Les papillomavirus humains (PVH) sont responsables de diverses maladies
cutanées ainsi que du cancer du col de l'utérus, deuxième
cause de mortalité féminine par cancer dans le monde. L'Unité
des Papillomavirus (INSERM U 190) à l'Institut Pasteur - dirigée
par Gérard ORTH - vient de localiser le premier gène de prédisposition
à l'infection par des PVH, chez des individus atteints d'une maladie
modèle pour l'étude de la sensibilité à ces
virus. Un gène d'autant plus crucial à cerner qu'il pourrait
également être impliqué dans la prédisposition
au psoriasis, une maladie de la peau qui touche 2% de la population.
Plus de 100 types de papillomavirus humains (PVH) ont aujourd'hui été
répertoriés. Ils sont responsables de pathologies variées,
le plus souvent bénignes, qui affectent la peau ou les muqueuses
(verrues cutanées, condylomes ano-génitaux, papillomes laryngés,
).
Mais certains d'entre eux sont potentiellement cancérigènes.
C'est le cas des PVH 16 et 18, à l'origine de cancers du col utérin,
et du PVH5, associé à des cancers de la peau chez les individus
atteints d'une maladie dermatologique rare : l'épidermodysplasie
verruciforme (EV). Cette maladie est désormais bien caractérisée
grâce aux travaux menés depuis vingt ans par l'équipe
de Gérard Orth. C'est un modèle de choix pour l'étude
de la sensibilité humaine aux papillomavirus, et particulièrement
aux PVH oncogènes.
L'Unité des Papillomavirus a en effet montré que les individus
atteints d'EV sont anormalement prédisposés aux infections
par certains PVH - inoffensifs pour la plupart d'entre nous - et qu'eux
seuls développent des cancers liés au PVH5, un virus qui provoque
très rarement des infections dans la population générale.
D'où vient la sensibilité particulière de ces malades
à ces PVH et au pouvoir cancérigène du PVH5 ?
Les chercheurs de l'Institut Pasteur sont aujourd'hui sur une piste primordiale
: l'étude génétique de trois familles consanguines
atteintes d'EV, en collaboration avec des dermatologues algérien
et colombien, leur a permis de localiser un gène de prédisposition
à cette maladie. Cette piste est d'autant plus intéressante
que le locus, nommé EV1, a été découvert dans
une région du chromosome 17 connue pour contenir un locus majeur
de prédisposition aux formes familiales de psoriasis (1).
Les chercheurs de l'Unité des Papillomavirus avait déjà
établi en 1998, en collaboration avec le Pr Jablonska et des dermatologues
polonais, un lien entre les PVH impliqués dans l'EV et le psoriasis.
Ils avaient notamment détecté la présence d'ADN du
PVH5 dans les lésions de 90% des individus souffrant de cette fréquente
maladie de la peau, et suggéré que le psoriasis était
un réservoir possible de ce virus (2).
L'hypothèse actuelle est que des défauts au niveau d'un seul
et même gène interviendraient dans l'EV et dans le psoriasis
: des mutations distinctes du gène du locus EV1 prédisposeraient
les individus qui en sont porteurs à l'une ou l'autre de ces maladies.
Les chercheurs s'attachent désormais à savoir si le PVH5 intervient
dans la pathogenèse du psoriasis.