Il existe des zones au niveau de la barrière intestinale qui ne
sont pas impliquées dans la fonction digestive, mais interviennent
dans l'immunité locale et dans le passage des micro-organismes de
la lumière intestinale vers le sang ou la lymphe. Au sein de ces
zones, nommées "plaques de Peyer", des cellules particulières
- les cellules M - sont utilisées par des bactéries ou des
virus pour franchir la muqueuse intestinale. Le virus de la poliomyélite,
celui du sida probablement, Yersinia enterocolitica, Salmonella
typhi, Shigella flexneri, ou encore Vibrio cholerae, se
servent de ces cellules M comme portes d'entrée dans l'organisme.
Ces cellules-clé de la pathogénicité de nombreux agents
infectieux sont encore mal connues, et de plus, sont extrêmement rares
: elles représentent 10 à 20% des cellules des plaques de
Peyer, et à peine 1 sur 10 000 000 cellules de l'épithélium
intestinal.
Grâce à une co-culture de lymphocytes issus de plaques de Peyer
et d'une lignée de cellules épithéliales particulière
(Caco-2), l'équipe d'Eric PRINGAULT a pu obtenir une différenciation
en cellules M, et créer ainsi en éprouvette un épithélium
original contenant des cellules M. Ce modèle, déjà
testé avec Vibrio cholerae, est le premier à permettre
d'étudier l'étape initiale de nombreuses infections. Sur le
plan fondamental, il ouvre la voie à l'étude jusqu'ici limitée
de la biologie cellulaire de ces cellules M. Sur un plan appliqué,
il constitue un moyen de choix pour tester l'efficacité de vaccins
administrables par voie orale et pour vérifier que certains médicaments
sont bien susceptibles de passer dans la circulation générale
après avoir été ingérés.
- "Conversion by Peyer's patch lymphocytes of human enterocytes
into M cells that transport bacteria" ; Science, 25 août
1997
Sophie Kernéis1, Anna Bogdanova2, Jean-Pierre Kraehenbuhl, Eric Pringault1
1 : Département de Bactériologie et de Mycologie, Institut
Pasteur - 2 : INSERM U445, Paris.
- Eric PRINGAULT. Tél : 01 45 68 83 16.