Le bacille de la tuberculose, Mycobacterium tuberculosis, infecte un tiers de la population mondiale et tue 3 millions de personnes chaque année. Une meilleure compréhension de la maladie apportera des informations importantes pour la mise au point de nouveaux traitements et de nouveaux vaccins, attendus pour mieux lutter contre ce fléau. L'équipe de Brigitte Gicquel, Unité de Génétique Mycobactérienne de l'Institut Pasteur à Paris, vient en ce sens de marquer une avancée notable en identifiant des gènes impliqués dans la virulence de M. tuberculosis, et par ce biais certaines molécules clés pour la pathogenèse de la tuberculose. Cette première analyse génétique de grande ampleur du bacille de Koch est publiée dans Molecular Microbiology.
La tuberculose reste la première cause de décès
dans le monde due à un germe unique. Malgré de nombreuses
recherches, les molécules du bacille intervenant aux différents
stades de la maladie sont encore mal connues. Comment cette mycobactérie,
une fois dans les alvéoles pulmonaires de l'hôte, pénètre-t-elle
dans ses cellules cibles, les macrophages; quels sont les facteurs qui lui
permettent d'y persister? La meilleure façon de répondre à
ces questions est d'identifier les gènes du bacille indispensables
au développement de la tuberculose, et par là-même les
molécules qu'ils codent. Pour cela, les chercheurs doivent identifier
des mutants bactériens affectés dans une ou plusieurs étapes
de la maladie, et isoler chez ces mutants les gènes inactivés.
Dans ce but, l'équipe de l'Institut Pasteur a adapté à
l'étude de M. tuberculosis une méthode génétique
récemment mise au point, qui lui a permis de sélectionner,
parmi près de 2000 mutants du bacille, 16 souches altérées
dans leur virulence.
Grâce à ces mutants, 13 gènes impliqués dans
la pathogenèse ont pu être localisés et caractérisés.
La plupart sont responsables de la synthèse de lipides de la paroi,
ce qui montre l'importance de la surface du bacille dans la pathogénie.
Quatre de ces gènes sont de plus groupés dans une même
région, connue pour être responsable de la biosynthèse
de composés essentiellement présents chez des mycobactéries
responsables de pathologies sévères (lèpre, tuberculose
notamment). L'importance de ces molécules dans la pathogenèse
de la tuberculose étant démontrée par les travaux des
chercheurs de l'Institut Pasteur, la voie est désormais ouverte à
des études moléculaires visant à établir précisément
le rôle de ces composés dans les processus pathologiques. Une
telle approche devrait apporter de nouvelles pistes pour développer
des médicaments et des vaccins antituberculeux.
- "Identification of a virulence gene cluster of Mycobacterium
tuberculosis by signature-tagged transposon mutagenesis" : Molecular
Microbiology, 2 octobre 1999.
Luis Reinaldo Camacho, Danielle Ensargueix, Esther Perez,
Brigitte Gicquel et Christophe Guilhot.
Unité de Génétique Mycobactérienne, Institut
Pasteur, Paris, France.
Brigitte GICQUEL, tél : (33) 01 45 68 88 28.