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Communiqué de presse
Journée
mondiale de la rage, 8 septembre 2007
"Travailler ensemble pour que la rage soit de l'histoire ancienne"
La première Journée Mondiale de la Rage, lancée à l'initiative de l'Alliance for Rabies Control (http://www.rabiescontrol.org/) sera inaugurée le 8 septembre 2007 et aura lieu dorénavant tous les ans, dans le but d'accroître la sensibilisation générale envers cette tragédie actuelle. L'Institut Pasteur, historiquement engagé dans la lutte contre la rage, où est situé le Centre National de Référence de la rage et où les recherches contre cette maladie négligée se poursuivent, s'associe à cette action en diffusant ce dossier d'information*.
L'Alliance for Rabies Control rappelle que " la rage est la maladie la plus inéluctablement fatale et cependant l'une des plus faciles à prévenir. L'Organisation Mondiale de la Santé estime que plus de 55 000 personnes en meurent chaque année. Ces chiffres sont sous estimés, car la rage n'est bien souvent pas une maladie déclarée là où la majorité des décès survient. Plus de 90% des cas de rage humaine surviennent en Asie et en Afrique. 30% à 50% des décès surviennent chez des enfants de moins de 15 ans et résultent de morsures de chiens infectés. Toutes ces morts pourraient être prévenues par un nettoyage rapide et soigneux des plaies et l'administration d'un traitement post exposition (vaccins et immunoglobulines) selon les recommandations de l'OMS. De nombreuses expositions pourraient être évitées par des programmes de vaccination des populations canines adaptés et coordonnés. Cette approche devrait conduire à l'élimination locale des souches canines de virus, spécialement si elle est associée à un contrôle des populations canines et à de nouvelles approches concernant les animaux difficiles à atteindre. Quand la rage est éliminée de ses réservoirs principaux, le nombre d'expositions humaines diminue rapidement. Bien qu'elle soit relativement facile à prévenir chez le chien et l'homme, la rage n'est pas une priorité dans la plupart des régions du monde où la rage canine est présente. "
Si cette journée mondiale de sensibilisation au problème de la rage vise particulièrement les pays où la maladie est endémique, il faut rappeler qu'en France, des milliers de traitements vaccinaux contre la rage ont lieu chaque année, que le risque existe pour les voyageurs, et que la maladie est sporadiquement importée par des animaux introduits illégalement sur le territoire.
Voir le dossier qui contient un point sur la rage en France, une fiche de documentation générale sur la rage, un rappel des recherches en cours à l'Institut Pasteur, et un peu d'histoire sur Louis Pasteur et la vaccination contre la rage.
* L'Organisation mondiale
de la santé (OMS), les Centres for disease control and prevention (CDC),
l'Organisation mondiale de la santé animale (OIE), et d'autres institutions
scientifiques nationales ou internationales comme les Veterinary Laboratory
Agencies au Royaume-Uni ou le Friedrich-Loffer-Institute en Allemagne, ainsi
que des compagnies privées sont également associées à
la Journée mondiale de la rage.
Contacts :
Service de presse de l'Institut Pasteur, Nadine Peyrolo ou Corinne Jamma - tél : 01 40 61 33 41 - courriels :npeyrolo@pasteur.fr ou cjamma@pasteur.fr
Fiche de documentation sur la rage
Les recherches sur la rage à l'Institut Pasteur
Histoire : Louis Pasteur et la vaccination contre la rage
La rage en France en 2007
La première Journée
mondiale de la rage nous donne l'occasion de faire le point sur la situation
de la rage en France, où près de 8500 consultations pour suspicion
de rage ont été données en 2006 et où le nombre
de traitements après exposition chez des voyageurs mordus en zone d'endémie
a plus que doublé en 20 ans.
Bien que l'éradication de la rage du renard en France ait été
prononcée le 30 avril 2001* par arrêté du ministre de
l'agriculture, la maladie reste d'actualité pour plusieurs raisons.
D'une part, la rage reste très répandue sur la planète
: les cas d'importation sont donc toujours à craindre, soit par morsure
dans un pays d'endémie, soit par contact avec un animal ramené
clandestinement; lors de l'été 2004, un chiot importé
du Maroc avait déclenché une alerte à la rage sur le
territoire français. De plus, des "réservoirs" existent
en Europe et en France : les chauves-souris, qui hébergent des virus
différents de celui du chien ou du renard mais qui sont également
transmissibles à l'homme, et contre lesquels les traitements antirabiques
sont moins bien adaptés. Enfin, la rage est une maladie redoutable,
toujours mortelle en l'absence de traitement.
