La technique de " peignage moléculaire " a été mise au point dès 1993, et alors testée sur de petites molécules d'ADN (ADN de bactériophages et ADN de la bactérie Escherichia coli). Elle consiste à obtenir à partir de la molécule d'ADN en " pelote ", forme sous laquelle elle se trouve naturellement en solution, des filaments alignés et étirés, beaucoup plus faciles à étudier que la pelote de départ. Pour ce faire, une lame de verre traitée chimiquement est plongée dans une solution contenant les molécules d'ADN. Chaque molécule se fixe par l'une de ses extrêmités. La surface de verre est ensuite lentement retirée et ce mouvement, par un phénomène physique, provoque l'étirement des molécules qui se collent à la lame, sous forme de fils tendus dans la même direction.
Ce peignage moléculaire, comme le démontre l'article paru
dans Science, est désormais applicable à tous les génomes,
petits ou grands.
Il devrait permettre de faciliter les projets d'étude de structure
des génomes, et en particulier du génome humain. En effet,
les distances entre gènes, paramètres indispensables pour
la cartographie physique des génomes, peuvent être mesurées
de façon directe, et ceci plus finement, plus précisément,
et plus rapidement, sur des molécules d'ADN ainsi conditionnées
(" peignées ").
Le domaine du diagnostic génétique devrait aussi bénéficier
de cette technologie. L'hybridation fluorescente (qui permet l'étude
des gènes recherchés grâce à des sondes moléculaires)
sur ADN peigné permet de repérer des mutations quasiment indétectables
par les méthodes classiques : il s'agit de micro-réarrangements
(micro-délétions) qui, présents dans certains gènes,
peuvent à eux seuls être à l'origine d'une maladie génétique.
C'est le cas notamment de la sclérose tubéreuse, maladie pour
laquelle le diagnostic génétique sur ADN peigné a été
expérimenté avec succès.
Précis, reproductible, simple et peu coûteux, le peignage moléculaire peut être aisément automatisable.
- " Dynamic Molecular Combing : Stretching the Whole Human Genome
for High-Resolution Studies " . Science, 5 septembre 1997.
Xavier Michalet 1, Rosemary Ekong 2, Françoise Fougerousse 3, Sophie
Rousseaux 2, Catherine Schurra 1, Nick Hornigold 4, Marjon van Slegtenhorst
5, Jonathan Wolfe 4, Sue Povey 2, Jacques S. Beckmann 3, Aaron Bensimon
1
1 : Laboratoire de Biophysique de l'ADN, Institut Pasteur, Paris, France.
2 : MRC Human Biochemistral Genetics Unit, University College London, Royaume-Uni.
3 : URA 1922, Genethon, Evry, France.
4 : The Galton Laboratory, Department of biology, University College London,
Royaume-Uni.
5 : Department of Clinical Genetics, Erasmus University, Rotterdam, Pays-Bas.
- " Peignage moléculaire d'ADN. Cartographie physique
du génome et diagnostic génétique ". A paraître
dans Médecine/Science (novembre 1997).
Xavier Michalet*, Aaron Bensimon*
* Laboratoire de Biophysique de l'ADN, Institut Pasteur, Paris.