Communiqué de presse
DES
BANDELETTES DE DIAGNOSTIC RAPIDE DU CHOLERA
Des bandelettes de diagnostic rapide du choléra, mises au point dans les Instituts Pasteur de Paris et de Madagascar, viennent d'être évaluées avec succès à Madagascar et au Bangladesh. Elles permettent d'effectuer un diagnostic en quelques minutes au chevet du malade. Elles peuvent également être un outil important pour les épidémiologistes et pourraient servir à améliorer considérablement la surveillance du choléra dans les régions les plus reculées.
Le choléra est une maladie des pays pauvres et les épidémies surviennent souvent dans des régions éloignées de laboratoires d'analyses. Le transport des échantillons vers un laboratoire peut prendre plusieurs jours, puis deux à trois jours sont encore nécessaires pour obtenir un diagnostic fiable avec les techniques classiques d'analyse.
Des bandelettes, basées sur le principe de l'immunochromatographie, ont été mises au point à l'Institut Pasteur à Paris par les équipes de Farida Nato (Plate-forme de production de protéines recombinantes et d'anticorps) et de Jean-Michel Fournier (Chef de l'Unité du Choléra et des Vibrions) et, à l'Institut Pasteur de Madagascar, par l'équipe de Suzanne Chanteau* (Centre Collaborateur OMS pour la peste). Elles peuvent être stockées pendant plusieurs mois à température ambiante, dans un sac résistant à l'humidité, ce qui les rend facilement transportables. Leur utilisation est simple et ne nécessite pas de formation technique particulière : il suffit de plonger la bandelette dans un échantillon de selles et d'attendre 2 à 15 minutes. Si deux traits rouges apparaissent sur la bandelette, le diagnostic est positif ; si un seul trait apparaît, le diagnostic est négatif.
Evaluées à Madagascar par l'équipe de Suzanne Chanteau et au Bangladesh par l'équipe de G. Balakrish Nair (Centre International pour la Recherche sur les Maladies Diarrhéiques du Bangladesh, ICDDRB), deux pays touchés par des épidémies de choléra, ces tests de diagnostic rapide, qui permettent de détecter les deux sérogroupes du vibrion cholérique, O1 et O139, ont montré une spécificité de 84 à 100% et une sensibilité de 94,2 à 100% (1).
Les équipes pasteuriennes et celle du Bangladesh ont également démontré l'efficacité de ces tests sur des prélèvements rectaux : lors d'une épidémie ou d'une suspicion d'épidémie, les malades peuvent arriver aux centres de santé périphériques sans présenter la diarrhée aqueuse riziforme typique du choléra. Il suffit alors de plonger l'écouvillon ayant servi au prélèvement rectal dans un milieu de culture et d'incuber celui-ci à 37°C pendant 4 heures avant d'effectuer le test-bandelette. La sensibilité des bandelettes O1 et O139 est alors respectivement de 96 et 93% et la spécificité de 92 et 98% (2). Les bandelettes représentent ainsi le premier test de diagnostic du choléra rapide utilisable sur les prélèvements rectaux. Ceci est particulièrement important pour évaluer de façon fiable le nombre de cas de choléra lors d'une épidémie ou pour détecter de façon précoce l'émergence d'une nouvelle épidémie sans attendre les résultats du laboratoire.
Ces bandelettes devraient donc, de part leur simplicité d'emploi et leur efficacité, faciliter tant la prise en charge des malades que la surveillance épidémiologique, et ceci même dans les régions les plus reculées.
Le choléra reste aujourd'hui une maladie grave à la fois pour les individus et pour les collectivités. Selon l'OMS, à la suite de la dégradation des conditions socio-économiques survenue ces dernières années dans de nombreuses régions du monde, le nombre de personnes exposées à cette maladie a augmenté de façon spectaculaire, créant les conditions d'un problème majeur à l'échelle de la planète. Pendant l'année 2002, 52 pays ont officiellement déclaré à l'OMS un total de 142 311 cas de choléra ayant entraîné 4 564 décès. Mais ces chiffres ne sont absolument pas représentatifs de la réalité du fait des sous-déclarations et des insuffisances des systèmes de surveillance. Par exemple, uniquement au Bangladesh, le nombre estimé de cas de choléra survenant chaque année est compris entre 100 000 et 600 000.
Jusqu'en 1992, Vibrio cholerae O1 était le seul agent connu du choléra. Cette année-là, une souche, appartenant à un nouveau sérogroupe - O139 - est apparue en Inde et au Bangladesh. Depuis, ce vibrion est responsable d'épidémies dans plusieurs pays d'Asie et pourrait être à l'origine d'une huitième pandémie cholérique qui serait d'autant plus grave qu'il n'y a pas de protection croisée entre les 2 sérogroupes.
Pour en savoir plus sur
le choléra, voir notre fiche
de documentation
Sources :
(1) "One-step immunochromatographic
dipstick tests for rapid detection of Vibrio cholerae O1 and O139 in stool samples".
Clinical Diagn. Lab. Immunolo. 2003, 10 : 476-478.
Nato F., A. Boutonnnier, M. Rajerison, P. Grosjean, S. Dartevelle, A. Guenolé,
N.A. Bhuyan, D.A. Sack, G.B. Nair, J.M. Fournier and S. Chanteau
(2) "Use of Dipsticks
for rapid diagnosis of cholera caused by Vibrio cholerae O1 and O139 from rectal
swabs". Journal of Clinical Microbiology. Août 2003, Vol
41, n°8: 3939-3941.
N.A. Bhuyan (1), Firdausi Qadri (1), A.S.G. Faruque (1), M.A. Malek (1), M.A.
Salam (1), Farida Nato (2), J.M. Fournier (2), S. Chanteau (3), David A. Sack
et G. Balakrish Nair (1)
1 Laboratory and Clinical Sciences Divisions, international Centre for Diarrhoeal
Diseases Research, Dhaka, Bangladesh
2 Institut Pasteur, Paris, France
3 CERMES, Niamey, Niger
Contacts :
- Jean-Michel Fournier
:
Tél : 01 45 68 82 20 - Courriel : fournier@pasteur.fr
- Farida Nato :
Tél : 01 45 86 87 98 - Courriel : fnato@pasteur.fr
- Service de presse :
Tél : 01 45 68 81 46 - Courriel : presse@pasteur.fr