs pensent pouvoir disposer dans un avenir relativement proche
d'un vaccin efficace à large spectre, économique et simple
à utiliser pour protéger le réservoir canin de la rage,
au plus grand bénéfice de l'homme.
* La même équipe a également modifié des glycoprotéines du virus de la rage en vue d'obtenir des vaccins multivalents, aptes à protéger contre différentes maladies (2).
(1) "Immunization of dogs with a DNA vaccine induces protection
against rabies virus" : Vaccine, 1999, 18, 479-486.
P. Perrin (1), Y. Jacob (1), A. Aguilar-Sétien (2),
E. Loza-Rubio (3), C. Jallet (1), E. Desmézières (1), M. Aubert
(4), F. Cliquet (4), N. Tordo (1)
(1) Laboratoire des Lyssavirus, Institut Pasteur, Paris, France
(2) Unidad de Investigacion Médica en Immunologia, Instituto Mexicano
des Seguro Social, Mexico
(3) National Institute of Veterinary Microbiology Researches, Mexico
(4 )Laboratoire d'Etudes sur la Rage et la Pathologie des Animaux Sauvages,
AFSSA, Nancy, France
(2) "Lyssavirus glycoproteins expressing immunologically potent
foreign B cell and cytotoxic T lymphocyte epitopes as prototypes for multivalent
vaccines" : Journal of General Virology, 1999, 80, 2343-2351.
Emmanuel Desmézières (a), Yves Jacob (a), Marie-Françoise
Saron (b), Francis Delpeyroux (c), Noël Tordo (a) et Pierre Perrin
(a).
Laboratoire des Lyssavirus (a), Laboratoire de Virologie Expérimentale
(b) et Laboratoire d'Epidémiologie Moléculaire des Entérovirus
(c), Institut Pasteur, Paris, France.
- Noël TORDO, Laboratoire des Lyssavirus
tél : 01 40 61 31 34
- Pierre PERRIN, Laboratoire des Lyssavirus
tél : 01 45 68 87 56