D'où l'importance du vaste réseau de Centres de traitement antirabique
mis en place en 1977 : 66 centres et 21 antennes sont répartis sur
le territoire français et coordonnés par le Centre National
de Référence (CNR) de la Rage à l'Institut Pasteur à
Paris. A titre d'indication, ce CNR effectue chaque année plus d'un
millier de prélèvements animaux liés à une suspicion
de transmission de rage animale à l'homme (1181 en 2006). En 2006,
8497 consultations ont été effectuées dans les centres
antirabiques qui ont donné lieu à 4280 traitements après
exposition.
Si aucun cas de rage humaine acquise en France n'a été rapporté
depuis 1924, c'est en partie grâce à la possibilité d'effectuer
ce traitement post-exposition : il commence par un traitement non spécifique
(nettoyage des plaies, antibiothérapie, prophylaxie antitétanique).
Il est suivi d'un traitement spécifique qui comprend la vaccination,
avec une sérothérapie antirabique dans certains cas, et doit
être effectué le plus rapidement possible après l'exposition,
avant l'apparition des premiers symptômes qui signe une évolution
inexorablement fatale. Il consiste en 4 ou 5 injections intra-musculaires
réparties sur un mois.
"Il faut souligner une baisse importante du nombre de traitements
: 60 % depuis 1989, ce qui reflète le fait que la rage autochtone a
pour l'instant disparu en France. Les seuls risques de contamination autochtone
sont les chauves-souris : entre 1989 et 2006, 28 chauves-souris ont été
diagnostiquées positives pour la rage en France. D'importantes précautions
restent également à prendre vis à vis des animaux sauvages
et domestiques pour les voyageurs en zone d'endémie, et vis à
vis des animaux importés illégalement en France", explique
Yolande Rotivel, co-directrice du CNR de la rage et responsable du Centre
antirabique de l'Institut Pasteur.
En effet, 24 cas d'importation illégale d'animaux enragés ont
été rapportés de 1968 à 2006 en France : des chiens
pour la plupart, mais aussi un chat et une chauve-souris. La chauve-souris
importée en 1999 avait entraîné plus d'une centaine de
traitements antirabiques
Par ailleurs, 20 cas humains acquis hors du territoire français ont
été rapportés depuis 1977 et le nombre de voyageurs traités
contre la rage après avoir été mordus dans une région
du monde où sévit le plus souvent la rage du chien a plus que
doublé en 20 ans.
Concernant la rage des chauves-souris, Hervé Bourhy, directeur du Centre
Collaborateur de l'OMS pour la rage à l'Institut Pasteur souligne :
"Le faible nombre de cas humains répertoriés montre
que l'efficacité du passage de l'animal à l'homme semble réduite.
Mais la situation épidémiologique n'est pas figée. De
nouveaux variants viraux peuvent apparaître et présenter une
infectiosité bien supérieure pour l'homme, comme c'est le cas
actuellement aux Etats-Unis." D'où l'importance du maintien
d'un réseau de surveillance de la rage en France**.
* Le dernier cas de rage du renard en France a été diagnostiqué
en Moselle en 1998. L'épizootie de rage vulpine avait atteint le territoire
français en 1968, provenant d'un foyer polonais. Elle a pu être
éradiquée grâce à la vaccination orale des renards,
distribuée sous forme d'appâts.
** Interviennent dans la surveillance de la rage en France : la Direction
générale de la santé, l'Institut de Veille Sanitaire,
le CNR situé à l'Institut Pasteur et les centres antirabiques
pour la rage humaine; la Direction générale de l'alimentation,
l'AFSSA-Nancy, les Directions départementales des services vétérinaires,
les Ecoles nationales vétérinaires, les chiroptérologues
amateurs qui permettent la collecte des chauves-souris, pour la rage animale.

Les centres (en rouge) et antennes (en vert) antirabiques en France
La rage reste une maladie très répandue dans le monde, responsable de dizaines de milliers de morts chaque année. Elle est le plus souvent transmise par les chiens. En Europe, les chauves-souris, qui hébergent des virus différents de ceux du chien ou du renard, sont de plus en plus surveillées. La maladie est mortelle en l'absence de traitement : les personnes ayant été en contact avec des animaux suspects sont donc systématiquement traitées (plus de 4000 traitements en France en 2006).
