Une souche de Yersinia pestis, bactérie responsable
de la peste, multirésistante aux antibiotiques vient d'être
décrite par trois équipes pasteuriennes : à l'Institut
Pasteur de Madagascar, le Laboratoire Central de la Peste, dirigé
par le Dr Suzanne CHANTEAU, et à l'Institut Pasteur à Paris,
le Centre National de Référence et Centre Collaborateur de
l'OMS pour les Yersinia, dirigé par le Dr Elisabeth CARNIEL
et le Centre National de Référence pour la Résistance
aux Antibiotiques - Unité des Agents Antibactériens, dirigés
par le Pr Patrice COURVALIN.
C'est la première fois qu'une telle souche est signalée. Yersinia
pestis est en effet considérée comme une espèce
universellement sensible aux antibiotiques.
Ce travail vient d'être publié dans la revue "New England
Journal of Medicine".
Cette souche, baptisée Y.pestis 17/95, a été
isolée à Madagascar chez un patient de seize ans atteint de
peste bubonique. Elle s'est révélée être non
seulement résistante à la streptomycine, traitement recommandé
dans ce pays, mais aussi aux autres antibiotiques recommandés par
l'OMS pour le traitement et la prophylaxie de la peste: streptomycine, chloramphenicol,
tétracyclines et sulfonamides. Cette souche est également
insensible aux traitements proposés comme alternatives aux thérapeutiques
classiques. Heureusement, quelques autres molécules (céphalosporines,
quinolones et trimethoprim) restent actives sur Y.pestis 17/95 et
ont permis le rétablissement du patient.
Classiquement, Yersinia pestis est sensible à tous les antibiotiques
actifs contre les bactéries gram-négatives. Des études
récentes l'ont encore confirmé. A Madagascar en particulier,
la surveillance de la sensibilité aux antibiotiques des souches de
Y.pestis isolées entre 1926 et 1995 n'a mis en évidence
aucune souche résistante dans cette période.
L'étude génétique de la souche Y. pestis 17/95 a mis en évidence la présence d'un plasmide* qui porte les gènes responsables de la multirésistance. Ce plasmide se transfère très facilement in vitro à d'autres souches de Y. pestis, ce qui suggère qu'il pourrait se propager localement à Madagascar.
Il est probable que Y. pestis ait acquis ce plasmide par contact
avec une autre entérobactérie, soit dans la circulation sanguine
de l'hôte infecté ( homme ou rongeur), soit dans le tube digestif
de la puce qui transmet l'infection.
Cette première observation de la capacité de Y. pestis
à acquérir un plasmide de multirésistance dans son
environnement naturel indique qu'un tel évènement peut à
nouveau se produire dans n'importe quel foyer de peste dans le monde.
Ces résultats sont d'autant plus alarmants que cette résistance multiple aux antibiotiques a émergé chez une des espèces bactériennes les plus pathogènes pour l'homme et que les chances de survie du malade sont directement liées à la rapidité de mise en place d'une antibiothérapie adaptée.
"Multiple antibiotic resistance in Yersinia pestis mediated
by a transferable plasmid"
Marc GALIMAND(1), Annie GUIYOULE(2), Guy GERBAUD(1), Bruno RASOAMANANA(3),
Suzanne CHANTEAU(3), Elisabeth CARNIEL(2) et
Patrice COURVALIN (1)
New England Journal of Medicine, 4 septembre 1997
(1) Centre National de Référence pour la Résistance
aux Antibiotiques - Unité des Agents Antibactériens, Institut
Pasteur
(2) Centre National de Référence - Centre Collaborateur de
l'OMS pour les Yersinia, Institut Pasteur
(3) Laboratoire Central de la Peste, Institut Pasteur de Madagascar
Elisabeth CARNIEL : 01.45.68.83.26
* un plasmide est un ensemble de gènes portés par une petite molécule d'ADN, indépendante du chromosome bactérien . Certains plasmides peuvent passer d'une bactérie à une autre.
Voir aussi :