
15 mai 2007
Communiqué de presse
Identification d'un gène associé à l'autisme
Une équipe
de l'Institut Pasteur vient d'identifier un nouveau gène associé
à l'autisme. Le rôle clé de ce gène dans la synthèse
de la mélatonine apporte de nouvelles informations sur ce trouble du
développement, atteignant les jeunes enfants, et dont l'origine demeure
encore très mystérieuse. Ces travaux sont publiés en avant-première
sur le site de la revue Molecular Psychiatry.
L'autisme est un syndrome complexe, classé parmi les troubles envahissants
du développement, qui apparaît avant l'âge de 3 ans. Il est
caractérisé par des déficits dans les interactions sociales
et la communication, associés à un répertoire de comportements
restreints, répétitifs et stéréotypés. Aujourd'hui,
un enfant sur 200 serait atteint d'autisme, avec une fréquence quatre
fois plus élevée chez les garçons.
Depuis plusieurs années, de nombreuses recherches ont été
menées pour identifier les gènes associés à l'autisme.
En 2003, puis en 2006, deux études menées par le groupe Génétique
humaine et fonctions cognitives dirigé par Thomas Bourgeron à
l'Institut Pasteur (1) avaient permis d'identifier, chez certaines personnes
atteintes d'autisme ou du syndrome d'Asperger (forme moins sévère
de l'autisme), des mutations altérant des gènes (NLGN3, NLGN4
et SHANK3) impliqués dans la formation des synapses, zones de communication
entre les neurones.
Cette équipe de l'Institut Pasteur s'est depuis intéressée
à une région particulière des chromosomes X et Y, appelée
région pseudo-autosomique 1 (PAR1). Des altérations de cette région
avaient été observées chez des personnes avec autisme,
mais le ou les gènes en cause n'avaient pas été identifiés.
Le groupe de l'Institut Pasteur, en collaboration avec l'Inserm, des services
de psychiatrie parisiens (CHU de Créteil et hôpital Robert Debré
de l'AP-HP) et du département de psychiatrie de l'université de
Göteborg (Suède), a étudié dans cette région
PAR1 un gène, appelé ASMT. Ce gène code une protéine
de la voie de synthèse de la mélatonine. La mélatonine
est produite principalement la nuit par la glande pinéale et joue un
rôle important dans la régulation des rythmes biologiques circadiens
(nuit/jour), comme les rythmes veille-sommeil. Un taux bas de mélatonine
chez les personnes avec autisme avait déjà été rapporté
par trois équipes indépendantes, mais la cause du déficit
n'était pas connue. Dans ce nouveau travail, les chercheurs ont observé
que plus de la moitié des enfants atteints d'autisme avaient des taux
bas de mélatonine (moins de la moitié du taux témoin) et
que cette faible concentration était corrélée à
un déficit de l'enzyme ASMT. De plus, des mutations du gène ASMT
qui altèrent l'expression ou la séquence de la protéine
ont été identifiées chez certains sujets, démontrant
ainsi l'origine génétique du déficit enzymatique chez quelques
familles.
Les auteurs de ce travail insistent sur le fait que la présence d'un
taux bas de mélatonine chez une personne n'est pas obligatoirement associé
à l'autisme. "En effet, explique Thomas Bourgeron, plusieurs
parents d'enfants atteints d'autisme ont des taux bas de mélatonine sans
avoir de troubles autistiques. Ainsi, les conséquences directes de ce
déficit en mélatonine restent préciser. Notre hypothèse
est que la baisse en mélatonine pourrait avoir un rôle direct sur
les réseaux neuronaux et ainsi amplifier l'effet d'autres atteintes génétiques
chez l'enfant ou indirectement affecter les rythmes veille-sommeil rendant les
enfants atteints plus vulnérables à d'autres facteurs de sensibilité".
Les troubles du sommeil sont très fréquents chez les personnes
avec autisme et deux études récentes montrent que l'utilisation
de la mélatonine semble améliorer le sommeil des enfants. Ces
études, qui ont testé l'efficacité de la mélatonine
dans l'autisme, ne concernent malheureusement qu'un nombre restreint d'enfants
et nécessitent d'être approfondies afin de mieux évaluer
l'efficacité de la mélatonine sur l'amélioration du sommeil
et des autres troubles présents chez les personnes atteintes comme les
troubles du langage et de la communication sociale.
Plus que jamais, la recherche des gènes associés à l'autisme
nécessite la collaboration des familles pour mieux poursuivre ces nouvelles
pistes d'étude et préciser les origines de ces troubles complexes.
Cette étude a été menée avec le soutien de l'Institut Pasteur, l'Inserm, la Délégation à la Recherche Clinique de l'Assistance Publique-Hôpitaux de Paris, la Fondation France Télécom pour la recherche sur l'autisme, la Fondation de France, la Fondation pour la Recherche Médicale, le 6ème cadre de la recherche européene, la Fondation biomédicale de la Mairie de Paris, la Fondation NRJ, Cure Autism Now et Swedish Science Council.
Sources :
(1) Voir communiqués
de presse du 31
mars 2003 et 18
décembre 2006
(2) "
Abnormal melatonin synthesis in autism spectrum disorders" : Molecular
Psychiatry, en ligne 15 mai 2007.
J Melke1, HG Botros (1), P Chaste (1), C Betancur (2), G Nygren (3), H Anckarsäter
(3,4), M Rastam (3), O Stahlberg (3), IC Gillberg (3), R Delorme (1), N Chabane
(5), M-C Mouren-Simeoni (5), F Fauchereau (1), CM Durand (1), F Chevalier (1),
X Drouot (6), C Collet (7), J-M Launay (7), M Leboyer (2,8), C Gillberg (3,9),
T Bourgeron (1,10) and the PARIS study
1. Groupe
Génétique humaine et fonctions cognitives, Institut Pasteur, Paris
2. Inserm U513, Université Paris XII, Créteil
3. Department of Child and Adolescent Psychiatry, Göteborg University,
Suède
4. Institute of Clinical Sciences, Lund University, Malmö, Suède
5. Service de Psychopathologie de l'Enfant et de l'Adolescent, hôpital
Robert Debré, Assistance Publique-Hôpitaux de Paris, France
6. Service de Physiologie-Explorations Fonctionnelles, hôpital Henri Mondor,
Créteil
7. Service de Biochimie, IFR 139, hôpital Lariboisière, AP-HP,
EA 3621, Faculté de Pharmacie, Paris
8. Département de Psychiatrie, hôpital Henri Mondor et Albert Chenevier,
AP-HP, Créteil
9. Saint George's Hospital Medical School, Londres, Royaume-Uni
10. Université Denis Diderot Paris 7, Paris
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