Epidémiologie
La rage est à l'origine de quelque 55 000 décès annuels dans le monde, le plus souvent suite à une infection transmise par un chien enragé. Chaque année, environ 10 millions de personnes reçoivent un traitement après l'exposition à des animaux chez lesquels on soupçonne la rage. D'après l'OMS, " l'évaluation montre que cette charge pour la santé publique pèse en grande partie sur l'Asie (avec une estimation de 31 000 décès), bien que l'estimation pour l'Afrique (24 000) soit beaucoup plus élevée qu'on ne le pensait au départ. C'est également l'Asie qui supporte 96,5 % du poids économique de la rage sur les pays en développement en dépensant chaque année 560 millions de dollars principalement pour la prophylaxie après exposition. "
Aucun cas de rage humaine acquise sur le territoire français n'a été rapporté depuis 1924. Mais des cas humains acquis hors du territoire français et diagnostiqués en France ont été recensés (voir le chapitre : La rage en France en 2007). Des précautions sont donc à prendre vis à vis des animaux sauvages et domestiques pour les voyageurs en zone d'endémie : Asie, Afrique, Europe Centrale, Moyen-Orient, Amérique du Sud
La maladie
Le virus
de la rage (genre Lyssavirus) est présent dans la salive de l'animal
(chien, animal sauvage...) en fin de maladie. Rappelons que la rage n'est
pas une maladie contagieuse d'homme à homme (sauf en cas de greffes
ou transplantations d'organes). L'homme ou l'animal est le plus souvent contaminé
par morsure, griffure ou léchage sur la peau excoriée ou sur
une muqueuse. Le virus rabique est neurotrope : il modifie le fonctionnement
du système nerveux. Il ne provoque pas de lésions physiquement
visibles dans le cerveau mais perturbe les neurones, notamment ceux qui régulent
des fonctionnements rythmiques comme l'activité cardiaque ou la respiration.
Après quelques jours à quelques mois d'incubation, l'individu
atteint développe un tableau d'encéphalite. La phase symptomatique
débute souvent par une dysphagie (difficulté à avaler)
et des troubles neuropsychiatriques variés, notamment l'anxiété
et l'agitation. L'hydrophobie est parfois présente. L'évolution
se fait vers le coma et la mort (souvent par arrêt respiratoire) en
quelques jours à quelques semaines. L'issue est toujours fatale en
l'absence de traitement après exposition ou lorsque la maladie est
déclarée.
En 2004 cependant, une jeune américaine a survécu à la
rage. Elle avait été mordue par une chauve-souris et n'avait
reçu aucun traitement après exposition. Elle a subi un traitement
très lourd en service de réanimation. Elle a survécu
et a récupéré avec peu de séquelles. Si la survie
de cette jeune fille a ouvert des perspectives en matière de traitement,
la raison de sa survie reste inconnue. En effet, aucun, parmi la dizaine de
patients traités de la même façon depuis, n'a survécu.
Le traitement
Le traitement
post-exposition commence par un traitement non spécifique : nettoyage
des plaies, antibiothérapie, prophylaxie antitétanique. Il est
suivi d'un traitement spécifique, bien toléré, qui comprend
la vaccination, avec une sérothérapie antirabique dans certains
cas, et doit être effectué le plus rapidement possible après
exposition, avant l'apparition des premiers symptômes qui signe une
évolution inexorablement fatale. Il consiste en 4 ou 5 injections intra-musculaires
réparties sur un mois.
En 2006 en France, près de 4300 personnes ont reçu un traitement
après exposition. Cela ne signifie pas que ces personnes aient été
contaminées, mais qu'une suspicion existait, impliquant l'application
du principe de précaution.
A l'Institut Pasteur
Le Centre National de Référence de la Rage à l'Institut Pasteur, également Centre Collaborateur pour l'OMS, assure la surveillance épidémiologique de la rage en France. Il effectue chaque année plus d'un millier d'analyses de prélèvements humains ou animaux suspects et coordonne le vaste réseau de Centres de traitement antirabique (66 centres et 21 antennes répartis sur le territoire français). Le Centre de traitement antirabique du Centre Médical de l'Institut Pasteur a assuré en 2006 plus de 900 consultations ; 60 % de ces patients ont reçu un traitement antirabique. Parallèlement, trois laboratoires de recherche (unité Dynamique des lyssavirus et adaptation à l'hôte, unité des Stratégies antivirales, laboratoire de Neuro-immunologie virale) mènent des recherches complémentaires sur le virus de la rage et la maladie.
