Communiqué de presse
PROTECTION
NATURELLE CONTRE LE VIH/SIDA :
LES NATURAL KILLERS IMPLIQUES
Malgré une exposition répétée sur plusieurs années au VIH-1, certains individus restent séronégatifs. Une étude menée par des chercheurs de l'Institut Pasteur suggère l'implication de certaines cellules de notre système immunitaire, les Natural Killers (NK), dans cette résistance à la transmission du virus. C'est la première fois que ces cellules de nos défenses innées sont associées à ce phénomène. Ces résultats ouvrent de nouvelles pistes pour l'étude de la protection contre l'infection et de nouvelles bases de réflexion sur les stratégies vaccinales contre le VIH/Sida. Ce travail, publié dans The Journal of Immunology, a bénéficié d'un financement de l'ANRS.
Entre 5 et 15% des individus de différentes populations à risque (partenaires réguliers de sujets séropositifs, prostituées, toxicomanes par voie intraveineuse) ne montrent aucun signe apparent d'infection par le VIH-1 malgré plusieurs années d'exposition. Ces individus sont dits "exposés non infectés" (ENI).
Les équipes de Gianfranco Pancino et de Daniel Scott-Algara, dans l'Unité de Biologie des Rétrovirus dirigée par Françoise Barré-Sinoussi, recherchent les causes immunologiques de cette résistance à la transmission du VIH-1. La présente étude a été menée en collaboration avec l'hôpital Binh Trieu et l'Institut Pasteur de Ho Chi Minh Ville chez des toxicomanes par voie intraveineuse vietnamiens ayant eu un comportement à haut risque pendant plus de 10 ans : 37 toxicomanes "exposés non infectés " (ENI), 10 toxicomanes séropositifs et 28 donneurs de sang non exposés ont été étudiés.
Les chercheurs démontrent que l'activité de certaines cellules du système immunitaire, les Natural Killers (NK), est augmentée chez les ENI : elles pourraient sécréter des molécules inhibitrices de l'infection par le VIH-1, et sont capables de détruire des cellules infectées (cytotoxiques). Ces cellules NK font partie de la première ligne de défense contre les microbes : l'immunité innée, c'est à dire immédiate et non spécifique par opposition à l'immunité spécifique, dite adaptative, qui n'atteint son efficacité pleine qu'au bout de quelques jours après l'exposition à un agent pathogène. C'est la première fois qu'on montre leur implication dans un phénomène de résistance/protection au VIH-1.
Ce travail ouvre différentes perspectives. Les chercheurs étudient désormais les récepteurs des cellules NK en vue de caractériser les mécanismes de la résistance et de trouver de nouveaux marqueurs de cette protection. L'identification de molécules directement impliquées dans les défenses innées contre le VIH est susceptible d'ouvrir à terme de nouvelles et inattendues stratégies thérapeutiques. Dans le domaine de la recherche vaccinale, les résultats obtenus suggèrent que l'activation de certaines réponses innées peut contribuer à la protection contre le VIH et soulignent ainsi l'importance de la recherche (par ex. dans le domaine des adjuvants) sur le rôle des cellules NK dans l'induction de réponses spécifiques protectrices.
Il faut souligner que la protection chez les ENI a vraisemblablement plusieurs causes. Différents facteurs immunologiques ont déjà été étudiés : d'autres cellules de l'immunité, les lymphocytes T CD8+, semblent par exemple chez certains ENI sécréter des facteurs inhibiteurs du VIH-1 *. Des facteurs génétiques peuvent également intervenir dans la résistance à l'infection : une mutation dans un co-récepteur du VIH-1 (CCR5) a par exemple été retrouvée chez 2 à 3% des ENI d'origine caucasienne (elle est absente dans les populations d'Asie et d'Afrique); une résistance intrinsèque des cellules cibles du VIH (les CD4+) à la réplication virale a par ailleurs été trouvée dans d'autres études*.
La résistance à l'infection par le VIH-1 chez les ENI a donc probablement une origine multifactorielle et il est possible que certains des paramètres diffèrent entre populations et pays divers.
Toute avancée dans la compréhension des mécanismes de résistance/protection chez des ENI peut apporter des informations précieuses pour le développement de stratégies vaccinales ou thérapeutiques.
D'où l'importance de cette nouvelle piste impliquant les cellules NK.
Les études se poursuivent
dans la cohorte vietnamienne, mais également dans d'autres populations
d'ENI au Cambodge et en République Centrafricaine, pour mieux définir
les mécanismes de la résistance au VIH-1 liés à
ces cellules de nos défenses innées.
Sources :
- "Increased NK Cell Activity in HIV-1 Exposed But Uninfected Vietnamese Intravascular Drug Users" : The Journal of Immunology. 1er décembre 2003.
Daniel Scott-Algara (1), Lien X. Truong (2), Pierre Versmisse (1), Annie David (1), Tram T. Luong (2), Ngai V. Nguyen (3), Ioannis Theodoru (4), Françoise Barré-Sinoussi (1), et Gianfranco Pancino(1)
(1) Unité de Biologie des Rétrovirus, Institut Pasteur, Paris; (2) Institut Pasteur, Ho Chi Minh Ville, Vietnam; (3) Hôpital Binh Trieu, Ho Chi Minh Ville, Vietnam; (4) Laboratoire d'Immunologie cellulaire et tissulaire, INSERM U 543, hôpital Pitié-Salpétrière, Paris
* Voir notamment une récente
étude du même groupe : "CD4+ cell and CD8+ cell-mediated
resistance to HIV-1 infection in exposed uninfected intravascular drug users
in Vietnam" : AIDS. Mars 2003, vol 17 : 1-10.
Lien X. Truong (1),
Tram T. Luong (1), Daniel Scott-Algara (2), Pierre Versmisse (3), Annie David
(3), Danielle Perez-Bercoff (3), Ngai V. Nguyen (4), Hung K. Tran (1), Cuc T.
Cao (1), Arnaud Fontanet (5), Jean-Yves Follézou (6), Ioannis Theodoru
(7), Françoise Barré-Sinoussi (3), et Gianfranco Pancino (3)
(1) Institut Pasteur, Ho
Chi Minh Ville, Vietnam; (2) Unité d'Immunohématologie et Immunopathologie,
Institut Pasteur, Paris; (3) Unité de Biologie des Rétrovirus,
Institut Pasteur, Paris; (4) Hôpital Binh Trieu, Ho Chi Minh Ville, Vietnam;
(5) Unité d'Epidémiologie des Maladies Emergentes, Institut Pasteur,
Paris; (6) Hôpital Paul Brousse, Villejuif; (7) Laboratoire d'Immunologie
cellulaire et tissulaire, INSERM U 543, hôpital Pitié-Salpétrière,
Paris
Contacts :
- Gianfranco Pancino,
tél : 01 45 68 87 38, courriel : gpancino@pasteur.fr
- Daniel Scott-Algara, tél : 01 45 68 82 13, courriel : scott@pasteur.fr
- Service de Presse,
Institut Pasteur, Paris
Tél : 01 45 68 81 46 ; e-mail : presse@pasteur.fr