18 août 1997

UN MODELE DE FRANCHISSEMENT DE LA BARRIERE INTESTINALE : LA PORTE D'ENTREE DES MICROBES MISE EN EPROUVETTE

L'équipe d'Eric PRINGAULT, du Laboratoire des Interactions Lympho-épithéliales de l'Institut Pasteur, présente dans la revue Science un modèle particulier de barrière intestinale qui permet de simuler les étapes précoces d'infections bactériennes ou virales. Ce modèle devrait permettre de tester la capacité de nouveaux agents vaccinants à franchir la muqueuse intestinale lorsqu'ils sont administrés par voie orale ou encore d'étudier l'administration per os de médicaments encapsulés.

Il existe des zones au niveau de la barrière intestinale qui ne sont pas impliquées dans la fonction digestive, mais interviennent dans l'immunité locale et dans le passage des micro-organismes de la lumière intestinale vers le sang ou la lymphe. Au sein de ces zones, nommées "plaques de Peyer", des cellules particulières - les cellules M - sont utilisées par des bactéries ou des virus pour franchir la muqueuse intestinale. Le virus de la poliomyélite, celui du sida probablement, Yersinia enterocolitica, Salmonella typhi, Shigella flexneri, ou encore Vibrio cholerae, se servent de ces cellules M comme portes d'entrée dans l'organisme. Ces cellules-clé de la pathogénicité de nombreux agents infectieux sont encore mal connues, et de plus, sont extrêmement rares : elles représentent 10 à 20% des cellules des plaques de Peyer, et à peine 1 sur 10 000 000 cellules de l'épithélium intestinal.
Grâce à une co-culture de lymphocytes issus de plaques de Peyer et d'une lignée de cellules épithéliales particulière (Caco-2), l'équipe d'Eric PRINGAULT a pu obtenir une différenciation en cellules M, et créer ainsi en éprouvette un épithélium original contenant des cellules M. Ce modèle, déjà testé avec Vibrio cholerae, est le premier à permettre d'étudier l'étape initiale de nombreuses infections. Sur le plan fondamental, il ouvre la voie à l'étude jusqu'ici limitée de la biologie cellulaire de ces cellules M. Sur un plan appliqué, il constitue un moyen de choix pour tester l'efficacité de vaccins administrables par voie orale et pour vérifier que certains médicaments sont bien susceptibles de passer dans la circulation générale après avoir été ingérés.



Source :

- "Conversion by Peyer's patch lymphocytes of human enterocytes into M cells that transport bacteria" ; Science, 25 août 1997
Sophie Kernéis1, Anna Bogdanova2, Jean-Pierre Kraehenbuhl, Eric Pringault1
1 : Département de Bactériologie et de Mycologie, Institut Pasteur - 2 : INSERM U445, Paris.

Contact :

- Eric PRINGAULT. Tél : 01 45 68 83 16.