Les recherches sur la rage à l'Institut Pasteur
La rage est aujourd'hui considérée comme une maladie négligée
: peu de laboratoires dans le monde l'étudient, alors qu'elle reste
un réel problème de santé publique dans le monde. A l'Institut
Pasteur, où la vaccination contre la rage fut mise au point par Louis
Pasteur à la fin du XIXème siècle (voir p.10), trois
laboratoires de recherche se consacrent aujourd'hui à l'étude
du virus de la rage et de la maladie mortelle qu'il provoque. Il reste encore
beaucoup à découvrir : pourquoi le virus ne détruit-il
pas les neurones qu'il infecte ? Comment trouver un traitement quand il est
trop tard pour recourir à la vaccination ? Comment faire un diagnostic
précoce de la maladie ? etc.
Un virus qui avance masqué et pousse les neurones à survivre
Le virus de la rage est neurotrope, c'est-à-dire qu'il infecte les neurones. Il se propage dans l'organisme, du muscle au système nerveux central, de neurone à neurone : il a donc tout intérêt à faire survivre ces cellules qui le véhiculent. Alors que la plupart des virus tuent les cellules qu'ils infectent, le virus de la rage a la particularité de prolonger leur survie. Dans le Laboratoire de neuro-immunologie virale de l'Institut Pasteur, dirigé par Monique Lafon, on cherche à comprendre par quel biais le virus de la rage maintient les neurones en vie. Autrement dit, en étudiant l'interaction entre le virus de la rage et un neurone, on décortique les mécanismes de survie de ce dernier. Au-delà du problème de la rage, de telles recherches peuvent avoir des applications dans la lutte contre les maladies neuro-dégénératives où il s'agit précisément de tenter de faire survivre des neurones amenés à être détruits au cours de la maladie. Ce même laboratoire explore également les mécanismes qui permettent au virus de la rage d'échapper au système immunitaire : les chercheurs ont découvert que le virus faisait exprimer à la surface des neurones des molécules qui permettent de le masquer vis-à-vis des cellules de défense de l'organisme.
Bloquer le virus de la rage
Si l'on
"traite" classiquement la rage par la vaccination, ce "traitement"
n'est efficace que lorsqu'il est commencé rapidement après l'infection
et poursuivi scrupuleusement jusqu'à son terme. Il implique plusieurs
injections et visites chez le médecin, ce qui est relativement lourd,
notamment dans les pays en développement; d'autre part, il n'existe
aucune solution thérapeutique lorsque le virus a atteint le système
nerveux et que la maladie est déclarée. D'où l'intérêt
de rechercher des molécules antivirales contre le virus de la rage
qui donneraient naissance à de nouveaux traitements. C'est un des objectifs
de l'unité des stratégies antivirales, dirigée par Noël
Tordo. Deux approches sont utilisées : une approche cognitive, qui
vise à décrypter le complexe de réplication du virus
pour identifier des cibles thérapeutiques, et une approche aléatoire,
qui consiste à tester au hasard des petites molécules et à
évaluer leur pouvoir inhibiteur sur la multiplication du virus. Des
candidats ayant une forte activité antivirale ont aujourd'hui été
identifiés et sont à l'étude.
En outre, l'équipe développe des vaccins pour contrôler
la rage chez le chien, le meilleur compagnon de l'homme mais aussi le réservoir
le plus propice à la transmission humaine. Ces vaccins sont à
" spectre élargi " pour être efficaces contre les lyssavirus
divergents (d'origines variées) et peuvent être administrés
par voir orale, ce qui permet d'accéder aux chiens errants des pays
en développement.
D'un lyssavirus à l'autre
Chaque espèce (renard, chien, chauve-souris ) est infectée par des types spécifiques de lyssavirus, les virus responsables de la rage. Quelle est leur histoire évolutive ? Pourquoi la souche du renard est-elle moins pathogène que celle du chien ? Les lyssavirus de chauves-souris semblent passer difficilement à l'homme : la situation pourrait-elle changer ? Autant de questions auxquelles on cherche à répondre dans l'Unité dynamique des lyssavirus et adaptation à l'hôte, dirigée par Hervé Bourhy, par des études d'écologie/épidémiologie et des investigations sur l'hôte et la virulence. On y étudie aussi la protéine de matrice des lyssavirus, dans l'espoir de pouvoir un jour la bloquer et donner naissance à de nouveaux traitements. Cette unité explore également les réponses non spécifiques précoces de l'infection : des recherches qui pourraient aboutir à un diagnostic, domaine dans lequel les chercheurs ont différentes pistes.
