Communiqué de presse
VERS
UNE NOUVELLE CLASSE D'ANTI-DOULEUR?
Une réussite de l'approche post-génomique
Des chercheurs de l'Institut Pasteur ont caractérisé chez le rat le mode d'action d'une molécule, la sialorphine, et démontré qu'elle était un puissant modulateur de la perception douloureuse. La sialorphine pourrait ainsi être le chef de file d'une nouvelle classe de molécules naturelles destinées au traitement de la douleur. Ce travail est publié dans PNAS.
La sialorphine est une molécule sécrétée chez le rat dans certaines situations de stress: les chercheurs ont caractérisé son mode d'action, et ont découvert qu'elle était un puissant antalgique.
Cette découverte est une retombée importante de l'approche post-génomique car les chercheurs de l'Institut Pasteur et en particulier François Rougeon, chef de l'Unité de Génétique de Biochimie du Développement (URA CNRS 1960), avaient identifié le gène de la sialorphine bien avant que sa fonction ne soit connue. Ce travail qui a impliqué, outre l'Institut Pasteur, des équipes du CEA de Saclay et de la Faculté des Sciences de Nancy a été coordonné par Catherine Rougeot, responsable du Laboratoire de Recherche et Développement Pharmacologie des Régulations neuro-endocrines.
La sialorphine intervient dans la régulation de l'activité des enképhalines, des peptides opiacés physiologiques impliqués dans le contrôle de la perception douloureuse. Les enképhalines sont dégradées par une enzyme, la NEP. Les chercheurs pasteuriens ont démontré que la sialorphine était un inhibiteur naturel de la NEP, et qu'elle prévenait ainsi dans les tissus nerveux l'inactivation des enképhalines.
Par le biais de tests comportementaux, les chercheurs ont démontré que la sialorphine exerce son pouvoir antalgique en activant certaines voies du système opioïde endogène. Les récepteurs opioïdes sont indispensables à la transmission des signaux anti-douleur endogènes, telles les enképhalines, ainsi qu'à celle d'opiacés exogènes telle la morphine. En bloquant par des antagonistes les récepteurs aux opioïdes, l'effet antinociceptif de la sialorphine est aboli. La sialorphine inhibe donc la sensation douloureuse en potentialisant le système opioïdergique.
La sialorphine, inhibiteur puissant de la perception douloureuse, pourrait ainsi donner naissance à de nouvelles substances naturelles pour lutter contre la douleur.
Source :
- "Sialorphin,
a natural inhibitor of rat membrane-bound neutral endopeptidase that displays
analgesic activity" PNAS, Juillet 2003
Catherine Rougeot (1), Michaël Messaoudi (2), Véronique Hermitte
(1), Anne Gaëlle Rigault (1), Thierry Blisnick (3), Christophe Dugave (4),
Didier Desor (5), et François Rougeon (1)
1 Unité de Génétique
et biochimie du Développement, Institut Pasteur, Paris
2 ETAP-Ethologie Appliquée, Vandoeuvre-lès-Nancy
3 Unité de Biologie des Interactions Hôte-Parasite, CNRS URA 1960,
Institut Pasteur, Paris
4 Département d'Ingénierie et d'Etudes des Protéines, CEA/Saclay,
Gif-sur-Yvette
5 Laboratoire de Biologie et Physiologie du Comportement, Faculté des
Sciences, Université Henri Poincaré, Vandoeuvre-lès-Nancy
Contacts :
- Catherine Rougeot
- Pharmacologie des Régulations Neuroendocrines
tél : 01 40 61 34 45 - Courriel : crougeot@pasteur.fr
- Service de Presse,
Institut Pasteur, Paris
Tél : 01 45 68 81 46 ; e-mail : presse@pasteur.fr