4 septembre 1997

Communiqué de presse

UNE SOUCHE DU BACILLE DE LA PESTE MULTIRESISTANTE AUX ANTIBIOTIQUES

Une souche de Yersinia pestis, bactérie responsable de la peste, multirésistante aux antibiotiques vient d'être décrite par trois équipes pasteuriennes : à l'Institut Pasteur de Madagascar, le Laboratoire Central de la Peste, dirigé par le Dr Suzanne CHANTEAU, et à l'Institut Pasteur à Paris, le Centre National de Référence et Centre Collaborateur de l'OMS pour les Yersinia, dirigé par le Dr Elisabeth CARNIEL et le Centre National de Référence pour la Résistance aux Antibiotiques - Unité des Agents Antibactériens, dirigés par le Pr Patrice COURVALIN.
C'est la première fois qu'une telle souche est signalée. Yersinia pestis est en effet considérée comme une espèce universellement sensible aux antibiotiques.
Ce travail vient d'être publié dans la revue "New England Journal of Medicine".

Cette souche, baptisée Y.pestis 17/95, a été isolée à Madagascar chez un patient de seize ans atteint de peste bubonique. Elle s'est révélée être non seulement résistante à la streptomycine, traitement recommandé dans ce pays, mais aussi aux autres antibiotiques recommandés par l'OMS pour le traitement et la prophylaxie de la peste: streptomycine, chloramphenicol, tétracyclines et sulfonamides. Cette souche est également insensible aux traitements proposés comme alternatives aux thérapeutiques classiques. Heureusement, quelques autres molécules (céphalosporines, quinolones et trimethoprim) restent actives sur Y.pestis 17/95 et ont permis le rétablissement du patient.
Classiquement, Yersinia pestis est sensible à tous les antibiotiques actifs contre les bactéries gram-négatives. Des études récentes l'ont encore confirmé. A Madagascar en particulier, la surveillance de la sensibilité aux antibiotiques des souches de Y.pestis isolées entre 1926 et 1995 n'a mis en évidence aucune souche résistante dans cette période.

L'étude génétique de la souche Y. pestis 17/95 a mis en évidence la présence d'un plasmide* qui porte les gènes responsables de la multirésistance. Ce plasmide se transfère très facilement in vitro à d'autres souches de Y. pestis, ce qui suggère qu'il pourrait se propager localement à Madagascar.

Il est probable que Y. pestis ait acquis ce plasmide par contact avec une autre entérobactérie, soit dans la circulation sanguine de l'hôte infecté ( homme ou rongeur), soit dans le tube digestif de la puce qui transmet l'infection.
Cette première observation de la capacité de Y. pestis à acquérir un plasmide de multirésistance dans son environnement naturel indique qu'un tel évènement peut à nouveau se produire dans n'importe quel foyer de peste dans le monde.

Ces résultats sont d'autant plus alarmants que cette résistance multiple aux antibiotiques a émergé chez une des espèces bactériennes les plus pathogènes pour l'homme et que les chances de survie du malade sont directement liées à la rapidité de mise en place d'une antibiothérapie adaptée.

Source :

"Multiple antibiotic resistance in Yersinia pestis mediated by a transferable plasmid"
Marc GALIMAND(1), Annie GUIYOULE(2), Guy GERBAUD(1), Bruno RASOAMANANA(3), Suzanne CHANTEAU(3), Elisabeth CARNIEL(2) et
Patrice COURVALIN (1)

New England Journal of Medicine, 4 septembre 1997

(1) Centre National de Référence pour la Résistance aux Antibiotiques - Unité des Agents Antibactériens, Institut Pasteur
(2) Centre National de Référence - Centre Collaborateur de l'OMS pour les Yersinia, Institut Pasteur
(3) Laboratoire Central de la Peste, Institut Pasteur de Madagascar

Contact :

Elisabeth CARNIEL : 01.45.68.83.26

* un plasmide est un ensemble de gènes portés par une petite molécule d'ADN, indépendante du chromosome bactérien . Certains plasmides peuvent passer d'une bactérie à une autre.


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