Paris, le 1er mars 1999

Communiqué de presse

PREMIERE LOCALISATION CHEZ L'HOMME D'UN GENE DE PREDISPOSITION AUX PAPILLOMAVIRUS :
UN LIEN AVEC LE PSORIASIS ?

Les papillomavirus humains (PVH) sont responsables de diverses maladies cutanées ainsi que du cancer du col de l'utérus, deuxième cause de mortalité féminine par cancer dans le monde. L'Unité des Papillomavirus (INSERM U 190) à l'Institut Pasteur - dirigée par Gérard ORTH - vient de localiser le premier gène de prédisposition à l'infection par des PVH, chez des individus atteints d'une maladie modèle pour l'étude de la sensibilité à ces virus. Un gène d'autant plus crucial à cerner qu'il pourrait également être impliqué dans la prédisposition au psoriasis, une maladie de la peau qui touche 2% de la population.

Plus de 100 types de papillomavirus humains (PVH) ont aujourd'hui été répertoriés. Ils sont responsables de pathologies variées, le plus souvent bénignes, qui affectent la peau ou les muqueuses (verrues cutanées, condylomes ano-génitaux, papillomes laryngés,…). Mais certains d'entre eux sont potentiellement cancérigènes. C'est le cas des PVH 16 et 18, à l'origine de cancers du col utérin, et du PVH5, associé à des cancers de la peau chez les individus atteints d'une maladie dermatologique rare : l'épidermodysplasie verruciforme (EV). Cette maladie est désormais bien caractérisée grâce aux travaux menés depuis vingt ans par l'équipe de Gérard Orth. C'est un modèle de choix pour l'étude de la sensibilité humaine aux papillomavirus, et particulièrement aux PVH oncogènes.

L'Unité des Papillomavirus a en effet montré que les individus atteints d'EV sont anormalement prédisposés aux infections par certains PVH - inoffensifs pour la plupart d'entre nous - et qu'eux seuls développent des cancers liés au PVH5, un virus qui provoque très rarement des infections dans la population générale. D'où vient la sensibilité particulière de ces malades à ces PVH et au pouvoir cancérigène du PVH5 ?
Les chercheurs de l'Institut Pasteur sont aujourd'hui sur une piste primordiale : l'étude génétique de trois familles consanguines atteintes d'EV, en collaboration avec des dermatologues algérien et colombien, leur a permis de localiser un gène de prédisposition à cette maladie. Cette piste est d'autant plus intéressante que le locus, nommé EV1, a été découvert dans une région du chromosome 17 connue pour contenir un locus majeur de prédisposition aux formes familiales de psoriasis (1).

Les chercheurs de l'Unité des Papillomavirus avait déjà établi en 1998, en collaboration avec le Pr Jablonska et des dermatologues polonais, un lien entre les PVH impliqués dans l'EV et le psoriasis. Ils avaient notamment détecté la présence d'ADN du PVH5 dans les lésions de 90% des individus souffrant de cette fréquente maladie de la peau, et suggéré que le psoriasis était un réservoir possible de ce virus (2).

L'hypothèse actuelle est que des défauts au niveau d'un seul et même gène interviendraient dans l'EV et dans le psoriasis : des mutations distinctes du gène du locus EV1 prédisposeraient les individus qui en sont porteurs à l'une ou l'autre de ces maladies.

Les chercheurs s'attachent désormais à savoir si le PVH5 intervient dans la pathogenèse du psoriasis.



Sources :

(1)"A susceptibility locus for epidermodysplasia verruciformis, an abnormal predisposition to infection with the oncogenic human papillomavirus type 5, maps to chromosome 17qter in a region containing a psoriasis locus" : Journal of Investigative Dermatology, mars 1999.
Nicolas RAMOZ*, Luis-Alfredo RUEDA**, Bakar BOUADJAR***, Michel FAVRE* et Gérard ORTH*.

* Unité des papillomavirus/Inserm U190, Institut Pasteur, Paris
** Unidad dermatologica, Santafé de Bogota, Colombia
*** Service de Dermatologie-Vénéréologie, CHU de Bab-El-Oued, Alger, Algérie



(2)"Psoriasis : a possible reservoir for human papillomavirus type 5, the virus associated with skin carcinomas of epidermodysplasia verruciformis" : Journal of Investigative Dermatology, avril 1998
Michel FAVRE*, Gérard ORTH*, Slavomir MAJEWSI#, Samia BALOUL*, Anna PURA#, et Stefania JABLONSKA#.

* Unité des papillomavirus/Inserm U190, Institut Pasteur, Paris.
# Department of Dermatology, Warsaw School of Medicine, Warsaw, Pologne.

Contacts :

- Gérard ORTH et Michel FAVRE, Unité des Papillomavirus.
Tél : 01 45 68 87 43.