Les frères Canetti


Nés en Bulgarie, dans une famille juive sépharade, Elias (1905), Nissim-Jacques (1909) et Georges (1911) vont chacun à leur manière marquer leur siècle par leur apport à la littérature, la culture ou la science. En 1911, leurs parents Jacques Canetti et son épouse Mathilde, née Arditi, quittent Roustchouk en Bulgarie pour s'installer à Vienne puis à Manchester en Angleterre. Lorsque le père meurt en octobre 1912, terrassé par une crise cardiaque, Mathilde, qui n'a que 28 ans, décide de quitter la Grande-Bretagne, avec le souhait de voir ses fils maîtriser la langue allemande. De 1913 à 1926, les trois frères Canetti vont séjourner à Vienne, Zurich, Lausanne, Francfort, Munich. Mais la montée du nazisme décide Mathilde à s'installer avec Jacques et Georges, en France, à Paris, où elle arrive en 1926. Elias reste à Vienne, où il entreprend des études de chimie, couronnées par un doctorat en 1929. Après ses études secondaires, Georges rejoint son frère Elias, et débute sa médecine. Il revient définitivement en France, en 1931, pour entrer à l'Institut Pasteur en 1936. Jacques, resté à Paris, fait ses études à HEC, avant d'entrer chez Polydor, en 1932. Mathilde meurt de la tuberculose en 1937.

Elias Canetti - écrivain, Prix Nobel de Littérature - Il écrit sa première œuvre à Vienne, en 1931 : " Die Blendung ". En 1932, il fait paraître une pièce de théâtre : " Noce ", puis " Auto-da-fé ". Il fréquente nombre d'intellectuels et d'artistes, comme Babel, Bertold Brecht, Karl Kraus, Alban Berg, Robert Musil. En 1938, après la Nuit de cristal, il quitte l'Allemagne, avec Veza, sa première épouse, pour se réfugier en Angleterre. Il y reste un auteur confidentiel et ne publie quasiment rien, se consacrant exclusivement, dès 1942, à la rédaction de l'œuvre de sa vie : " Masse et puissance ". La publication de l'ouvrage, en 1960, suivie de la réédition de " Auto-da-fé ", en 1963, marque sa rencontre avec un large public, en Allemagne comme dans le monde. De 1977 à 1985, il fait paraître sa trilogie autobiographique, dont le premier tome, " La langue sauvée ", est dédié à son frère, Georges. Il reçoit le prix Nobel de littérature, en 1981. Il est à mort à Zurich, en 1994.

Jacques Canetti - producteur de disques et directeur du Théâtre des Trois Baudets - Tout en continuant sa carrière chez Polydor, il anime la première émission radiophonique de jazz hot en France et fait venir pour la première fois en France des jazzmen américains, comme Louis Armstrong. Directeur artistique de "Radio Cité" aux côtés de Marcel Bleustein-Blanchet, il invente de nombreuses émissions comme " Le Crochet " ou " Le Music-hall des jeunes " qui révèlent notamment Edith Piaf et Charles Trénet. Adversaire résolu du nazisme, il organise, sous un nom d'emprunt, les tournées en zone libre de Françoise Rosay, puis, en 1942, gagne l'Afrique du nord où il crée le Théâtre des Trois Anes à Alger. La Libération venue, il regagne Paris. De 1947 à 1962, Jacques Canetti dirige au cœur de Montmartre le "Théâtre des 3 Baudets'' et prend la direction artistique de Polydor, puis de Philips où il crée l'un des plus beaux catalogues de disques, en soutenant avec obstination : Georges Brassens, Jacques Brel, Guy Béart, Félix Leclerc, Francis Lemarque, Serge Gainsbourg, Henri Salvador, Boris Vian, Raymond Devos, Fernand Raynaud, Anne Sylvestre, Pierre Dac et Francis Blanche, Juliette Gréco, Catherine Sauvage, Claude Nougaro... En 1962, il fonde le premier label de disques indépendant " Les Productions Jacques Canetti " où il produit les premiers albums de Jeanne Moreau, Serge Reggiani, Brigitte Fontaine, Jacques Higelin et les enregistrements "live" de Cora Vaucaire, Simone Signoret, Michel Simon... Il est décédé en 1997.

Georges Canetti - chercheur à l'Institut Pasteur - Après avoir suivi le cours de l'Institut Pasteur, il reste à l'Institut comme travailleur bénévole. Il y gravit tous les échelons jusqu'à celui de professeur et vice-président du conseil d'administration, développant son œuvre de chercheur entièrement consacrée à la tuberculose, maladie dont il est lui-même atteint. C'est d'abord en 1939 sa thèse de doctorat en médecine sur "Les réinfections tuberculeuses latentes du poumon", en 1947 les deux mémoires publiés dans les "Monographies de l'Institut Pasteur" : "Le bacille de Koch dans la lésion tuberculeuse du poumon" et "L'allergie tuberculeuse chez l'homme", puis en 1954 : "Primo-infection et réinfection dans la tuberculose pulmonaire". En 1960 il met au point une méthode d'antibiogramme toujours utilisée et établit la base rationnelle du traitement de la tuberculose. En 1962, il crée, avec Jean Thibier le Centre français d'études sur la résistance primaire en tuberculose dont il devient le directeur. Cet ensemble de travaux lui vaut la reconnaissance de ses pairs : lauréat de l'Académie nationale de médecine pour le prix Péan en 1940, et le prix Ricaux (tuberculose) en 1947 ; Chevalier de la Légion d'honneur en 1954. Il exerce aussi d'importantes responsabilités au sein du Comité national de défense contre la tuberculose, de l'Union internationale contre la tuberculose et de l'Organisation Mondiale de la Santé. Respecté pour son talent de chercheur dans le monde médical, il a su également tisser des amitiés durables dans les domaines de la littérature et de la philosophie, comme avec Sylvain Contou et Roland Barthes. Il est décédé à Vence, en 1971.