Contrôler la rage en Afrique du Nord
Le programme européen RABMEDCONTROL, co-coordonné par les Instituts Pasteur de Paris et de Tunis, a pour objectif d'éliminer la rage d'Afrique du Nord où elle est encore responsable de plusieurs centaines de décès humains chaque année. Il implique de nombreux organismes de recherche et de santé publique et vétérinaire de 3 pays du sud-ouest de l'Europe et de 4 pays d'Afrique du Nord. Les laboratoires concernés ont entamé une étude de la maladie au sein de foyers endémiques d'Afrique du Nord afin d'établir les différentes raisons épidémiologiques et sociologiques qui expliquent la persistance de la rage dans ces pays malgré tous les efforts déployés. Le programme analyse aussi les voies qui permettent au virus d'atteindre les côtes méditerranéennes de l'Europe : étude de l'impact des importations illégales de carnivores domestiques contaminés, et en particulier de chiens ; étude d'espèces de chauves-souris vivant sur les deux rives de la Méditerranée et pouvant servir de vecteurs et de réservoirs au virus. L'ensemble de ces données devrait permettre à terme de proposer aux autorités de santé des stratégies efficaces d'élimination de cette terrible maladie en Afrique du Nord.
Au XIXème siècle, de nombreux cas de rage sévissent
en Europe. A Londres par exemple, 29 morts par " hydrophobie " étaient
dénombrés dans les premières semaines de 1877 et le Rabies
Order donnait le droit aux autorités locales de museler, contrôler,
saisir, enfermer et disposer des chiens errants pour combattre la " rage
des rues ". Louis Pasteur commence à travailler sur la rage en
1880. Son objectif est alors de trouver des moyens de prévenir les
maladies, suivant la voie ouverte par ses travaux sur le choléra des
poules.
Il réussit d'abord à stabiliser le virus de la rage par passages multiples d'une espèce à l'autre, et présente dès 1884 les résultats réussis d'une expérimentation de vaccination préventive de chiens contre la rage. Le principe d'une vaccination avant exposition contre la rage chez l'animal est acquis. Pasteur cherche alors à améliorer sa méthode et met au point un moyen d'atténuation de la virulence, qui consiste à exposer des moelles épinières rabiques de lapin à l'air. Leur utilisation pour la vaccination préventive des chiens s'avère efficace. Louis Pasteur a alors l'idée d'utiliser cette vaccination pour créer l'immunité après morsure, et de passer à l'homme.
Le pas est franchi en 1885 et Louis Pasteur obtient son premier succès chez l'homme avec la vaccination d'un enfant de 9 ans, Joseph Meister, qui lui est présenté dans son laboratoire de l'Ecole normale, rue d'Ulm à Paris. Le jeune garçon qui arrive d'Alsace présente des morsures profondes et multiples. Il reçoit treize injections de broyat de moelle de lapin (une par jour) et survit. Trois mois plus tard, Louis Pasteur réitère l'expérience sur un jeune berger, Jean-Baptiste Jupille, sévèrement mordu par un chien enragé. Le 26 octobre 1885, Pasteur expose les résultats prometteurs de son traitement contre la rage chez l'homme à l'Académie des sciences. Dès lors, des patients mordus par des animaux enragés affluent vers le laboratoire de Louis Pasteur. Le 1er mars 1886, Pasteur présente dans une communication à l'Académie des sciences les résultats de l'inoculation de 350 personnes. Un seul échec est à déplorer, dû au fait que le traitement avait été appliqué beaucoup trop tard, alors que le virus avait probablement atteint le système nerveux. Quelques mois plus tard, Pasteur rapporte les résultats de 726 inoculations
Dans la séance mémorable du 1er mars 1886, Pasteur conclut : " La prophylaxie de la rage après morsure est fondée. Il y a lieu de créer un établissement vaccinal contre la rage ". Il lance immédiatement une souscription internationale. Grâce à la répercussion mondiale de ses succès contre la rage, les dons affluèrent. C'est ainsi que put être créé en 1887 un institut dédié non seulement au traitement contre la rage, mais à l'étude de la science pasteurienne. L'Institut Pasteur était inauguré en novembre 1888