Des scientifiques de l'Institut Pasteur ont identifié un gène de virulence du bacille de la tuberculose. L'inactivation de ce gène atténue le pouvoir pathogène du bacille. Ce travail, publié dans la revue "Science" du 23 octobre, ouvre de nouvelles voies pour l'étude des mécanismes de la pathogénicité des mycobactéries et pour la mise au point de nouveaux vaccins contre la tuberculose qui tue encore plus de 3 millions de personnes chaque année dans le monde.
Malgré les médicaments existants et la vaccination par le
BCG, la tuberculose continue ses ravages. L'incidence da la maladie augmente
à la fois dans les pays en développement et dans les pays
industrialisés. Au cours des dix prochaines années, 90 millions
d'adultes seront touchés par la maladie. L'apparition de souches
résistantes aux antibiotiques et l'association de M. tuberculosis
avec le VIH font de cette maladie en recrudescence un problème
majeur de santé publique.
La tuberculose est due à des bactéries de la famille des mycobactéries : Mycobacterium tuberculosis, Mycobacterium bovis et Mycobacterium africanum. La virulence de ces agents, c'est à dire leur pathogénicité, dépend de leur capacité à se multiplier chez l'hôte.
A l'Institut Pasteur, l'Unité de Génétique Mycobacterienne dirigée par Brigitte GICQUEL, cherche, notamment, à identifier les facteurs de virulence du bacille de la tuberculose. En effet, si on inactive ces gènes, on pourra espérer obtenir un nouveau vaccin vivant atténué. Car si le BCG permet de diminuer le nombre de nouveaux cas, s'il empêche les formes graves de la maladie chez les jeunes enfants, l'immunité conférée par le vaccin diminue progressivement après une dizaine d'années.
Le premier des gènes de virulence vient d'être identifié chez M. tuberculosis : il s'agit du gène erp, codant une protéine de surface nécessaire à la multiplication du bacille dans les cellules hôtes. Par des techniques de mutagénèse élaborées par l'équipe de Brigitte GICQUEL, des souches "mutantes" de M.tuberculosis et de la souche vaccinale M.bovis BCG chez lesquelles le gène erp a été inactivé, ont été construites. Les résultats montrent que l'inactivation du gène erp en supprimant la production de la protéine de surface, atténue considérablement la multiplication de M. tuberculosis et de M.bovis dans des macrophages en culture et chez la souris. La réintroduction de erp dans les souches mutantes restaure leur capacité de multiplication.
Ces résultats suggèrent que le gène erp pourrait
être un bon candidat pour l'atténuation de la virulence de
M. tuberculosis et pour la construction de nouveaux vaccins contre
la tuberculose, en particulier des vaccins vivants atténués.
" Attenuation of virulence by disruption
of Mycobacterim tuberculosis erp gene "
Science, 23 octobre 1998
F-X. Berthet1, M. Lagranderie2, P. Gounon3, C. Laurent-Winter4, D. Ensergueix1,
P. Chavarot5, F. Thouron2, E. Maranghi5, V. Pelicic1, D. Portnoï1,
G. Marchal5 et B. Gicquel1.
1 Unité de Génétique
Mycobactérienne, Institut Pasteur
2 Laboratoire du BCG, Institut Pasteur
3 Station Centrale de Microscopie Electronique, Institut Pasteur
4 Laboratoire d'Electrophorèse Bidimensionnelle, Institut Pasteur
5 Unité de Physiopathologie de l'Infection, Institut Pasteur
Brigitte GICQUEL, chef de l'Unité de
Génétique mycobactérienne,
tél : 01 45 68 88 28